par Guy Faulconbridge

VLADIVOSTOK, Russie (Reuters) - Vladimir Poutine s'imposera probablement sans difficulté dès le premier tour de l'élection présidentielle qui s'est ouvert dimanche dans l'Extrême-Orient russe, malgré les doutes de l'opposition quant à la légitimité du scrutin.

Le Premier ministre sortant, qui brigue un troisième mandat de chef de l'Etat, table sur une large victoire à même de briser l'élan d'un mouvement de contestation qui le dépeint comme un dirigeant autoritaire entouré d'une élite assise sur les énormes richesses du premier producteur mondial d'hydrocarbures.

A Vladivostok, ville de 600.000 habitants sur la côte Pacifique, certains regrettent l'étroitesse du choix qui leur est proposé, mais d'autres jugent que le chef du gouvernement a fait ses preuves.

"Je vais évidemment voter pour Poutine. Qui d'autre y a-t-il ? Seul Poutine est capable de gouverner la Russie", estime ainsi Mikhaïl, étudiant à la faculté d'économie.

Les derniers sondages créditent Vladimir Poutine, président de 2000 à 2008, de 59 à 66% des intentions de vote, ce qui devrait lui assurer la victoire dès le premier tour.

Poutine favori malgré un électorat divisé, par Bertrand Gallicher :

Les bureaux de vote ont ouvert samedi à 20h00 GMT dans l'Extrême-Orient et fermeront à 17h00 GMT dimanche dans l'enclave de Kaliningrad, territoire russe le plus occidental. Les premiers sondages réalisés à la sortie des urnes sont attendus peu après.

Le chef du gouvernement est opposé au communiste Guennadi Ziouganov, à l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, à l'ancien président de la Chambre haute du Parlement Sergueï Mironovdou et au milliardaire Mikhaïl Prokhorov.

Il y a quelques mois encore, l'ancien espion du KGB semblait sur une voie royale et la principale interrogation était de savoir s'il allait se maintenir au pouvoir aussi longtemps que Josef Staline. A la faveur d'une réforme du mandat présidentiel passé de quatre à six ans, avec deux présidences successives, Poutine, âgé de 59 ans, a la possibilité de conserver les rênes du pays jusqu'en 2024.

"UN TRÔNE HÉRITÉ"

Mais tout a déraillé en septembre, d'abord lorsqu'il a annoncé un échange Premier ministre-présidence avec Dmitri Medvedev, un "pacte" perçu par beaucoup de Russes comme une basse manoeuvre.

Puis les élections législatives du 4 décembre dernier, jugées frauduleuses par une grande partie de l'opposition, ont donné lieu à un mouvement de contestation sans précédent depuis des années, avec des dizaines de milliers de manifestants défilant en plein hiver.

Un diplomate occidental en poste en Russie résume en deux phrases le sentiment général qui l'emporte dans les ambassades. "Il y a six mois, les diplomates s'interrogeaient sur ce que ferait Poutine lors de ces douze prochaines années. Maintenant, on se demande tous s'il va aller au terme de son mandat de six ans", dit-il sous couvert d'anonymat.

D'autant qu'il a semblé faire preuve de suffisance vis-à-vis des contestataires, comparant les ballons et les rubans blancs des défilés de l'opposition à des préservatifs. L'actuel Premier ministre a en outre agacé les puissances occidentales en leur imputant les manifestations.

Vladimir Poutine semble bien trop présent dans toutes les sphères du pouvoir pour connaître une déconvenue électorale. Il contrôle la presse, les milieux d'affaires sont derrière lui, tout comme les forces de l'ordre et l'armée, auxquelles il a promis près de 600 milliards de dépenses militaires d'ici 2020.

Ses opposants vont scruter à la loupe le déroulement du scrutin, pour lequel 109 millions de Russes sont appelés à s'exprimer dans 95.000 bureaux de vote. Pour dissiper les soupçons, le chef du gouvernement a ordonné l'installation de webcams dans 91.000 de ces bureaux de vote. Une marche de protestation est toutefois d'ores et déjà programmé lundi.

"S'il devient président, ce sera un président sans légitimité, ce sera un trône hérité", a estimé Alexeï Navalny, un bloggeur de 35 ans devenue la figure de proue du mouvement de contestation.

Benjamin Massot et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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