[scald=103095:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a peut-être trouvé avec la menace d'ultimatums à l'Union européenne sur la préférence communautaire et l'immigration le déclic susceptible de relancer sa campagne présidentielle. Mais la stratégie n'est pas sans risque.

Sur le fond, le chef de l'Etat, candidat à un second mandat et à la traîne dans les sondages derrière le candidat socialiste François Hollande, n'a guère innové lors de son meeting géant de dimanche à Villepinte.

Il a promis d'exiger une révision des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes, dont 26 pays européens sont signataires, pour en finir avec une Europe qui ne parvient pas à contrôler l'immigration illégale à ses frontières.

Faute de "progrès sérieux" dans cette direction, la France se retirera des accords de Schengen, a-t-il averti, bien que ceux-ci fassent partie intégrante du droit communautaire.

Or une réforme, réclamée par la France début 2011, est déjà en discussion. Celle-ci achoppe sur la volonté de la Commission européenne de garder la maîtrise du rétablissement éventuel des contrôles aux frontières internes de l'UE.

Nicolas Sarkozy a aussi promis d'oeuvrer pour un alignement des règles commerciales de l'UE sur la législation américaine en matière d'octroi des marchés publics et averti que Paris ferait cavalier seul si le dossier n'avance pas dans les 12 mois.

Or, là aussi, la Commission travaille déjà sur diverses pistes, même si elles vont moins loin que les propositions de la France.

ULTIMATUMS IRRÉALISTES ?

La crise financière de la zone euro s'éloignant et avec elle la nécessité d'afficher une cohésion européenne sans faille, Nicolas Sarkozy n'en semble pas moins chercher par ce biais à consolider auprès des Français son image de "protecteur" en jouant sur une forme de protectionnisme.

Pour Hugues Portelli, sénateur appartenant à l'aile centriste de l'UMP, "c'est de la bonne politique électorale".

"Ça plait à l'électorat sur lequel le président table - la droite et les électeurs peu politisés", a-t-il dit à Reuters. "L'avantage de l'Europe est que c'est un sujet sur lequel il est crédible. Il a tapé dans le bon angle."

Ce fervent européen juge les risques minimes - "Ça va indisposer nos partenaires pendant 15 jours, le temps d'aller au premier tour de la présidentielle. Ce n'est pas très grave."

Son avis est cependant loin d'être partagé par tout le monde, en particulier dans les milieux pro-européens, où l'on estime au contraire que Nicolas Sarkozy risque de dilapider dans cette chasse aux voix son capital de crédibilité sur l'Europe.

"Les idées défendues par Nicolas Sarkozy sont dans l'air mais c'est la méthode qui pose question", a ainsi déclaré à Reuters l'euro-député UMP Jean-Paul Gauzes. "Ces ultimatums ne sont pas réalistes. On ne va pas quitter Schengen dans un an."

"Les ultimatums ne sont pas ce qui est le plus efficace", ajoute-t-il. "Il y a une contradiction entre le moteur qu'il a été pendant la présidence française de l'UE et face aux crises et la volonté de procéder par ultimatum. Quand on est influent, ce n'est pas l'ultimatum qu'on utilise, c'est la persuasion."

L'ancien chancelier Helmut Kohl avait coutume de dire qu'on ne gagne pas une élection en tapant sur Bruxelles.

CANDIDAT DE LA PEUR ?

Selon un sondage Ipsos-Logica Business Consulting publié samedi, 56% des Français sont favorables au renforcement des pouvoirs de décision nationaux, "même si cela doit limiter ceux de l'Europe", pour faire face aux grands défis à venir.

Les prochains sondages diront si Nicolas Sarkozy a trouvé à Villepinte la réponse à cette préoccupation et la riposte à François Hollande, qui a relancé sa propre campagne en proposant fin février une tranche d'imposition à 75% pour les plus riches.

"Ses propositions sont assez habiles", juge Jean-François Doridot, d'Ipsos. "Il y a une recherche d'un mix qui plaise à la fois à l'électorat du Front national et à l'électorat centriste même si, là encore, il travaille plus l'électorat de Marine Le Pen que celui de François Bayrou."

Dominique Moïsi, de l'Institut français des relations internationales, voit pour sa part dans le discours de Nicolas Sarkozy une rupture avec le candidat qu'il a été en 2007 et se montre plutôt sceptique sur le résultat à en attendre.

"Je pense qu'il y a une erreur sur la psychologie des Français", explique-t-il à Reuters. "Ce qu'on lui reproche, c'est d'être anxiogène, et il l'a été encore plus hier."

"En 2007, il était le candidat de l'espoir : 'vous voulez la réforme, la modernité, je l'incarne'", ajoute cet analyste. "En 2012, il apparaît plus comme le candidat de la peur : vous voulez des frontières sûres, éviter le désordre créé par le libéralisme absolu de Schengen, eh bien comptez sur moi."

Pour Dominique Moïsi, cette "prise en otage de l'Europe" peut aussi amener la chancelière allemande Angela Merkel et le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy à revoir leur soutien à Nicolas Sarkozy dans la campagne présidentielle.

Edité par Yves Clarisse

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