Alors que plus de la moitié des électeurs n'ont pas voté dimanche, les statistiques montrent que l'abstention est autant structurelle que politique.

Plus d'un électeur sur deux ne s'est pas déplacé
Plus d'un électeur sur deux ne s'est pas déplacé © AFP / Jody Amiet

Qui sont les 51,2% de Français qui se sont abstenus ce dimanche pour le premier tour des élections législatives ? Pour Brice Teinturier, directeur général de l'institut Ipsos, ce record historique s'explique en partie par "les catégories classiques de l'abstention, prioritairement les jeunes et les ouvriers" : 66% des ouvriers et 63% des 18-24 ans ne sont pas allés voter. Ce phénomène habituellement connu "s'est vérifié de façon amplifiée".

Le vote ouvrier assez partagé entre En Marche et le FN

Mais ce n'est pas le seul facteur d'abstention : selon Brice Teinturier, il y a aussi eu un phénomène d'abstention politique, dont l'exemple le plus parlant concerne les électeurs de François Fillon à la présidentielle, qui se sont abstenus à 38%. "Pour cet électorat âgé et participationniste, c'est beaucoup, et ça explique beaucoup des déconvenues de cette formation".

Le bon score de La République en Marche, pour sa part, s'explique notamment par la forte mobilisation des cadres supérieurs. Mais aussi par le fait que parmi les ouvriers qui ont voté (soit un tiers d'entre eux), "26% ont voté pour la République en Marche et seulement 29% pour le FN", détaille Brice Teinturier.

Faible conscience du Parlement

Quelles sont les motivations de ceux qui ne se sont pas déplacés ? Il y a d'abord un facteur structurel d'abstention grandissante depuis que les législatives suivent la présidentielle dans le calendrier. "Là, on a une explosion de l'abstention due notamment à l'enchaînement de séquences politiques depuis huit mois, avec les primaires", ajoute le directeur général d'Ipsos, qui ajoute également "la faible conscience chez les Français de l'importance du Parlement".

Mais en tout état de cause, "si de très nombreux Français se sont abstenus, ils ne sont pas allés s'opposer à la vague Macron". Ainsi, toujours selon Brice Teinturier, "les résultats sont faciles à commenter : il y a un grand gagnant, La République en Marche, et des déconvenues historiques partout ailleurs". Et notamment pour le PS qui vit un échec "pire encore qu'en 1993 : le parti va disparaître au moins temporairement de la scène politique nationale", face à un mouvement LREM qui bénéficie d'une "position centrale qui lui permet d'attraper des électeurs de droite et de gauche".

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