[scald=23967:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - En progrès sensible mais fragile dans les sondages, Nicolas Sarkozy s'efforce de prendre une longueur d'avance sur ses adversaires potentiels dans la préparation de la campagne présidentielle de 2012.

N'en parler jamais mais y penser chaque jour : telle est la ligne de conduite du président français, à l'orée de la dernière ligne droite de son quinquennat et à neuf mois du premier tour.

Dirigeants de l'UMP, élus de la majorité et proches sont unanimes : il n'officialisera sa candidature qu'au début de 2012, et plutôt en février, voire en mars, qu'en janvier.

Mais lors d'un déjeuner avec des députés sarkozystes, le 22 juin à l'Elysée, "il a parlé essentiellement de la préparation de l'élection présidentielle", raconte Alain Gest.

"Il pense qu'il faudra cibler quatre ou cinq grandes idées maximum et apparaître comme quelqu'un qui rassemble et protège", ajoute le député de la Somme.

Cette stratégie est confirmée par tous ceux qui ont approché Nicolas Sarkozy ces temps-ci.

Il les sonde beaucoup sur l'éducation et la formation, la santé, le financement de la protection sociale, le renforcement du secteur de l'économie numérique, la fiscalité, ainsi que sur une relance de l'Europe pour peser plus sur la scène mondiale.

Il réfléchit à une réforme structurelle du système éducatif, avec autonomie des établissements jusqu'en primaire, suppression du collège unique, personnalisation de la formation et plus grande implication des filières professionnelles.

Le recours éventuel à une "TVA anti-délocalisation" pour financer la solidarité et la remise à plat des prestations sociales feraient aussi partie de ses sujets de réflexion.

"Le programme de 2012 ne sera pas le programme de 2007", n'a de cesse de souligner Nicolas Sarkozy, selon ses visiteurs.

FUSÉE À PLUSIEURS ÉTAGES

A ce jour, l'impression est d'être devant les éléments épars d'une fusée en attente de montage, autour desquels s'agitent des escouades de petites mains aux uniformes disparates.

"Il y a plusieurs maisons dans la maison du Père", dit un ministre. "En 2007, Emmanuelle Mignon (qui sera ensuite directrice de cabinet du chef de l'Etat) organisait tout. Aujourd'hui, c'est plus le bazar. Il y a beaucoup d'offres de services."

Le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire pilote l'équipe la plus structurée. Forte d'une quarantaine de membres, elle prépare le projet législatif de l'UMP, dont un premier jet sera présenté début septembre à l'université d'été du parti.

Plusieurs conseillers ou ex-conseillers du chef de l'Etat participent chaque lundi à une réunion de ce groupe de travail au siège du parti présidentiel.

D'autres groupes informels se penchent sur divers sujets. Officiellement, les conseillers du président qui participent à ces travaux ou à l'équipe Le Maire le font à titre personnel en dehors de leurs fonctions à l'Elysée, où l'on nie sans vraiment convaincre l'existence du moindre embryon d'équipe de campagne.

Quant à Nicolas Sarkozy, "il voit beaucoup de monde - des intellectuels, des artistes, des journalistes, des industriels, etc.", raconte un collaborateur, selon qui "toutes ces réflexions doivent converger à l'automne" pour que le président sortant puisse y puiser de quoi nourrir son propre programme.

Le Parti socialiste désignera alors son candidat lors d'une primaire qui devrait se résumer à un duel entre les ex-premiers secrétaires Martine Aubry et François Hollande.

UN PARI SUR AUBRY ET L'ISOLEMENT DE BORLOO

Là encore, dirigeants et élus de l'UMP et proches du chef de l'Etat misent unanimement sur la première, jugée plus facile à battre que le second, aujourd'hui favori des sondages.

"Martine Aubry présente l'avantage d'incarner un vrai clivage gauche-droite à l'ancienne et une gauche archaïque et orthodoxe", souligne un député UMP proche du président.

Selon un sondage CSA publié la semaine passée, Nicolas Sarkozy ferait jeu égal au premier tour avec François Hollande et devancerait Martine Aubry.

Une enquête Ipsos publiée lundi le crédite d'un gain de cinq points de popularité, à 35%, et confirme le frémissement observé ces derniers temps après des mois de disette pour le président, dont le comportement plus sobre semble payer.

L'élimination prématurée de l'ex-directeur général du FMI et ancien ministre socialiste, Dominique Strauss-Kahn, pour cause d'inculpation pour crime sexuel aux Etats-Unis, a contribué pour une bonne part à redonner espoir à la majorité.

"Il y a quelques mois, le sentiment était que Sarkozy faisait l'objet d'un tel rejet qu'il ne pourrait pas rebondir" raconte un ministre. "Il y a eu un moment de flottement qui a ressemblé à Baden Baden", ajoute-t-il, dans une allusion à l'escapade du général Charles de Gaulle dans la station thermale allemande au plus fort des émeutes étudiantes et des grèves de mai 1968.

Aujourd'hui, les visiteurs du chef de l'Etat décrivent un homme plutôt "serein", voire "zen".

Même l'hypothèse d'une candidature centriste de son ancien ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo ne semble plus guère inquiéter Nicolas Sarkozy, qui mise sur un isolement du leader du Parti radical, qu'il fait tout pour accentuer.

Edité par Yves Clarisse

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