[scald=26023:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy exhorte majorité et opposition à l'union sacrée dans la remise en ordre des finances publiques françaises, un appel rejeté par les socialistes qui refusent ce qu'ils jugent être une manoeuvre.

Le président français a adressé mardi une lettre à tous les parlementaires pour les inciter à adopter une "règle d'or" imposant aux gouvernements français de limiter les déficits publics, sans toutefois y faire explicitement référence.

Assemblée et Sénat ont voté l'inscription dans la Constitution d'une telle règle, mais il faut pour la ratifier réunir la majorité des trois cinquièmes au Congrès.

Nicolas Sarkozy vante dans sa lettre le plan de sauvetage financier de la Grèce, adopté jeudi par les dirigeants de la zone euro, grâce à l'accord franco-allemand qu'il avait conclu la veille avec la chancelière Angela Merkel à Berlin.

Il estime que l'étape suivante doit être un renforcement de la gouvernance économique de la zone euro, pour permettre à celle-ci d'agir "avec rapidité et efficacité".

"Nous devons doter la zone euro d'un véritable gouvernement économique, dont la réunion au sommet des États doit être l'élément central", explique Nicolas Sarkozy.

"LA FRANCE DOIT ÊTRE EXEMPLAIRE"

Il ne s'agit pas de fondre budgets et ministères en "un seul et même monstre technocratique", ce qui ce serait "illusoire et même dangereux", poursuit-il, mais de tirer les conséquences de l'interdépendance croissante entre les pays de la zone euro.

"Nous devons désormais déterminer ensemble nos politiques économiques, afin de renforcer notre convergence et notre compétitivité au service de notre prospérité commune", explique Nicolas Sarkozy, qui confirme qu'Angela Merkel et lui feront des propositions communes en ce sens avant la fin de l'été.

Mais "pour réussir dans cette entreprise, pour entraîner ses partenaires, la France (...) doit être exemplaire dans la remise en ordre de ses comptes publics et de son économie", écrit-il.

Il rappelle que les décisions prises à Bruxelles l'ont été en privilégiant l'intérêt général et malgré des sensibilités politiques différentes et il invite les parlementaires français à faire preuve du même sens des responsabilités.

"En France, dans les mois qui viennent, nous avons besoin aussi de nous rassembler sur ces questions essentielles, au-delà des intérêts partisans", écrit le président aux parlementaires.

CONGRÈS EN FONCTION DES MARCHÉS ?

Mais à neuf mois de l'élection présidentielle, l'opposition, en particulier le Parti socialiste, n'entend pas faire cette fleur au président français, candidat probable à sa successions.

Les deux favoris de la primaire socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2012 l'ont répété mardi.

"Le redressement de la France ne viendra pas d'un changement de la Constitution mais d'un changement de majorité en 2012", a déclaré Martine Aubry dans un communiqué, dénonçant une "opération de pure communication".

François Hollande a abondé dans le même sens.

"La première décision que devrait prendre Sarkozy avant d'envoyer une lettre serait de remettre en cause les mesures qu'il a lui-même fait voter", a-t-il écrit sur Twitter.

Selon les calculs de l'Elysée, il manque à la droite 30 à 40 voix, compte tenu de la perte anticipée d'une dizaine de sièges lors des élections sénatoriales de septembre. Le président ne peut guère espérer, en l'état actuel des choses, récupérer qu'une dizaine de voix au prix de tractations laborieuses.

Dans sa lettre, Nicolas Sarkozy s'efforce de mettre l'opposition face à ses contradictions, tout en prenant soin de ne pas trancher définitivement la question d'une convocation du Congrès, désormais repoussée à septembre ou à cet automne.

Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a déclaré lundi à l'issue d'un déjeuner avec le chef de l'Etat que la question ferait "partie des débats de la rentrée".

"Nous savons que nous ne passons pas sans un vote républicain et responsable d'une partie de l'opposition. Nous faisons tout pour y parvenir", explique-t-on à l'Elysée, où l'on compte notamment sur la tentation de certains élus socialistes de se démarquer à l'approche de la primaire du PS.

Mais "s'ils restent tous sur leur position, il y aura une décision politique à prendre", ajoute-t-on de même source. "Il faudra alors bien mesurer l'impact sur les marchés d'un vote négatif au Congrès ou d'une procédure en suspens, le vote des deux chambres restant acquis. Ça dépendra aussi de l'état des marchés à ce moment-là."

Edité par Patrick Vignal et Yves Clarisse

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