La nomination d'Édouard Philippe (LR) comme Premier ministre traduit une volonté d'union gauche-droite, autant qu'une stratégie politique marquée, en vue des législatives.

Edouard Philippe, le député-maire LR nommé Premier ministre
Edouard Philippe, le député-maire LR nommé Premier ministre © AFP / Joël Saget

Emmanuel Macron l'avait promis tout au long de sa campagne présidentielle : sa volonté était de sortir du clivage traditionnel. En nommant ce lundi, au poste de Premier ministre, Edouard Philippe, maire du Havre, élu Les Républicains et proche d'Alain Juppé, le président de la République montre sa cohérence et provoque une situation inédite au sein de la Ve République en dehors de la cohabitation.

Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po et invité ce lundi soir du Téléphone sonne avec Nicolas Demorand, y voit une revendication de cette "double identité" plutôt qu'un rejet de la droite et de la gauche traditionnelles. Et le choix d'une personnalité politique qui affirme son positionnement à droite reste cohérent, pour contre-balancer son entourage le plus proche, marqué à gauche: "Quand vous regardez son itinéraire personnel, confie-t-il hors antenne, quand vous regardez le profil des femmes et des hommes qui l’entourent et le profil des premiers sélectionnés, le curseur penche nettement à gauche."

Désarmorcer LR avant les législatives

"Il a nommé un Premier ministre LR, proche d’Alain Juppé, pour mettre en difficulté Les Républicains". Pour le professeur de sciences politiques Laurent Bouvet, la nomination d'Edouard Philippe est aussi une question de stratégie politique, et pas seulement de mise en place de son programme gouvernemental. Cette question, qui viendra après les élections législatives, est soumise à une inconnue : la majorité parlementaire. Si les élus LR obtiennent une majorité, en juin, ils risquent de ne pas "forcément" être "très enclins à suivre leurs anciens camarades de parti, qui partent aujourd’hui avec Edouard Philippe derrière Emmanuel Macron".

Pendant la campagne électorale pour l'élection présidentielle, Emmanuel Macron s'est situé en dehors du clivage droite/gauche afin de faire exploser ce dernier, que le Président juge désormais caduque et qui ne "correspondait plus" aux attentes d'une partie des Français. Laurent Bouvet estime qu'Emmanuel Macron a "réussi très largement" à gauche et qu'il doit maintenant le faire avec la droite : "Récupérer une partie des élus de droite au sein de son mouvement, ce qui serait en quelque sorte la concrétisation de l’explosion de ce clivage droite/gauche dans un nouveau mouvement politique situé au centre du jeu."

Ce qui va se jouer, au fil des semaines à venir jusqu'aux élections législatives, et une fois les résultats connus, c'est "une question de rapport de force". La gauche, et notamment le Parti socialiste, ne vont assurer "qu'un rôle secondaire" lors des élections législatives. La vraie bataille "se jouera entre les candidats de la République En Marche ! et les candidats Les Républicains".

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