En visite en Nouvelle-Calédonie, à six mois du référendum d’autodétermination, Emmanuel Macron est attendu sur l’île d’Ouvéa. Un déplacement qui intervient trente ans après la prise d’otage de gendarmes puis le massacre de leurs ravisseurs kanaks.

Emmanuel Macron en Australie, à la veille de sa visite en Nouvelle-Calédonie.
Emmanuel Macron en Australie, à la veille de sa visite en Nouvelle-Calédonie. © Maxppp / BRENDAN ESPOSITO/EPA/Newscom/MaxPPP

Sur place, certains parlent déjà d’une provocation. Emmanuel Macron a prévu de se recueillir sur la stèle des 19 indépendantistes tués à Ouvéa durant l’assaut du GIGN, le 5 mai 1988. L’épisode le plus dramatique de l’histoire tourmentée entre la métropole et son territoire du Pacifique-sud.

Une prise d'otages sur fond d'élection présidentielle

22 avril 1988. Deux jours avant le premier tour de l’élection présidentielle entre François Mitterrand et son premier ministre Jacques Chirac, des indépendantistes kanaks attaquent la gendarmerie de Fayaoué, sur l’île d’Ouvéa. Quatre gendarmes sont tués par balles, les 27 autres sont capturés. Un premier groupe est libéré trois jours plus tard, un deuxième est conduit dans une grotte au nord de l’île, près de la tribu de Gossanah. 16 gendarmes y sont détenus.

Le 27 avril, la grotte est repérée par le GIGN, qui entre en contact avec les ravisseurs. Ceux-ci exigent et obtiennent que six nouveaux gendarmes leur soient remis. Les négociations s’enlisent.

A Paris, François Mitterrand et Jacques Chirac, qualifiés pour le second tour de la présidentielle, savent qu’ils jouent gros. Le président exprime d’abord sa réticence pour une opération armée, alors que son premier ministre prône une ligne dure. 

Un bain de sang qui aurait pu être évité

Le 4 mai au soir (le 5 mai au matin en Nouvelle-Calédonie), l’opération "Victor" est lancée. 21 personnes sont tuées au cours de l’assaut : deux parachutistes et 19 indépendantistes, dont leur leader Alphonse Dianou. Philippe Legorjus, qui menait les pourparlers avec les ravisseurs, affirme aujourd’hui que "le massacre aurait pu être évité". Il laisse également entendre que Dianou est mort faute de soins, avant d'arriver à l'hôpital. De même, Michel Rocard avouera, en 2008, que des combattants kanaks ont été achevés par des militaires

Deux mois après le drame, en juin 1988, indépendantistes et loyalistes signent les accords de Matignon, qui s’accompagnent d’une amnistie pour les protagonistes du bain de sang. Il n’y aura pas de procès.

Un second accord, signé en 1998 à Nouméa, prévoit l’organisation d’un référendum d’autodétermination entre 2014 et 2018. Le scrutin aura lieu le 4 novembre 2018. 

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