L’expression est associée à l’ancien Premier ministre, Alain Juppé : “droit dans ses bottes”. Une phrase prononcée en 1995 qui n'a pourtant rien à voir avec la mobilisation contre son projet de réforme des retraites et de la sécurité sociale.

Alain Juppé, lors d'une interview au 20 heures de TF1, le 6 juillet 1995 : "Je reste droit dans mes bottes et je ferai mon travail".
Alain Juppé, lors d'une interview au 20 heures de TF1, le 6 juillet 1995 : "Je reste droit dans mes bottes et je ferai mon travail". © Capture d'écran INA

C’est la phrase que l’on ressort à chaque fois que l’on parle d’Alain Juppé et du conflit social historique auquel il a été confronté en 1995. “Droit dans ses bottes” par ci, “droit dans ses bottes” par là. L’image apparaît tout de suite et sans hésitation : celle d’un Premier ministre, rigide et inflexible face à la pression de la rue.

Un souvenir d’autant plus évoqué qu’Édouard Philippe, proche d’Alain Juppé, se retrouve dans une situation similaire avec la réforme des retraites qu’il porte actuellement. La légende s'est installée dans les esprits (y compris les nôtres) et réapparaît donc régulièrement, encore ces derniers jours : “Il ne sera pas dit que le Premier ministre est ‘droit dans ses bottes’, contrairement à Alain Juppé, en 1995”, écrit Le Monde, il y a trois jours, dans un article faisant l’analogie entre l’actuel Premier ministre et “son ancien patron”. Le Figaro parle aussi récemment du “tournant de la mobilisation contre Alain Juppé qui s’était vite dit ‘droit dans ses bottes’ face aux grévistes”. Tandis que Cnews estime que cette petite phrase était lancée à destination de ces même grévistes. 

En réalité, et comme l’a souligné Thomas Legrand, Alain Juppé n’a pas prononcé cette phrase à l’occasion de la grève contre son plan de réforme de la Sécu et des retraites

Une interview qui date de juillet 1995

Il faut fouiller dans les archives de l’INA et remonter au soir du 6 juillet 1995 pour retrouver trace de l’interview dans laquelle le fameux “droit dans ses bottes” a été prononcé. Quatre mois avant le pic de la grève, nous sommes sur TF1 et face à Patrick Poivre d’Arvor, dans le 20 heures, Alain Juppé s’explique sur l'affaire liée au loyer de son logement et de celui de son fils

Premier ministre de Jacques Chirac depuis un mois à peine, Alain Juppé se justifie et se défend : “Je suis depuis 1990 dans un logement de six pièces qui fait environ 180 m². Je paie chaque trimestre 43 500 francs de loyer et de charges et je vous ai apporté ma dernière quittance”, dit-il en tendant le document au présentateur du 20h. “On m’a reproché d’avoir un loyer de complaisance, c’est faux”, poursuit Alain Juppé. 

"Je reste droit dans mes bottes et je ferai mon travail"

Dénonçant une entreprise de déstabilisation, le Premier ministre ajoute (et prononce la fameuse phrase) : “Mercredi prochain, il y aura encore sur mon compte un autre ragot. Alors comme on a à peu près tout dit en ce qui me concerne, maintenant on va s’intéresser à mon ex-femme, à mes enfants, ça va continuer. Et bah, je reste droit dans mes bottes et je ferai mon travail”. 

C'est le Canard enchaîné qui avait révélé les faits, début juin 1995, apportant la preuve qu'Alain Juppé avait notamment donné l'ordre aux services du logement de la ville de Paris de diminuer de 1000 francs le loyer de son fils Laurent, logé dans un appartement de la ville rue Jacob. Alain Juppé avait de plus signé, en septembre 1990, un bail avec sa propre municipalité lui permettant de devenir locataire, dans cette même rue, d'un appartement de 189 m2 à un prix défiant toute concurrence. Après trois mois de polémique, il avait décidé de quitter son logement. 

Rien à voir, donc… avec la grève du service et de la fonction publique.

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