[scald=18537:sdl_editor_representation]par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - La probable victoire d'Eva Joly dans la primaire des écologistes français pour la présidentielle de 2012 change la donne pour la gauche et le Parti socialiste dans la perspective d'un accord de gouvernement.

Avec 49,75% des 25.000 suffrages exprimés, l'ancienne magistrate de 67 ans a manqué la victoire au premier tour d'une soixantaine de voix seulement et devancé largement le favori, l'ex-animateur de TF1 Nicolas Hulot, 56 ans, (40,22%).

Sa victoire parait quasi-certaine, les deux autres candidats, le militant anti-nucléaire Stéphane Lhomme (4,44%) et l'élu alsacien Henri Stoll (5,02%) ayant fait campagne contre Nicolas Hulot. Le vote va reprendre sur internet et par correspondance et le résultat sera proclamé le 12 juillet.

Avant le débat de second tour ce jeudi soir à Grenoble, Eva Joly a appelé jeudi au rassemblement et proposé à son principal rival de travailler avec elle en 2012.

"Je suis très consciente de la responsabilité qui est la mienne aujourd'hui de rassembler large. Si je suis désignée, je souhaite qu'il reste dans la campagne, il y aura une large place chez moi pour lui et son staff", a-t-elle dit sur France Inter.

Il n'est pas sûr que cette main tendue soit acceptée par Nicolas Hulot, car ce dernier, surpris par le score de sa rivale, a envisagé un retrait avant le second tour avant d'y renoncer. Les échanges du premier tour l'ont laissé amer, a dit à Reuters son lieutenant, l'eurodéputé Jean-Paul Besset.

"Il n'imaginait pas qu'au sein des écologistes on puisse recourir à ces vieilles stratégies de polémique et de caricature, il ne pensait pas pouvoir être traité de cheval de Troie des multinationales, ne pensait pas qu'on puisse être dans la théorie du complot et de la suspicion", a-t-il dit.

"Il ne fera rien contre le développement du mouvement mais ne deviendra pas le soldat d'une cause qu'il ne partage pas", a-t-il ajouté.

UN CAILLOU DANS LA CHAUSSURE DU PS ?

Eva Joly a pris les devants sur une ligne plus radicale et plus à gauche "d'écologie de combat" face à Nicolas Hulot, qu'elle a présenté comme le tenant d'une "écologie à genoux devant les lobbies", référence aux grandes entreprises qui sponsorisent la fondation de l'ancien animateur de télévision.

La députée européenne, personnalité atypique, qui prit dans ses filets de juge quelques personnalités du PS comme Roland Dumas et Dominique Strauss-Kahn, pourrait se révéler embarrassante dans la campagne de 2012 pour les socialistes.

Elle s'est montrée ainsi montrée intransigeante sur le sujet central de la sortie du nucléaire, qui divise le Parti socialiste alors qu'il est une condition sine qua non d'un accord de gouvernement pour les écologistes.

L'analyste et président de la société Cap, Stéphane Rozès, interrogé par Reuters, a dit penser que cet effet pouvait se ressentir dès la primaire socialiste.

"Ça incitera peut-être plus Martine Aubry à se déporter sur la gauche. La victoire d'Eva Joly va être décodée comme une prévalence d'un ancrage à gauche de l'électorat écologiste", a-t-il estimé.

La primaire socialiste, pour laquelle le vote est programmé en octobre, va se dérouler alors que les deux partis ont des discussions, avec en perspective un éventuel accord de gouvernement et un accord électoral pour les législatives.

Stéphane Rozès dit cependant penser qu'en termes de score électoral, la probable victoire d'Eva Joly ne change guère la donne pour les écologistes, car les derniers sondages indiquaient qu'elle avait le même potentiel que Nicolas Hulot.

"Ce sera difficile de toute façon de rayonner au-delà de 5%", ajoute l'analyste. "Les Verts se définissent comme une alternative programmatique, or ce n'est pas le sujet d'une présidentielle", estime l'analyste.

Humiliés en 2007 avec Dominique Voynet (1,57%), les écologistes rêvent pourtant cette fois d'un score à plus de 10%, dans la foulée des 16,28% des élections européennes de 2009.

Edité par Yves Clarisse

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