Le porte-parole du gouvernement soutient mordicus qu'il n'a "jamais été question" d'inclure Philippe Pétain dans l'hommage rendu samedi matin aux maréchaux de la Grande Guerre. Sauf qu'un document sur le programme commémoratif, présenté officiellement à Clermont-Ferrand le 18 septembre dernier, dit l'inverse.

Revue de troupes par Emmanuel Macron le 7 novembre
Revue de troupes par Emmanuel Macron le 7 novembre © AFP / Philippe Wojazer

Ce devait être le point final de la polémique : "aucun hommage ne sera rendu à Pétain samedi", assurait mercredi soir Benjamin Griveaux dans un communiqué. 

Une décision logique au vu du torrent de réactions, politiques et au-delà, provoqué par les quelques mots du président de la République sur Philippe Pétain, "grand soldat" pendant la Première guerre mondiale.

Il est tout à fait légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit aussi l'armée à la victoire, et que cet hommage soit rendu, comme il est rendu chaque année par l'armée française. Je ne fais aucun raccourci mais je n'occulte aucune page de l'Histoire.

Dans cette séquence, Emmanuel Macron évoque bien un "hommage rendu aux maréchaux", dans le contexte d'une discussion sur le rôle de Philippe Pétain. Mais admettons : peut-être le président de la République voulait-il simplement évoquer la possibilité d'un hommage plus général, et pas forcément celui prévu samedi en particulier.

Un hommage collectif évoqué en septembre

L'erreur du porte-parole du gouvernement, c'est de surenchérir en affirmant : "Il n'en a jamais été question" (un élément de langage repris, d'ailleurs, par Elisabeth Borne ce jeudi matin). Ce qui est faux : il en a (au moins) été question une fois.

Dans un dossier de presse accompagnant la présentation officielle du programme national commémoratif, à Clermont-Ferrand le 18 septembre dernier, était évoqué, pour le dimanche 11 novembre à 9h, une "cérémonie d'hommage aux maréchaux de la Grande Guerre" aux Invalides. "Il s'agira de rendre hommage aux huit maréchaux qui ont dirigé les combats", un chiffre qui inclut, mathématiquement, Philippe Pétain (en plus de Joffre, Foch, Gallieni, Lyautey, Franchet d'Espèrey, Fayolle et Manoury). "Cinq sont inhumés aux Invalides", ce qui n'est pas le cas de Pétain.

Capture d'écran du dossier de presse du 18 septembre 2018
Capture d'écran du dossier de presse du 18 septembre 2018

Le dossier de presse en question est toujours présent "physiquement" sur le site officiel des commémorations du Centenaire, mais plus aucune page ne semble rediriger vers le document (devenu "orphelin"). Selon Mediapart, l'Élysée a été le premier surpris de découvrir la présence de cet événement dans le dossier "alors qu'il n'était pas dans le programme" et que "la moindre étape de l'itinérance du président a fait l'objet d'arbitrages extrêmement fins".

Mais le site d'information assure que le document était encore accessible plus d'un mois après sa publication, sur les sites de la Mission du Centenaire, du ministère de l'Éducation nationale et de l'académie de Clermont-Ferrand (qui renvoie désormais vers une page d'erreur).

Un indice de plus d'un rétropédalage de l'exécutif sur la question. D'autant plus gênant que dans la journée de mercredi, plusieurs représentants de la majorité, pour défendre les propos d'Emmanuel Macron, ont eux-mêmes défendu une certaine réhabilitation de Philippe Pétain. Tout en dénonçant, comme souvent, une polémique largement surestimée par les médias.

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