En 2002, l'environnement n'a pas encore l'importance qu'on lui accorde aujourd'hui. Pourtant, c'est cette année que Jacques Chirac lance cette alerte, au sommet de la Terre à Johannesburg : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs."

Jacques Chirac lors du sommet de la Terre, en 2002 à Johannesburg
Jacques Chirac lors du sommet de la Terre, en 2002 à Johannesburg © AFP / Patrick KOVARIK

C'est une phrase qui revient sans cesse, désormais, dans les manifestations et les discours des écologistes. Mais il y a 17 ans, l'écologie n'est pas encore une cause défendue par tous, et encore moins par les chefs d'État. Alors l'intervention de Jacques Chirac, le 2 septembre 2002 au sommet de la Terre, à Johannesburg, fera date. 

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs." C'est ainsi que le chef d'État français interpelle les dirigeants, réunis sous l'égide de l'ONU tous les dix ans pour évoquer l'environnement.

"Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !"

"La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre", entame le président. "Sur tous les continents, des signaux d'alerte s'allument."

_"_L'Europe est frappée par des catastrophes naturelles et des crises sanitaires. L'économie américaine, souvent boulimique en ressources naturelles, paraît atteinte d'une crise de confiance dans ses modes de régulation. L'Amérique Latine est à nouveau secouée par la crise financière et donc sociale. En Asie, la multiplication des pollutions, dont témoigne le nuage brun, s'étend et menace d'empoisonnement un continent tout entier. L'Afrique est accablée par les conflits, le sida, la désertification, la famine. Certains pays insulaires sont menacés de disparition par le réchauffement climatique."

"Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !" poursuit le chef d'État. "Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie." Jacques Chirac en appelle à la "responsabilité collective" des pays, en particulier des pays développés. "Si l'humanité entière se comportait comme les pays du Nord, il faudrait deux planètes supplémentaires pour faire face à nos besoins."

Mondialisation, développement durable, solidarité : le président fixe cinq chantiers mondiaux

Jacques Chirac fixe alors cinq "chantiers prioritaires" à l'échelle de la planète. En premier lieu, le changement climatique. "De Johannesburg, doit s'élever un appel solennel vers tous les pays du monde, et d'abord vers les grands pays industrialisés, pour qu'ils ratifient et appliquent le Protocole de Kyoto."

L'éradication de la pauvreté, ensuite. "Trouvons de nouvelles sources de financement. Par exemple par un nécessaire prélèvement de solidarité sur les richesses considérables engendrées par la mondialisation." Puis la diversité, biologique et culturelle, menacée selon le chef d'État, et qu'il faut protéger par des engagements juridiques.

En quatrième lieu, viennent les modes de production et de consommation. "L'invention du développement durable est un progrès fondamental au service duquel nous devons mettre les avancées des sciences et des technologies, dans le respect du principe de précaution." Jacques Chirac évoque alors la nécessité de limiter l'utilisation des ressources naturelles, la pollution et la production de déchets - des thèmes sur lesquels les gouvernements continuent de travailler à l'heure actuelle.

Cinquième et dernier chantier : "La gouvernance mondiale, pour humaniser et maîtriser la mondialisation." Le chef d'État veut faire prévaloir l'intérêt supérieur de l'humanité toute entière, "qui dépasse à l'évidence l'intérêt de chacun des pays qui la composent."

Derrière le discours, quelles actions ?

En 2005, le président instaure la charte de l'environnement, qui proclame que "chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé." Il inscrit le fameux principe de précaution dans la Constitution française. Sur l'antenne de France Inter, Nicolas Hulot, ami de longue date avec le président, évoque "son amour pour les peuples premiers" et son vif intérêt pour l'état du monde. "À chaque fois que je rentrais d'Ushuaïa, il voulait que je lui raconte. Je l'alertais, et il m'écoutait religieusement", explique Nicolas Hulot. 

Jacques Chirac est également à l'origine d'une taxe internationale de solidarité sur les billets d'avion, d'ailleurs communément appelée "taxe Chirac", crée en 2005. Prélevée sur le prix des billets, elle permet de financer Unitaid, le fonds de lutte contre le sida, le paludisme, la tuberculose.

Pour autant, difficile de parler de Jacques Chirac comme d'un visionnaire de l'environnement. Sans aucune transformation structurelle pour engager la transition écologique pendant ses deux mandats, le chef d'État était également un fervent défenseur de l'agriculture conventionnelle, très décriée aujourd'hui pour son impact sur l'environnement.

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