[scald=98415:sdl_editor_representation]par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Jean-Luc Mélenchon a arpenté mercredi les allées du Salon de l'agriculture pendant près de trois heures pour tenter de rallier à sa cause un électorat ancré à droite.

Nicolas Sarkozy arrive largement en tête des intentions de vote des agriculteurs avec 40% des suffrages, devant le centriste François Bayrou (18%) et la présidente du Front national Marine Le Pen (15%), selon un récent sondage OpinionWay-Fiducial pour Le Figaro.

Mais le candidat du Front de gauche à la présidentielle, crédité de 7% des intentions de vote dans cette catégorie de la population (environ 2 points de moins par rapport à sa moyenne nationale), veut croire que le vent est en train de tourner.

"Je pense qu'on va avoir de bons suffrages de notre côté parce que les paysans sont en train d'ouvrir les yeux et ils comprennent que la politique libérale est une catastrophe pour eux", dit-il en tentant de se frayer un chemin dans la cohue.

"Bien sûr qu'il y a beaucoup de paysans qui votent à droite, mais quelle erreur, comme ils se trompent."

Accompagné d'Yves-Marie Le Bourdonnec, un boucher "en colère" qui a déclaré la guerre à "la mauvaise viande" dans son livre "L'Effet boeuf" et qui lui a récemment apporté son soutien, Jean-Luc Mélenchon assure que son programme agricole est "le plus léché, le plus complet, le plus méthodique".

Il prône un "nouveau modèle agricole" avec une transition écologique et une "agriculture socialisée" armée de quotas.

Le député européen se défend d'ailleurs de ne pas être à l'aise parmi les vaches et les chèvres. "Dans la presse, je faisais la page Jura rural, je connais ça par coeur", lance-t-il en référence à son passé de journaliste régional.

"TOUT DÉPEND DU SALAIRE OUVRIER"

"Ça peut paraître paradoxal que le Front de gauche, qui a plutôt une connotation ouvrière et urbaine (...) se préoccupe à ce point des questions d'agriculture, mais l'agriculture est le point de départ, et la question de la souveraineté alimentaire commence tout le cycle qui permet ensuite les autres formes d'émancipation," assure-t-il.

Au final, une bonne agriculture "dépend du salaire ouvrier" ajoute-t-il, revenant ainsi à ses fondamentaux.

"Il faut que vous ayez des ouvriers bien payés", martèle-t-il sur tous les stands, même s'il n'est pas accueilli partout avec le même enthousiasme.

S'il est très bien reçu par la Confédération paysanne, marquée à gauche, il en va autrement à la puissante Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA).

Votant traditionnellement à droite, le président de ce syndicat confiait récemment s'interroger sur le candidat le plus à même de défendre ses intérêts.

"On n'est d'accord sur rien", reconnaît Jean-Luc Mélenchon avant de rencontrer son président, Xavier Beulin, grand céréalier très éloigné de ses thèses. "Mais j'aime bien que les gens à qui je vais faire les poches me voient.".

Entre les deux hommes, le dialogue est cordial, mais l'entente se limite à la nécessité de réguler le secteur.

Christophe Chambon, secrétaire général du syndicat national des Jeunes agriculteurs, interpelle ensuite le candidat.

S'en suit un vif échange sur le programme de Jean-Luc Mélenchon. "Vous n'avez pas de proposition concrète, c'est du bla bla, je suis désolé monsieur Mélenchon", s'emporte le jeune agriculteur. Un épisode que le candidat balaie d'un revers de la main lors d'un point presse. "Tous les ans c'est toujours le même sketch qui recommence entre nous", dédramatise-t-il.

Edité par Patrick Vignal et Yves Clarisse

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.