[scald=82669:sdl_editor_representation]par Yann Le Guernigou et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - A cent jours de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a choisi une stratégie de mouvement qui s'apparente à une fuite en avant pour tenter de surmonter le handicap d'un déficit persistant de popularité et d'un bilan plombé par la montée du chômage.

Loin de la pause dans les réformes qu'il avait envisagée en 2010 pour la fin de son mandat, le chef de l'Etat a ainsi annoncé dans ses voeux aux Français du 31 décembre vouloir légiférer rapidement sur un chantier de taille : le financement de la protection sociale pour qu'il repose moins sur le travail.

Il a en outre évoqué des décisions sur la formation des chômeurs ou encore, plus symboliquement, sur la taxe sur les transactions financières.

Ces trois dossiers, ainsi que celui, tout aussi sensible, d'un nouveau contrat de travail plus "flexible", seront au coeur d'une réunion avec les partenaires sociaux sur l'emploi convoquée le 18 janvier à l'Elysée.

Même si l'on assure au gouvernement qu'aucune décision n'a été prise à l'avance sur ces questions, dont certaines, comme la "TVA sociale" rebaptisée "fiscalité anti-délocalisation", inquiètent jusqu'au sein de la majorité, tout doit aller vite.

Les principales mesures issues du "sommet pour la croissance et l'emploi" seront présentées dès le 25 janvier en conseil des ministres et le Parlement, qui devait suspendre ses travaux le 24 février, siégera jusqu'à début mars pour les voter.

Nicolas Sarkozy a également en tête d'ouvrir rapidement d'autres chantiers comme le financement du logement, un autre sujet sensible, jugeant anormal que les prix de l'immobilier aient continué de monter dans la crise.

Cité dans l'hebdomadaire Le Point, le président de la République, qui n'est toujours pas officiellement en campagne pour sa réélection, dit avoir en tête "huit ou dix mesures fortes" pour lutter contre la crise, avec la volonté de "réformer les failles structurelles du système français".

"PASSER LA SURMULTIPLIÉE"

"Il faut passer la surmultipliée. Si je suis candidat, c'est avec la certitude que la France doit faire des changements pour s'adapter au monde qui nous attend. Il faut des idées nouvelles", ajoute-t-il.

Avec une cote de popularité en rechute et un retard encore conséquent sur son rival socialiste François Hollande dans les intentions de vote, Nicolas Sarkozy "est condamné à prendre tous les risques", dit un de ses ministres.

"Le favori c'est François Hollande, le challenger, et l'outsider c'est le président sortant, c'est une situation inhabituelle", constate Gaël Sliman, responsable du département opinion de l'institut BVA.

"Même si François Hollande baisse dans les sondages, il sera toujours plus populaire", ajoute-t-il. "Du coup, Nicolas Sarkozy se sent obligé d'être très actif et de proposer des choses, fussent-elles impopulaires, pour se présenter en candidat plus solide, plus courageux, plus volontaire".

Il ne manquera certes pas de s'exposer aux critiques lui reprochant de ne pas avoir mené ces réformes depuis quatre ans et demi, "mais ne rien faire serait la certitude de perdre", souligne Gaël Sliman.

Pour Guillaume Peltier, le spécialiste des études d'opinion à l'UMP, "l'idée du président est d'être en action en permanence, de faire des propositions assez neuves et audacieuses, de continuer à briser les tabous de la société française. C'est ce qui a fait son succès depuis 2007".

Mais le transfert partiel des cotisations patronales sur une fiscalité anti-délocalisations, avec au moins une part de hausse de la TVA, n'enthousiasme guère les élus de la majorité, qui redoutent un effet boomerang dans les urnes.

RESSERRER LES BOULONS

Quant à l'instauration à marche forcée d'une taxe sur les transactions financières, des économistes la jugent dangereuse pour l'économie si la France fait cavalier seul, comme Nicolas Sarkozy se dit prêt à le faire pour enclencher le mouvement.

Mais pour un ministre, les risques pris sont compensés par un avantage : celui d'avoir "un gouvernement qui ne s'est pas arrêté de travailler huit mois avant terme pour se contenter de faire de l'électoralisme."

"Il s'agit de ne pas donner l'image d'une majorité essoufflée. Aujourd'hui, c'est plutôt la gauche qui a du mal avec les propositions", dit-il sous le couvert de l'anonymat.

Il reste qu'une partie de cette majorité semble tétanisée par la proximité des échéances électorales, ce qui a amené Nicolas Sarkozy et le Premier ministre, François Fillon, à resserrer les boulons.

Lors du dernier petit déjeuner hebdomadaire des chefs de la majorité, le président de la République a déclaré mardi que c'était le moment ou jamais, pour ceux qui hésitaient à le soutenir, de se manifester.

François Fillon a embrayé en appelant les députés UMP à faire bloc derrière Nicolas Sarkozy et à mettre en sourdine leurs doutes sur la stratégie menée, dans une allusion aux réserves exprimées sur le projet de "TVA sociale".

"Par rapport à cette stratégie et à la réaction de l'opinion publique on a tous des interrogations. Mais nous allons avoir un candidat, c'est lui qui pilote la stratégie", a-t-il dit. "Je vous invite à faire preuve de la plus grande unité derrière cette stratégie."

Edité par Yves Clarisse

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