[scald=92043:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy pourrait officialiser sa candidature à l'élection présidentielle dès le milieu de la semaine prochaine et ne fait pas mystère de sa volonté de mettre le cap à droite toute pour rassembler son camp pour le premier tour.

De multiples indices confirment que le chef de l'Etat a décidé d'accélérer le tempo face au candidat socialiste François Hollande, qui, loin de s'effondrer comme l'espéraient les stratèges présidentiels, s'est installé en tête des sondages.

"Il y a plusieurs scénarios possibles mais ça penche plutôt pour la semaine prochaine", confie un responsable de l'UMP impliqué dans la préparation de la campagne.

Le calendrier ne donne à vrai dire guère le choix au chef de l'Etat s'il veut donner le signal de la mobilisation à ses troupes avant le long tunnel des vacances de février, qui concerneront l'ensemble de la France à partir du samedi 18.

Nicolas Sarkozy a prévu de visiter le siège de la Direction générale de la gendarmerie nationale lundi 13 et d'effectuer un déplacement en Isère le lendemain. Vendredi 17, il accueille au Palais de l'Elysée un sommet franco-britannique.

Cela ne lui laisse donc guère, sauf à avancer encore le calendrier, que mercredi 15 ou jeudi 16 pour une déclaration de candidature dont les modalités sont jusqu'ici tenues top secret par le chef de l'Etat et le premier cercle de ses conseillers.

"Nicolas Sarkozy veut surprendre et il surprendra", assure-t-on de source proche de la direction de l'UMP.

Un des scénarios plausibles serait qu'il annonce mercredi en Conseil des ministres son entrée en campagne et demande au chef du gouvernement François Fillon de gérer les affaires courantes.

Suivrait l'annonce officielle de sa candidature, par exemple à la télévision, puis un premier déplacement en province comme candidat, avant un premier grand meeting, dimanche à Marseille, où l'UMP a réservé une salle de 7.000 places.

HOLLANDE SOUS-ESTIMÉ

La cristallisation de l'opinion, qui a transformé le match à quatre Sarkozy-Hollande-Marine Le Pen-François Bayrou en duel, a attisé l'impatience des troupes du chef de l'Etat, pressées d'en découdre et de voir leur champion descendre dans l'arène.

"Il y a une demande récurrente des fédérations, de la base et de l'appareil politique de l'UMP", souligne un familier du premier cercle. "Ils sentent que le tapis se déroule sous les pieds de Hollande alors que nous, nous tournons un peu en rond."

Une impatience également sensible chez Nicolas Sarkozy, disent certains de ses visiteurs. "Au fond de lui, il est persuadé d'être dix fois meilleur que Hollande", souligne une source proche de la direction du parti présidentiel.

C'est pourtant pour avoir sous-estimé l'ancien premier secrétaire du PS que Nicolas Sarkozy s'est vu contraint fin janvier d'envisager d'accélérer l'allure après avoir longtemps pensé pouvoir repousser le plus tard possible sa candidature, admettent des proches du premier cercle présidentiel.

Attendre encore serait prendre le risque de voir François Hollande consolider définitivement ses positions.

Fidèle à une stratégie qui lui a réussi en 2007, le chef de l'Etat entend occuper désormais le terrain, fût-ce en provoquant le débat sur des propositions à haute teneur polémique.

Dans une interview au Figaro Magazine en forme de préparation d'artillerie, il envisage ainsi de soumettre à référendum un nouveau système d'indemnisation des chômeurs et une nouvelle organisation des droits des étrangers.

Deux propositions qui ont immédiatement déchaîné un tollé dans l'opposition de gauche comme de droite.

"VALEURS"

"L'interview au Figaro Magazine permet de montrer la ligne du président, celle des valeurs et du peuple, par opposition au candidat du système qu'est François Hollande", explique un des "visiteurs du soir" du chef de l'Etat.

"François Hollande est habile mais il n'y a pas de quoi s'ouvrir le ventre avec ses propositions", renchérit un conseiller politique de l'UMP. "Nicolas Sarkozy a aujourd'hui la possibilité de rééquilibrer les choses."

Tel ministre estime pour sa part que la "période charnière de la campagne commence maintenant" et prédit un "recadrage complet" et des projets d'avenir "surprenants et positifs" dès que Nicolas Sarkozy aura déclaré sa candidature.

Pour l'heure, cependant, ce sont surtout des notions traditionnellement mises en avant par la droite qu'il met en exergue dans l'interview au très conservateur Figaro Magazine, dans un probable avant-goût des thèmes de sa future campagne.

"Travail, responsabilité, autorité, je me reconnais plus que jamais dans ce triptyque!" dit-il dans cet entretien sur ses "valeurs pour la France -travail, éducation, famille, laïcité".

Autres gages donnés à l'électorat de droite, il y réaffirme son opposition au mariage des homosexuels, à l'adoption par des couples homosexuels et à la légalisation de l'euthanasie.

Il confirme son intention de poursuivre les économies, de contraindre les collectivités locales -en majorité administrées par la gauche- à s'associer à ces efforts et assure ne pas envisager d'augmentation d'impôts.

Avec Yann Le Guernigou et Sophie Louet, édité par Patrick Vignal

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.