Une sémiologue analyse les propos de la candidate du FN à la présidentielle au sujet de la responsabilité de l'Etat français dans la rafle du Vél' d'hiv.

Après toutes ces années à tenter de s'éloigner du discours raciste et ouvertement antisémite de son père, Marine Le Pen réécrit à son tour l'histoire de la seconde guerre mondiale.
Après toutes ces années à tenter de s'éloigner du discours raciste et ouvertement antisémite de son père, Marine Le Pen réécrit à son tour l'histoire de la seconde guerre mondiale. © Maxppp / xavier de torres

Marine Le Pen a t-elle fait le premier vrai faux-pas de sa campagne en assurant que la France n'était pas responsable de la rafle du Vél' d'hiv, les 16 et 17 juillet 1942 ? Dimanche 9 mars, la candidate du FN à l'élection présidentielle, a déclaré : "Je pense que la France n'est pas responsable du Vel d'Hiv" alors qu'un journaliste l'interrogeait sur la responsabilité de l'Etat français dans l'arrestation par des policiers français de 13.000 personnes qui furent ensuite déportées vers les camps de la mort.

"Je pense que de manière générale, plus généralement d'ailleurs, s'il y a des responsables, c'est ceux qui étaient au pouvoir à l'époque, ce n'est pas la France, ce n'est pas la France," Marine Le Pen.

Pour la sémiologue Mariette Darrigrand, il ne s'agit pas d'un dérapage mais bel et bien d'une stratégie qui s'inscrit dans la droite ligne de son père, Jean-Marie Le Pen.

Comment expliquez vous la position polémique de Marine Le Pen à deux semaines du scrutin ?

En fin de campagne, il lui manque un peu de dynamique. Elle a remarqué que sa stratégie de banalisation est arrivée à son étiage. Elle a donc besoin d'électeurs plus liés à Jean-Marie Le Pen. C'est une manière de se remettre dans les pas de son père en provoquant sur un des sujets favoris de Jean-Marie Le Pen. Mais il y a aussi une deuxième explication : pendant toute sa campagne, Marine Le Pen a tenu un discours de type "essentialiste". Il y a le Peuple avec un grand P, il, y a la France avec un grand F. Plus qu'un roman, elle raconte un sorte de mythe. C'est le contraire de l'Histoire. Alors, De Gaulle devient une sorte de coquille vide qu'elle utilise comme un masque.

En disant que la France n'est pas responsable de la rafle du Vél' d'hiv, pense-t-elle provoquer une réaction ?

La question, on va le voir très vite, c'est qui cela choque vraiment ? Ce sera une sorte de vérité pour le pays tout entier. Ça choque bien évidement les historiens, la population française qui n'est pas antisémite, mais il y a des gens dans notre pays que cela ne va pas choquer, bien au contraire.

À quoi lui sert cette sortie finalement ?

Elle fait une sorte de retour au discours paternel pour récupérer des voix qui n'ont pas aimé le parricide et qui ne lui sont pas vraiment complètement acquises.

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