Alors que le gouvernement mène sa politique de réformes en vitesse accélérée, ceux qui œuvrent dans les couloirs de l'Assemblée Nationale subissent un rythme effréné. Les assistants parlementaires, par exemple, sont en première ligne et dénoncent des conditions de travail intenables.

L'Assemblée Nationale compte 1278 collaborateurs parlementaires
L'Assemblée Nationale compte 1278 collaborateurs parlementaires © AFP / BERTRAND GUAY

Alors que le mouvement des réformes bat son plein à l'Assemblée Nationale, l'hémicycle est en train de devenir une véritable cocotte-minute : plusieurs catégories professionnelles, les députés, leurs assistants, et plus globalement leurs collaborateurs, dénoncent un rythme de travail "intenable", à l'image de Jean-Luc Mélenchon.

Les fonctionnaires dans le viseur 

Les fonctionnaires du Parlement se distinguent des assistants parlementaires, à la situation plus précaire : pour les premiers, qui subissent moins violemment que les seconds le rythme de l'hémicycle, il s'agit d'une équipe de 153 administrateurs, recrutés sur des concours aussi ardus que celui de l'ENA et capables de rédiger les lois. À ceux-là s'ajoutent aussi les huissiers ou les gardes en poste dans les couloirs de l'Assemblée. Au total, les fonctionnaires sont aujourd'hui 1.278 à travailler à l'Assemblée Nationale.

Ces fonctionnaires sont en ce moment dans le viseur de François de Rugy, c'est à dire leur propre patron. Ils ont la réputation d'être très bien rémunérés, et bénéficient de nombreuses primes, en échange de "sujétions" dites "particulières" : leur totale discrétion par exemple, à propos de quel administrateur a écrit un rapport ou un amendement, à la place d'un député qui lui a demandé. Ces fonctionnaires se doivent aussi d'être disponibles, jour et nuit ! L'un d'eux explique :

On ne s'appartient plus, c'est pour ça qu'on est sacrément bien payés

En réaction, un article du journal Le Point évoque les larges avantages financiers qui seraient perçus par les "Hauts fonctionnaires de l'Assemblée". François de Rugy, qui a justement commandé un rapport sur la réforme de leur statut (et de leurs revenus) est alors monté au créneau pour les soutenir, sans pour autant abandonner son idée de réforme :

Les agents de l’Assemblée nationale ne perçoivent aucune prime pour les séances de nuit et du week-end. Quand nous siégeons, comme c’est le cas actuellement, près de 80 heures par semaine, leur rémunération n’augmente pas d’un centime

Les assistants, les plus mal lotis

À l'inverse, les assistants parlementaires, eux, ne bénéficient pas des mêmes largesses salariales. Chaque député a le droit d'en recruter cinq, pour une enveloppe totale de 10 000 euros... ce qui revient à les rémunérer 2.000 euros chacun. Du fait de cette enveloppe, les députés choisissent en général de recruter trois collaborateurs au maximum. Ils ne sont pas recrutés par concours et ont des profils très divers, avec une obligation : être le couteau suisse de députés pas toujours faciles à suivre (et à vivre). L'assistant parlementaire est chargé de gérer toute l'organisation : l’agenda, les rendez-vous, mais aussi l’écriture des discours, les questions en commission, les propositions d’amendements, les déplacements sur le terrain ou les relations avec la presse.

Licenciés pour "motif personnel"

Pour Louisa, collaboratrice parlementaire rencontrée par Matthieu Desmoulins, le rythme de ces dernières semaines est devenu difficile à supporter :

Ça fait deux semaines que je n'ai pas eu de week-end (...) Je n'ai pas eu le temps de finir des dossiers et que je dois les finir le week-end sinon ça entraîne une chaîne des retards. C'est la caractéristique même de notre travail que ce soit lourd, mais là c'est intenable

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En revanche, la profession n'a pas vraiment la sécurité de l'emploi : si le député n'est pas réélu, l'assistant parlementaire est licencié pour "motif personnel". En 2013, les salariés concernés avaient alors demandé, a minima, une requalification en "motif économique", demande rejetée par Claude Bartolone, alors président de l'Assemblée Nationale… qui avait lui-même employé son épouse à son cabinet.

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