"Ça ne vous ennuie pas si je dors un petit peu?" Un rayon de soleil lui traverse alors le visage. Ce qui lui donne bonne mine. Mais il est fatigué. On lui répond que "non, bien sûr, ça ne nous ennuie pas." On va ne pas tout de même pas l’empêcher de dormir.

Dans l’avion, nous sommes cinq journalistes avec François Bayrou. Plus le pilote et le copilote. Son gentil garde du corps, à sa demande, a accepté de monter dans l’un des deux autres jets qui font le déplacement ce jour-là. Question de poids, parait-il. L’appareil est petit et la piste est très courte, nous a-t-on expliqué. Pas tout saisi, mais tant pis.Pendant que le candidat somnole, le soleil continue de jouer sur ses yeux. Il les cache de sa main... Un photographe saisit l’instant : le candidat dans son sommeil. Peut-être le futur président. On le regarde et on sourit, parce qu’on sait qu’il rêve. Et puis parce qu’on sait même à quoi il rêve. Juste avant de s’endormir, il vient de l’expliquer.

On parlait de l’Elysée. De son architecture et de son mobilier. On parlait des travaux que Bernadette Chirac dit y avoir réalisés pour l’embellir. "Je ne suis pas sûr que tout cela soit à mon goût, ni à celui de ma femme." Voilà ce que nous a dit en souriant le candidat, avant de nous confier que de toute façon, il ne vivrait pas au palais quand il serait élu. "Après tout François Mitterrand lui non plus ne vivait pas au palais!"

Quand il ‘sera’ élu, François Bayrou s’installera donc, comme François Mitterrand, dans un appartement. Pour montrer aux Français qu’il n’est pas différent d’eux. Et puis le plus souvent possible, il se rendra chez lui, dans le Béarn, à Bordères, pour rejoindre son épouse... Mais tout cela sera-t-il vraiment possible? Voilà ce qu’on lui demande. Il y a tout de même les exigences de la fonction. La sécurité notamment. Comment donc fera-t-il?"La sécurité, peu importe: dès que je le pourrai, je retournerai à Bordères." Puis il a cette phrase, qui nous laisse pantois. "Après tout, le président Bush va très souvent dans son ranch! Il y fait des conférences de presse, le coude posé sur une barrière. Eh bien donc on n'aura qu'à dire que je vais dans mon ranch!"

C’est à ce moment là qu’il a fermé les yeux. Une petite vingtaine de minutes. Le soleil arrosait son visage et l’on s’est dit alors qu’il devait rêver de chevaux. Des siens ou de ceux de Georges Bush... Très étonnant, tout de même, sa référence à Bush... Peut-être rêvait-il aussi de l’appartement de Mitterrand ou bien, qui sait, peut-être des travaux d’embellissement réalisés par Bernadette Chirac au palais de l’Elysée. En tout cas donc il s’y voyait. Et pas seulement en rêve.L’avion nous transportait de Verdun jusqu’à Rouen. C’était vendredi dernier. Quarante huit heures plus tard, dans l’ombre de son bureau à Paris, François Bayrou apprenait qu’il ne serait pas élu président.

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