À moins d’un mois des élections européennes, la question du positionnement des futurs élus marcheurs se pose. Où va se situer La République en marche dans l’hémicycle ? À défaut de pouvoir créer son propre groupe, le parti d’Emmanuel Macron devrait s’allier aux libéro-centristes.

Vue du Parlement européen de Strasbourg, avril 2019.
Vue du Parlement européen de Strasbourg, avril 2019. © Radio France / Xavier Demagny

Dans les couloirs du Parlement européen, à Strasbourg, ambiance de fin d’année. Les députés sortants font leurs cartons, le personnel se prépare pour une petite coupure avant les élections et l’arrivée des nouveaux eurodéputés. Mais tous pensent à l’après. On discute du Brexit et du risque de devoir cohabiter avec des députés britanniques récalcitrants au lendemain du 26 mai. On discute des nationalistes et de la place qu’ils prendront dans l’hémicycle. On discute enfin, chez les francophones notamment, de la future et quasi certaine recomposition du Parlement.

Les projections et sondages le disent : La République en marche, emmenée par Nathalie Loiseau, a ses chances dans ce scrutin. Mais où vont bien pouvoir se positionner les marcheurs à Bruxelles et Strasbourg ? “Il y a pour Emmanuel Macron un enjeu franco-français, celui de gagner les élections européennes après six mois de crise, mais il y a aussi beaucoup d’enjeux proprement européens”, résume Bruno Cautrès, politologue, chercheur CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).  

Un (presque) nouveau groupe 

Le Parlement européen ne pourra pas ressembler à celui d'aujourd’hui”, estimait début mars sur France Inter le délégué général de La République en Marche, Stanislas Guérini. “Demain, disait-il, nous allons former au Parlement européen un groupe qui aura une chance de gouverner en Europe (...) nous voulons construire un nouveau groupe qui sera central”. En réalité, les futurs élus LREM au Parlement européen devraient s’appuyer sur un groupe déjà existant : l’ALDE, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, composé essentiellement de centristes. 

C'est ce même groupe dont le financement a été pointé du doigt par Marine Le Pen, mi-mars, lors d'une interview sur RTL. Des financements par des entreprises (Google, Microsoft ou Bayer-Monsanto notamment) dénoncés par La République en marche, comme l'a ensuite raconté Le Monde. “Ce groupe va servir de socle de base” pour les marcheurs prévoit Jean-Marie Cavada, l’un de ses membres, eurodéputé sortant. 

Très probablement, les macronistes vont arriver à une vingtaine dans le pire des cas, voire un peu plus dans le meilleur, et si la délégation française est importante elle aura son mot à dire dans tout ça”, ajoute Jean-Marie Cavada, qui se définit comme “compagnon de route du président de la République” et soutient évidemment l’idée. Aujourd’hui, l’ALDE compte environ 70 élus, dont les Français Nathalie Griesbeck (MoDem) et Jean Arthuis (LREM) ou l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt. 

L’espoir de Macron c’est de pouvoir peser de tout son poids sur les choix du Parlement, la présidence de ce dernier, et surtout la nomination du président de la Commission européenne.

Si les prévisions se confirment”, avec les élus En marche, ce groupe pourrait atteindre la centaine d’élus et s’imposer comme la troisième force politique du Parlement. Et c’est donc là l’un des enjeux européens dont parle Bruno Cautrès. 

Au delà du fait de bouleverser les deux familles politiques habituelles (droite conservatrice et sociaux démocrates), d’essayer de lutter contre les nationalismes, plus les marcheurs seront nombreux, plus ils pèseront dans l’attribution des postes de décisions : “L’espoir de Macron c’est de pouvoir peser de tout son poids, quelque soit le groupe auquel seront affiliés les élus d’En marche, sur les choix du Parlement, la présidence de ce dernier, et surtout la nomination du président de la Commission européenne.”  

Aveu d’échec ?

Mais Emmanuel Macron aurait rêvé d’un groupe politique (vraiment) aux couleurs d’En marche. “Ça semble vraiment difficile”, analyse le politologue qui estime que les ambitions initiales du président français seront finalement difficiles à tenir. “Entre les projets de départ d’Emmanuel Macron ‘d'européaniser’ l’action d’En marche et la réalité, il y a un écart très important. Beaucoup de mouvements politiques européens de centre-gauche et de centre-droit qui avaient regardé avec beaucoup d'intérêt sa démarche au début de son mandat ont pris du recul”. 

En clair, En marche n’a pas fait de petits même si des “ambassadeurs” du parti on sillonné l'Europe à la recherche d'alliances ces derniers mois : “Ils [les leaders politiques proches de lui, NDLR] ont vu ses difficultés et les mois de crises des ‘gilets jaunes’ et beaucoup d’acteurs politiques ont préféré se mettre en standby avant de bombarder Macron en grand recompositeur de l'Europe”, conclut Bruno Cautrès. 

Et le nom de ce groupe recomposé alors, L’Europe en marche ? Il y a peu de chances que les autres élus européens soient d'accord et laissent un leadership total aux Français. Mais “pourquoi pas Renaissance européenne”, le nom de la liste française, dit Jean-Marie Cavada. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.