Cinq ans après la mort du jeune militant antifasciste, le procès de trois skinhead d'extrême droite s'ouvre aux assises de Paris. Après l'affaire, quatre groupes d'extrême droite avaient été dissous. Clandestinement ou publiquement, certains perdurent encore aujourd'hui.

Des membres de l’œuvre Française et des Jeunesses nationalistes le 12 mai 2013, à Paris
Des membres de l’œuvre Française et des Jeunesses nationalistes le 12 mai 2013, à Paris © AFP / Miguel Medina

Le 5 juin 2013, Clément Méric, étudiant de 18 ans et militant "antifa" meurt dans le 9 ème arrondissement de Paris, à l'issue d'une rixe avec des militants d'extrême droite. Les deux groupes s'étaient croisés en marge d'une vente privée de vêtement "Fred Perry", une marque appréciée par l’extrême gauche autant que par l'extrême droite. 

Le procès qui s'ouvre ce mardi 4 septembre aux assises de Paris devra éclairer les circonstances du drame. Trois skinhead sont sur le banc des accusés : Esteban Morillo et Samuel Dufour , jugés pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Alexandre Eyraud comparaît lui pour "violences volontaires".  

"Batskin" devient biker

Peu après la mort du jeune homme, le gouvernement lance une procédure de dissolution du groupuscule d'extrême droite Troisième Voie et de son service d'ordre, les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires (JNR), dont Esteban Morillo est un sympathisant. Leur leader Serge Ayoub, alias "Batskin" dénonce une "tartufferie" et dissout lui même les organisations. Dans la foulée, deux autres groupes ultra sont dissous : les Jeunesses Nationalistes et l'Oeuvre Française, qui n'ont pourtant aucun lien établi  avec l'affaire Méric.  

Serge Ayoub lors d’un défilé des JNR le 8 mai 2011
Serge Ayoub lors d’un défilé des JNR le 8 mai 2011 © Maxppp / Philippe Huynh-Minh

Cinq ans plus tard, le local parisien de Troisième Voie est toujours fermé, son mensuel "Salut Public" n'est plus édité . Cité comme témoin dans le procès Méric, Serge Ayoub a rejoint un club de bikers dans l'Aisne, suivi par des anciens des JNR.  Il apparaît sur plusieurs photos de la page Facebook du club, qui reçoit parfois des groupes de rock, tendance "White Power".

L'Oeuvre Française, dissoute, mais active

Mais si "Batskin" semble avoir publiquement pris ses distances avec l'activité militante, d'autres ont continué au grand jour. Le 4 juillet dernier, Alexandre Gabriac (Jeunesses Nationalistes) et Yvan Benedetti (l'Oeuvre Française) étaient condamnés à Lyon pour "reconstitution de ligue dissoute"

Yvan Benedetti (au centre) et Alexandre Gabriac (à gauche) le 28 octobre 2013
Yvan Benedetti (au centre) et Alexandre Gabriac (à gauche) le 28 octobre 2013 © Maxppp / Thomas Padilla

Le premier (exclu du FN pour avoir fait le salut nazi) milite aujourd'hui dans les rangs des catholiques de Civitas. De son côté, Yvan Benedetti entend perpétrer l'activité de l'Oeuvre Française, malgré sa récente condamnation :   

Nous avons fait l'objet d'un règlement de compte politique de la part de Manuel Valls (alors ministre de l'intérieur NDLR) [...] Même si  l'Oeuvre Française n'a plus officiellement de militants, je maintiens son activité, sa doctrine, ses couleurs et j'assume. Certains militants ont rejoint d'autres mouvements nationalistes, certains sont restés avec moi. Ils arborent nos couleurs à l'étranger, car ils ne peuvent pas y être poursuivis.

Si l'Oeuvre Française est désormais silencieuse sur les réseaux sociaux, Yvan Benedetti confie que des réunions ont toujours lieu, mais pas de façon publique. Il est par ailleurs devenu porte-parole du Parti Nationaliste Français (PNF), une structure en sommeil depuis de nombreuses années, incitant les sympathisants de l'Oeuvre Française à l'y rejoindre. Preuve que ces mesures de dissolution ont finalement peu d'impact sur l'activité de la droite nationaliste selon Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.  

Yvan Benedetti garde sa visibilité avec systématiquement les même thèmes, le même logiciel : la préférence nationale, le rejet de ce qu'il appelle le "judaïsme politique". Il continue de prendre la parole aux quatre coins de la France [...] Ces mesures de dissolution ne peuvent être efficaces que si elles sont prises au début. On peut faire se détacher d'un mouvement radical quelqu'un qui vient d'y entrer. Pour quelqu'un qui a des années de militantisme derrière lui, c'est plus compliqué.

Pour le chercheur, plus que les dissolutions de groupuscules, c'est surtout le contexte post état d'urgence qui rend difficile l'organisation de manifestations de la droite radicale. Et Jean-Yves Camus de tempérer l'importance des quatre mouvements dissous en 2013. Ils ne représenteraient selon lui que 600 personnes dans toute la France.

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