[scald=44701:sdl_editor_representation]par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Plus de 2.000 fidèles se sont pressés vendredi dans une ancienne caserne du nord de Paris transformée en mosquée pour accueillir les musulmans qui prient habituellement dans les rues du quartier parisien de la Goutte d'Or.

Ce lieu de culte a ouvert le jour de l'interdiction par le ministre de l'Intérieur des prières de rue à Paris. "Si d'aventure il y a des récalcitrants, nous y mettrons fin", a prévenu dimanche le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Cette mosquée provisoire a attiré les fidèles, puisque, faute de place, plusieurs centaines de personnes sont restées dans la cour de la caserne.

Plus de 2.000 personnes venues à pied des quartiers alentours, ont pris place à l'intérieur, selon les responsables religieux. Ils se sont installés sous la voûte d'une immense salle dont le sol était recouvert de tapis orientaux.

De légers heurts ont éclaté quand quelques dizaines de jeunes venus en cortège de la Goutte d'Or sont arrivés pour protester contre l'interdiction des prières de rue.

Malgré les membres du service de sécurité, ils ont pu pénétrer dans le bâtiment pour y déployer une banderole.

Le recteur de la mosquée Myrha, cheik Mohammed Salah Hamza, qui a désormais en charge avec d'autres responsables l'ancienne caserne du boulevard Ney, dans le XVIII arrondissement, a estimé que l'aménagement de la caserne apportait "un début de réponse".

"Les fidèles sont très heureux d'être là, ils ont répondu à l'appel. La salle, qui peut contenir 2.000 personnes est pleine", a-t-il dit à Reuters juste avant la prière.

Pour éviter que des musulmans ne soient tentés de prier dans les rues de la Goutte d'Or, les deux petites mosquées du quartier ont été fermées ce vendredi, a-t-il précisé.

Pour protester contre ces fermetures, des jeunes partis de la rue Myrha se sont alors rendus jusqu'au bâtiment du boulevard Ney en scandant des slogans en arabe. Aucun policier n'était alors visible à la Goutte d'Or.

MARINE LE PEN PAS SATISFAITE

La question des prières de rue n'a cessé de monter depuis 2010 quand des groupuscules d'extrême droite avaient appelé à un "apéro saucisson-pinard" finalement annulé.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, s'était ensuite élevée conte ces prières, faisant un parallèle avec la Seconde Guerre mondiale, parlant "d'occupation", sans "blindés" ni "soldats", mais "d'occupation tout de même".

Elle a estimé jeudi qu'en ouvrant la caserne du boulevard Ney, l'Etat se soumettait à un "véritable chantage" et qu'il violait la loi sur la laïcité en "donnant un bâtiment" avec un loyer modique aux religieux musulmans.

"J'aurais préféré qu'on fasse des logements sociaux", a-t-elle dit sur TF1.

"Ma porte est ouverte", lui a répondu cheik Mohammed Salah Hamza, estimant que Marine Le Pen changerait "sûrement d'optique" si elle venait se rendre compte de la situation sur place. Il a dit vouloir également parler avec elle des questions d'immigration et de sécurité.

La mise à disposition de l'ancienne caserne de pompiers, pour un loyer modeste, est provisoire dans l'attente de l'ouverture d'une nouvelle mosquée dans le même quartier à l'horizon 2013.

Elle a été rendue possible par un accord entre, d'une part, les responsables de deux mosquées du XVIIIe arrondissement, et la préfecture de police de Paris et la préfecture de région d'autre part.

Moussa Niambele, président de l'Association des musulmans de l'ouverture, a assuré que le projet de nouvelle mosquée était "sur les rails". "Les travaux ont commencé, elle sera beaucoup plus grande, c'est le but recherché", a-t-il dit à Reuters.

Ce futur lieu du culte doit être intégré à un institut des cultures d'islam de 4.000 m2.

Edité par Yves Clarisse

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