Pourquoi Marine Le Pen, élue régionale du Nord-Pas-de-Calais, ne s’est-elle pas mobilisée lors du débat sur le mariage homosexuel, alors que sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, député du Vaucluse, était de tous les défilés ? Selon une étude de l’IFOP publiée hier dans Le Monde, ce positionnement politique serait à mettre sur le compte du profil de leurs électeurs respectifs.

Marion et Marine Le Pen
Marion et Marine Le Pen © Radio France

Réalisée sur Internet entre mai et juillet 2013 auprès de 6000 électeurs frontistes du Nord et du sud de la France, là où le FN est beaucoup plus implanté qu’ailleurs, l’étude fait apparaître les points de convergence et de divergence entre eux.

Les différences du discours du Front national dans ces deux zones, comme dans le reste du pays, pourraient ici trouver leur explication.

Les précisions de Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'IFOP

Le socle commun frontiste

Interrogé par l’AFP, Jérôme Fourquet, le directeur du département opinion de l’IFOP, note qu’il « existeune très grande homogénéité des points de vue sur la dénonciation de l’assistanat, de l’insécurité et de la mondialisation» . Ainsi au Nord comme au Sud, 65 % des électeurs FN estiment que « les chômeurs pourraient travailler plus s’ils le voulaient ».

Il en va de même pour la sécurité : 85 % des frontistes du Sud-Est et presque autant du Nord-est pensent que l’on « ne se sent en sécurité nulle part ». Et puis, pierre angulaire du discours de la famille Le Pen, plus de 95% des électeurs estiment qu’ « il y a trop d’immigrés en France » .

Clivages et origines sociales

Dès qu'on parle "économie", des différences de sensibilités apparaissent entre les deux échantillons représentatifs de l’électorat du Front National. Ainsi, les électeurs FN méridionaux, au « tropisme plus droitier » selon l’institut, sont 37 % à penser « que le niveau d’imposition en France est trop élevé », contre 60 % chez leurs homologues du Nord. A l'inverse, ces derniers jugent à 42 % que "le niveau de fiscalité payé par les personnes plus riches n'est pas assez élevé, ce qui ne permet pas de corriger les inégalités ", contre 22% chez les sudistes . Enfin dans le Sud, 86 % sont favorables à ce que « l’Etat donne plus de libertés aux entreprises », contre 70% sur les terres de la patronne du FN.

Faire tenir ensemble des électeurs différents

Et comme souvent, la sociologie permet d’expliquer ses différentes approches. Dans le Nord-Est, les catégories populaires sont le plus représentées (50 % d’ouvriers et d’employés), alors qu’elles ne représentent que 36 % de l’électorat dans le Sud-Est. De la même manière, retraités, CSP + et indépendants sont surreprésentés dans le Sud (38 %, contre 23% dans le Nord-Est, et 30 % au niveau national). De quoi expliquer leur dénonciation de la « pression fiscale ».

Jérôme Fourquet conclut : « Les différents leaders du Front national reviennent toujours sur les questions d’immigration pour faire tenir ensemble des électeurs qui, sinon, pourraient voter dans des directions très variées ».

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