Alors que France Télévisions est accusée de reporter un Envoyé Spécial sur l’affaire Bygmalion, retour sur la relation compliquée entre Nicolas Sarkozy et les médias.

Alors candidat à la présidentielle de 2007 (en avril), Nicolas Sarkozy visite un ranch en Camargue
Alors candidat à la présidentielle de 2007 (en avril), Nicolas Sarkozy visite un ranch en Camargue © AFP / Dominique Faget

Relation compliquée avec la télévision publique

Dès janvier 2008, en conférence de presse, Nicolas Sarkozy annonce la fin de la publicité à la télévision publique après 20h, sans même avoir prévenu les patrons concernés.

Il décide ensuite de nommer lui-même les présidents de l’audiovisuel public et donc en 2010, c’est par un coup de fil du Secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, que Jean-Paul Cluzel apprend qu’il n’est pas reconduit à la tête de Radio France. Passé mai 2012, Nicolas Sarkozy critique la réforme de sa réforme, c’est-à-dire la nomination des PDG par le Conseil supérieur de l’audiovisuel après des auditions à huis clos.

En juin dernier, le parti Les Républicains, qu’il dirige encore, préconise une "BBC à la française", dont les modalités d’application sont moins douces que l’idée : réduction de la publicité sans hausse de la redevance, nomination du PDG par le Parlement, privatisation d’une chaîne et holding commune. Pourtant la nouvelle chaîne publique d’information, franceinfo, fruit de la collaboration entre France Télévisions, Radio France, France 24 et l’INA, et qui correspondrait sur le papier à ce que souhaite l'opposition, ne plaît guère à l’ex-chef de l’État. Dans son livre Tout pour la France, il s’interroge : "Quant à la nouvelle chaîne d’info du service public, quelle est son utilité alors même qu’il y a déjà trois chaînes d’info gratuites et TNT ?", et il fustige le contenu des chaines publiques : "La dérision, la polémique, l'investigation racoleuse ont trop souvent pris le pas sur la découverte, la science, la culture."

Les amis bien placés de l’ex-président

Le sujet a fait l'objet de très nombreux articles : Nicolas Sarkozy est intime avec plusieurs patrons de presse. Martin Bouygues, qui détient TF1, est son meilleur ami. Il est le parrain de Louis, le fils de Nicolas Sarkozy, et a été témoin de son mariage avec Cécilia. Le deuxième témoin n’était autre que Bernard Arnault, patron de LVMH qui possède Les Échos et Le Parisien – Aujourd’hui en France.

Nicolas Sarkozy est aussi proche de Vincent Bolloré, qui lui avait prêté le fameux yacht après la victoire de 2007, et qui est désormais président du conseil de surveillance de Canal+. Le candidat à la primaire de la droite et du centre est également ami avec Arnaud Lagardère, dont le groupe possède Europe 1, le Journal du Dimanche, et Paris Match, et que ce dernier n’avait pas hésité à présenter comme "un frère".

Les coups de pression

Le plus célèbre reste sans doute le limogeage d’Alain Genestar de son poste de directeur de la rédaction de Paris Match pour "dérives déontologiques". En août 2005, il avait publié des photos de Cécilia encore épouse de Nicolas Sarkozy, avec son futur époux Richard Attias, en une de l'hebdomadaire. Cette parution lui coûtera son poste.

Les amitiés haut placées de Nicolas Sarkozy facilitent en effet les coups de téléphone en cas de désaccord ou de colère, après ou avant un reportage. Ainsi, comme le rapportent Aude Dassonville et Jamal Henni dans leur livre Coulisses, secrets et guerres internes (éd. Flammarion, 2016), le journaliste Thomas Hugues s’était fait houspiller au moment des émeutes de 2005, après la diffusion, dans l’émission Sept à huit sur TF1, d’un sujet en caméra cachée où l’on voit des policiers menacer des jeunes d’un sort à la Zyed et Bouna (mort électrocutés dans un transformateur, après une course poursuite avec des policiers). Furieux, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait appelé le lendemain son ami Martin Bouygues.

Ce n’est pas vraiment un coup de pression, mais un coup d’accélérateur : entaché par sa phrase "on va vous débarrasser de cette racaille", à Argenteuil, là aussi au moment des émeutes, également embourbé dans une polémique sur sa volonté de valoriser le "rôle positif de la colonisation", Nicolas Sarkozy, comme le racontent Aude Dassonville et Jamal Henni, annonce en février 2006, avant même TF1, et juste avant un déplacement aux Antilles : "Grâce aux liens qui me rapprochent de Martin Bouygues, je sais qu’il y aura un Noir au 20h de TF1 cet été." Par ailleurs, selon les auteurs, Nicolas Sarkozy aurait œuvré afin que Laurence Ferrari prenne les commandes du journal de 20h, en remplacement de Patrick Poivre d'Arvor.

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