L'historien Patrick Weil auteur de nombreux ouvrages sur l'immigration, évoque pour France Inter la lettre dans laquelle Emmanuel Macron a décidé de parler d'immigration et notamment de quotas.

L'historien Patrick Weil, au centre de cette photo prise en 2017, a travaillé pendant plus de 30 ans sur la question de l'immigration.
L'historien Patrick Weil, au centre de cette photo prise en 2017, a travaillé pendant plus de 30 ans sur la question de l'immigration. © AFP / FRANCOIS GUILLOT

"Que proposez-vous pour améliorer l’intégration dans notre Nation ? En matière d’immigration, une fois nos obligations d’asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?", extrait de la lettre d'Emmanuel Macron sur le thème de l'immigration

"Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’Etat et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?", extrait de la lettre d'Emmanuel Macron sur le thème de la laïcité. 

Emmanuel Macron a donc écrit une lettre aux Français dans laquelle il évoque l'organisation de l'Etat, la transition écologique, la pression fiscale, mais aussi la laïcité et l'immigration. Deux sujets sur lesquels Patrick Weil, chercheur au CNRS, a beaucoup travaillé. Outre son travail universitaire, il préside l'association, Bibliothèque sans frontière. 

France Inter  : Emmanuel Macron a choisi de parler de laïcité et d'immigration dans sa lettre. À juste titre à votre avis ?

Patrick Weil : Je n'ai pas entendu que le thème de la laïcité soit une revendication des "gilets jaunes", l'immigration peut-être parfois, mais très peu. Donc c'est monsieur Macron qui a décidé lui même de mettre ce sujet dans sa lettre. 

F.I. : Pour quelle raison à votre avis ?

P.W. : Je ne vais pas faire de commentaires. Je pense que cela se passe de commentaire. 

FI : Que pensez vous de ce qu'il dit sur ces deux sujets ?

P.W. Il fait des erreurs dans sa lettre puisqu'il évoque uniquement la question de l'asile en matière d'obligation. Il oublie de dire que nous avons aussi des obligations juridiques, constitutionnelles pour le droit à la vie familiale. La plus grosse part de l'immigration familiale concerne les conjoints de Français et Monsieur Macron ne va pas pouvoir empêcher un Français d'épouser une étrangère. C'est un droit fondamental.

FI : Emmanuel Macron parle de quotas comme d'une solution aux problèmes que poserait l'immigration. Est-ce le cas ?

P.W. : Les quotas, c'est l'ancien monde. C'est le monde de l'entre deux guerres. C’était pratiqué de façon novatrice à l'époque aux États-Unis. Les quotas ça aboutit à attirer l'immigration plutôt qu'à la freiner. Avec les quotas, les États annoncent un chiffre, et même si vous pensez qu'il est bas, en général, les migrants tentent quand même leur chance. Loin de freiner l'immigration, ça l’accélère. 

La politique sur les quotas c'est une vieille lune dont on reparle régulièrement, comme l'avait fait Monsieur Fillon en 2017.  C'est la solution que l'on propose quand on n'a rien à dire et que l'on n'y connait rien. Ça fait bien aux yeux des Français qui croient que ça limite  l'immigration, mais dans la pratique cela l'augmente. 

Et quand il évoque la laïcité, Emmanuel Macron se trompe-t-il aussi ?

P.W : Il a finalement très peu parlé de laïcité. Quand il l'a fait lors des vœux aux autorités religieuses l'an dernier, il disait que la loi de 1905 n'avait pas inclus l'islam dans son cadre. C'est totalement faux. Cette loi avait une portée universelle dès 1905. À l'époque, l'Algérie était Française. La France comptait donc 3 millions de musulmans. Le Parlement avait alors décidé d'inclure l'Algérie dans la loi de 1905 de manière à ce que cette loi touche tous les Français quelque soit leur confession ou l'absence de confession. Avant de débattre de la laïcité, il faut bien la connaître. 

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