Philippe Pétain fera partie samedi des maréchaux célébrés pour le centenaire de la Grande guerre. Un choix assumé par le chef de l'État, Emmanuel Macron, mais qui suscite la polémique. Quelle attitude avaient les précédents présidents de la Ve République ?

Philippe Pétain, lors de son procès devant la Haute Cour de justice de Paris, en 1945.
Philippe Pétain, lors de son procès devant la Haute Cour de justice de Paris, en 1945. © AFP

Emmanuel Macron assume et juge ce choix "légitime" : samedi, Philippe Pétain sera honoré au même titre que sept maréchaux de la Grande guerre, dans le cadre du Centenaire de 14-18. Dans les Ardennes, mercredi, le chef de l'État a estimé qu'il avait été "pendant la Première guerre mondiale un grand soldat" même s'il a "conduit à des choix funestes" pendant la Seconde. "J'ai toujours regardé l'Histoire de notre pays en face", dit-il.

De son côté, le Conseil représentatif des institutions juives de France se dit "choqué" par cette position et rappelle, sans "nier qu'il a été aussi un grand soldat durant la guerre de 1914-1918", que Philippe Pétain a été "jugé par la Haute Cour de Justice en juillet 1945 pour intelligence avec l'ennemi (...) condamné à la peine de mort et frappé d'indignité nationale".

Sur les traces de ses prédécesseurs

L'attitude des présidents de la République à l'égard du maréchal Pétain a régulièrement soulevé des débats houleux. Ainsi, Emmanuel Macron emprunte un chemin similaire à bon nombre de ses prédécesseurs et le premier d'entre eux, Charles de Gaulle. Le Général avait en 1966, à l'ossuaire de Douaumont dans la Meuse, fixé une ligne, comme une grille de lecture : "Si par malheur, en d'autres temps, l'usure de l'âge mena le maréchal Pétain a des défaillances condamnables, la gloire qu'il avait acquise à Verdun en conduisant ensuite l'Armée française à la victoire ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie."

Un sujet évoqué également dans ses Mémoires de guerre : "convaincu" que Pétain aurait repris, s'il avait été conscient de son erreur, le chemin de la guerre, de Gaulle poursuit : "Hélas ! Les années, par-dessous l’enveloppe, avaient rongé son caractère." Le général de Gaulle fera fleurir la tombe de tous les Maréchaux, dont celle de Pétain, en 1968, pour les 50 ans de l'Armistice. Derrière lui, Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, feront de même lors des grandes dates commémoratives.

L'ambiguïté Mitterrand

Sept ans durant, François Mitterrand fera lui aussi déposer chaque 11 novembre des fleurs sur la tombe de Pétain. Il est le seul à l'avoir fait aussi souvent. Une tradition qui perdure jusqu'en 1992. À l'époque, le chef de l'État estime toujours que l'on ne doit pas demander à la République "les comptes" des actes de Vichy ; sa relation de proximité avec René Bousquet, organisateur de la rafle du Vél d'Hiv est aussi pointée du doigt.

"On m'a reproché des gerbes sur la tombes du maréchal Pétain. Le général de Gaulle, monsieur Pompidou et monsieur Giscard d'Estaing avaient agi de même à l'occasion de cet anniversaire national comme Verdun. Je ne veux pas être un objet de division avec les Français, surtout pas avec les résistants et les socialistes donc j'ai cessé de suivre cette tradition" avait-il expliqué dans une interview à la télévision.

La ligne change avec Chirac 

C'est avec Jacques Chirac que les choses bougent. En 1995, le président de la République annonce ainsi qu'il n'ira pas fleurir la tombe de Philippe Pétain sur l'île d'Yeu (Vendée) à l'occasion du 11-Novembre. Une gerbe est toutefois déposée à l'ossuaire de Douaumont. "Il restera comme le vainqueur de Verdun" affirme-t-il en 2006, pour les 90 ans de la bataille de Verdun. "Hélas, en juin 1940, le même homme, parvenu à l'hiver de sa vie, couvrira de sa gloire le choix funeste de l'armistice et le déshonneur de la collaboration." La phrase avait aussi fait polémique à l’époque.

Un sujet à éviter pour les deux présidents suivants

Derniers en date, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le premier avait brièvement évoqué Pétain, en 2011, pour les 66 ans de la Victoire de 1945, "couvert de gloire à Verdun et qui allait se couvrir de honte à Vichy". Le second, pour les cent ans de la bataille de Verdun, avait veillé à ne jamais prononcer le nom du maréchal dans son discours.

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