[scald=110615:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy pourrait jouer cette semaine, avec la présentation d'un programme chiffré, une carte importante dans la bataille de la crédibilité qu'il livre à son adversaire socialiste pour l'élection présidentielle, François Hollande.

Ce nouvel épisode du duel à distance entre les deux principaux candidats intervient à l'issue d'une séquence favorable au président sortant, dont le camp reprend espoir après avoir longtemps vécu les affres d'une défaite annoncée.

Le chef de l'Etat, qui effectuera mercredi, après François Hollande, un déplacement à La Réunion, n'a pas encore dévoilé quel jour et comment il présentera la synthèse des propositions qu'il a égrenées depuis la mi-février.

"Dans cette campagne, notre arme c'est la surprise et la guerre de mouvement", explique le député UMP Damien Meslot, membre de son équipe de campagne.

Selon des proches de Nicolas Sarkozy, cela pourrait intervenir en fin de semaine, en même temps que la diffusion d'un document de 16 pages élaboré sous la direction d'Emmanuelle Mignon, qui avait piloté la confection de son programme en 2007.

Ce livret n'a cependant pas vocation à être la version définitive du projet du candidat, souligne-t-on de même source.

"Ce sera notre document de référence mais rien n'empêchera qu'il y ait d'autres propositions en plus", explique Damien Meslot. "Hollande a sorti tout de suite ses 60 propositions, qui le lient et l'immobilisent. Nous, nous ne voulons pas nous lier les mains. Nous voulons rester très réactifs."

Les sondages donnent désormais régulièrement Nicolas Sarkozy en tête au premier tour, le 22 avril, et si François Hollande demeure leur favori pour le second, les écarts se resserrent.

COUP DE POUCE DE L'ACTUALITÉ

A trois semaines du scrutin, le déficit de popularité du chef de l'Etat sortant est néanmoins jugé irrattrapable par les analystes. Il lui reste donc à convaincre les électeurs qu'il est plus à même que son rival de diriger le pays.

Nicolas Sarkozy s'y emploie en intentant systématiquement un procès en incompétence au candidat socialiste, qu'il accuse meeting après meeting de "mentir" et caricature en "tartuffe" incapable de décider, inconstant, indécis et "sans idée".

"On appuie là-dessus parce que tout le monde a des doutes sur François Hollande en la matière", explique le ministre délégué au Logement Benoist Apparu. "Et on va continuer."

Dans cette bataille de la crédibilité, le chef de l'Etat sortant a reçu un coup de pouce de l'actualité, y compris sous sa forme la plus atroce avec l'affaire Mohamed Merah, assassin de sept personnes en huit jours entre le 11 et le 19 mars.

La traque ultra-médiatisée du tueur et son dénouement dès le 22 mars ont permis au candidat Sarkozy de reprendre son statut de président aux commandes des forces de l'ordre et garant de la cohésion nationale, face à des rivaux réduits à la passivité.

Sur un mode moins dramatique, il a enregistré ces derniers jours des prévisions de croissance du PIB en légère amélioration pour 2012 (0,7% au lieu de 0,5%) et un déficit public inférieur à ce qui était escompté pour 2011 (5,2% au lieu de 5,7%).

De quoi "redonner des couleurs au bilan de Nicolas Sarkozy, qui est son grand point faible", estime Frédéric Dabi, dirigeant de l'institut Ifop, même si les Français sont plus sensibles à la hausse du prix de l'essence.

De quoi aussi, en tout cas, faire oublier la tache de la dégradation de la note souveraine française de AAA à AA+ par Standard & Poor's le 13 janvier.

CHANGEMENT D'AMBIANCE

"Cela s'ajoute aux éléments qui se sont succédé et qui, progressivement, réinstallent une part de crédibilité en faveur de Nicolas Sarkozy", souligne François Miquet-Marty.

Pour le directeur de l'institut Viavoice, c'est moins chaque élément que leur accumulation qui nourrit cette évolution, à laquelle participent aussi certaines propositions du candidat, bien accueillies par une partie au moins de l'opinion.

"Cela installe une musique de fond et s'inscrit dans une dynamique de campagne plutôt favorable à Nicolas Sarkozy et des interrogations sur celle de François Hollande", ajoute-t-il.

Mais pour François Miquet-Marty comme pour son confrère de l'Ifop, la mise en perspective des propositions du candidat Sarkozy sous forme d'un programme reste nécessaire pour éloigner un tant soit peu le débat électoral du bilan du président.

"Tant que le président n'a pas de programme, les critiques peuvent se focaliser sur son bilan", souligne Frédéric Dabi, tout en reconnaissant que l'exercice est bien plus difficile pour Nicolas Sarkozy que pour ses prédécesseurs.

Le socialiste François Mitterrand et le conservateur Jacques Chirac, explique-t-il, ont été "protégés par la cohabitation" à la fin de leur premier mandat avec un gouvernement de la couleur politique de leur adversaire qui devait, lui, défendre un bilan.

Selon Jean-Christophe Lagarde, membre de l'équipe de campagne de Nicolas Sarkozy et numéro deux du Nouveau centre, parti allié à l'UMP, la base du parti présidentiel réclame aussi un document de synthèse des propositions du candidat.

Il y voit le signe d'un "changement radical d'ambiance" dans le camp du président-candidat.

"Il y a un mois, on sentait des gens qui faisaient campagne un peu par obligation et avec fatalisme. Aujourd'hui, ils le font avec beaucoup plus de détermination et d'espoir", dit-il. "Il y a un mois, personne ne demandait de matériel militant. Maintenant, on voit des gens qui ont envie de s'engager."

Edité par Benjamin Massot

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