[scald=95063:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a endossé sans tarder le costume de candidat à l'élection présidentielle mais s'est plus attaché jusqu'ici à planter le décor et à cogner sur son adversaire socialiste, François Hollande, qu'à avancer de véritables propositions.

L'agitateur d'idées de 2007 n'a, pour l'instant, proposé que l'organisation de référendums sur le contrôle de l'immigration et la formation des chômeurs, sujets auxquels le Premier ministre, François Fillon, a ajouté l'inscription d'une "règle d'or" budgétaire dans la Constitution.

Le chef de l'Etat a également exhumé dimanche, comme déjà il y a cinq ans, le serpent de mer de l'introduction d'une dose de proportionnelle dans le scrutin législatif, qu'il a assortie d'une proposition de réduction du nombre de parlementaires.

Depuis l'officialisation de sa candidature, mercredi dernier, il a en revanche concentré avec une vigueur accrue et une jubilation évidente ses attaques sur le favori socialiste des sondages.

"Sarkozy a accéléré son entrée en campagne pour pouvoir plus taper sur Hollande", explique Frédéric Dabi, de l'institut de sondage Ifop. "Parce qu'il a perdu la bataille de la popularité, il veut gagner celle de la crédibilité."

En deux réunions publiques, à Annecy jeudi et Marseille dimanche, le chef de l'Etat a donné un avant-goût de ses arguments dans cette bataille de la crédibilité.

Il a accusé - sans jamais le nommer - François Hollande de mentir "matin et soir", de ne pas "aimer la France", d'adopter une attitude "malhonnête" et dangereuse sur la crise économique, "irresponsable et moralement condamnable" sur l'immigration, de manquer de courage et de constance, de préférer ne "rien tenter" plutôt que de "prendre le risque d'échouer", etc.

Elire le dirigeant socialiste serait, à l'entendre, prendre le parti d'un affaiblissement inéluctable de la France.

CANDIDAT ANTI-SYSTÈME ?

Le chef de l'Etat sortant se présente au contraire, sous le slogan "La France forte", en protecteur des Français, à qui il se félicite d'avoir épargné une "catastrophe" par sa gestion des crises qui se sont succédé depuis 2008.

S'il s'est dit contre le mariage homosexuel, l'euthanasie, le droit de vote des étrangers aux élections locales et pour une France "maîtresse chez elle", il se défend d'avoir mis le cap à droite toute et se présente en "candidat du peuple français".

Un retour du candidat anti-système qu'il voulait déjà être en 2007, bien qu'il soit au pouvoir depuis 2002, d'abord comme ministre, puis à l'Elysée.

Il n'a de cesse aujourd'hui de dénoncer des "élites" et des "corps intermédiaires" coupables, selon lui, de freiner les réformes et de "confisquer" la parole des Français.

Un leitmotiv qui fait tiquer Jean-Pierre Raffarin, membre du comité de pilotage stratégique de sa campagne avec une poignée d'autres ténors de la majorité présidentielle.

L'ex-Premier ministre UMP a estimé sur LCI que syndicats, collectivités territoriales et associations ne devaient pas être des "boucs émissaires": "Les corps intermédiaires sont indispensables à la bonne santé de la République", a-t-il dit.

Jean-Pierre Raffarin juge "assez classique" que Nicolas Sarkozy ait entamé sa campagne à droite mais attend aussi de lui "des messages d'ouverture sur la personne, sur l'humanisme".

Une séquence qui devrait intervenir après le 10 mars, prédit le centriste Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l'UMP, pour qui Nicolas Sarkozy aura alors à coeur de ramener la barre vers le centre.

CLIVER OU RASSEMBLER ?

Pour Frédéric Dabi, Nicolas Sarkozy est en fait confronté à la nécessité de mener deux campagnes à la fois: "Une campagne de premier tour, où il exacerbe le clivage gauche-droite, tape sur Hollande, remobilise à droite de façon très musclée. Et une campagne de second tour de président sortant, où il propose peu de choses mais cherche à s'adresser à tous les Français."

"Ces deux stratégies paraissent antagonistes parce qu'il y a une attente de cohérence de la part des Français", estime cet analyste. "Mais il doit déjà penser au second tour pour que ce second tour ne devienne pas un référendum anti-Sarkozy."

De fait, le choix de la ministre de l'Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, comme porte-parole de campagne semble démontrer chez le chef de l'Etat une volonté d'arrondir les angles acérés de son début de campagne.

"Elle le fera avec tout le talent, la force et la douceur dont elle est capable", expliquait-il samedi.

Cette polytechnicienne n'est pas seulement qualifiée dans la majorité, au choix, de "grande bourgeoise de droite" ou de "bobo de centre gauche". C'est aussi un membre éminent de ces élites si décriées par Nicolas Sarkozy dans ces discours.

"Le candidat socialiste essaye de faire de sa campagne un référendum anti-Nicolas Sarkozy. Ça ne sera jamais la tonalité de la campagne de Nicolas Sarkozy", assurait-elle dimanche en marge du meeting du président de la République.

En déplacement dans le Val-de-Marne, lundi, le candidat socialiste s'est pour sa part défendu de toute agressivité mais a prévenu qu'il répondrait aux attaques du président sortant.

"Je répondrai nécessairement lorsqu'il y a des attaques qui sont indignes du niveau auquel je veux me situer", a déclaré François Hollande. "Et en même temps je ne veux pas me laisser entraîner dans je ne sais quel pugilat."

Avec Elizabeth Pineau, édité par Patrick Vignal

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