[scald=16861:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La France a annoncé jeudi un retrait progressif de ses quelque 4.000 soldats présents en Afghanistan, dans le sillage des Etats-Unis qui feront partir le tiers de leurs troupes d'ici à l'été 2012.

Barack Obama a déclaré mercredi que 10.000 "boys" quitteraient l'Afghanistan avant la fin de l'année, sur un total de 100.000 actuellement, et que 23.000 autres rentreraient aux Etats-Unis d'ici la fin de l'été 2012, quelques mois avant l'élection présidentielle.

"La France partage l'analyse et les objectifs américains et se félicite de la décision du président Obama", déclare la présidence française dans un communiqué publié peu après l'annonce américaine.

"Compte tenu des progrès enregistrés, elle engagera un retrait progressif de renforts envoyés en Afghanistan, de manière proportionnelle et dans un calendrier comparable au retrait des renforts américains", ajoute-t-elle.

La stratégie alliée visant à rendre les forces afghanes responsables de la sécurité de leur territoire "donne des résultats et il est normal qu'au fur et à mesure que cette stratégie donne des résultats, les alliés réduisent le nombre de leurs forces en Afghanistan", a expliqué le Premier ministre français, François Fillon.

"La mort de Ben Laden et la désorganisation d'Al Qaïda, qui était un des objectifs de la campagne initiale conduite en Afghanistan, est un élément qui vient renforcer cette perspective", a-t-il dit à la presse en marge du salon aéronautique du Bourget.

Ni date ni chiffre précis n'ont été donnés par la France, qui se déterminera en fonction de la situation sur le terrain.

PROGRÈS DE L'ARMÉE AFGHANE

Le choix d'un retrait "prend en compte les progrès accomplis par l'armée nationale afghane qui atteint son plein effectif et qui sur le terrain prend chaque jour prend plus d'assurance", a dit à la presse le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées. "L'objectif est bien de leur permettre de prendre la main".

Présente en Afghanistan depuis 2001, la France y compte un peu plus de 4.000 soldats, principalement dans l'Est (province de Kapisa et district de Surobi). Soixante-deux Français ont été tués sur le terrain afghan ces dix dernières années.

Une décision doit être prise à la fin de l'été sur le transfert aux Afghans du contrôle du district de Surobi, qui pourrait se traduire par un premier mouvement de retrait français.

"Le processus de transition des responsabilités de sécurité au profit des autorités afghanes se poursuivra jusqu'en 2014", rappelle l'Elysée, "conformément aux objectifs agréés au sommet de l'Otan à Lisbonne en novembre 2010."

Le retrait se fera en concertation avec les alliés et les autorités afghanes, précise l'Elysée, selon qui Nicolas Sarkozy s'est entretenu avec Barack Obama mercredi avant le discours de ce dernier.

La décision française prise dans le sillage des Américains n'étonne pas Karim Padzad, chercheur associé a l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

"Puisque les Américains se retirent je ne vois pas comment la France pourrait faire autrement, comment elle pourrait continuer la guerre malgré tout, avec ses 4.000 soldats", dit-il. "C'est la politique américaine qui dicte".

"Depuis le début, la France n'a jamais eu une stratégie ou une politique à elle en Afghanistan, elle a suivi sur le plan politique et militaire", a-t-il souligné.

ROYAL DEMANDE UN DÉBAT À L'ASSEMBLÉE

Parmi les premières réactions politiques, la socialiste Ségolène Royal a jugé "dommage que la France ait été suiviste alors qu'il est évident que ce retrait programmé correspond aux intérêts de la France".

"Ce sujet doit faire l'objet d'un débat à l'Assemblée nationale", a ajouté sur France 2 la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, candidate à la primaire socialiste pour la présidentielle de l'an prochain.

Axel Poniatowski, président UMP de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, réclame un retrait "significatif afin de mettre les dirigeants afghans face à leurs responsabilités".

"En maintenant la totalité de nos effectifs, nous accordions un blanc-seing à l'administration Karzaï, qui critique la présence de militaires de l'Otan pour flatter l'opinion mais n'est pas suffisamment déterminée à reprendre le destin de l'Afghanistan en main", souligne-t-il dans un communiqué.

Selon un sondage BVA publié début mai, peu après l'annonce de la mort d'Oussama ben Laden, 55% des Français interrogés estimaient que leurs soldats devaient quitter l'Afghanistan.

Elizabeth Pineau, avec Service France et John Irish, édité par Patrick Vignal

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