Le “en même temps” aurait-il du plomb dans l’aile dans les rangs de la majorité ? À La République en marche, le clivage gauche-droite refait régulièrement surface, suscitant même la colère du Premier ministre, ces derniers jours.

Le logo de La République en marche lors d'un débat du "grand débat national" début mars 2019.
Le logo de La République en marche lors d'un débat du "grand débat national" début mars 2019. © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas

Y a-t-il une gauche, un centre et une droite à La République en marche ? Oui, à en croire les récentes passes d’armes entre certains de ses cadres. Dans le parti majoritaire, les tensions se font de plus en plus sentir entre les courants. Sur le fond, des polémiques sur l’âge de départ à la retraite, le déficit public, la suppression de la redevance, la baisse des impôts ou, avant cela, la loi anti-casseurs ou asile-immigration de Gérard Collomb. 

Sur la forme, le dernier exemple en date est l’initiative, remarquée, d’Aurélien Taché et Jean-Pierre Mignard. Les deux hommes, l’un ancien socialiste, l’autre avocat et intime de l’ex-président - il a rejoint Macron lorsque François Hollande a renoncé à se présenter - lancent Hypérion, un laboratoire de la gauche démocrate au sein de la majorité. Une initiative qui déplaît visiblement au Premier ministre : Edouard Philippe juge “absurde” de persister à considérer le clivage gauche-droite. 

“Pas là pour nous envoyer nos origines à la figure” 

Je trouve incroyable qu’on se revendique encore aujourd’hui d’appellations d’origine contrôlée” s’est en effet agacé le chef du gouvernement lundi soir, face au bureau exécutif de La République en marche, selon les informations de France Inter. “Nous ne sommes pas là pour nous envoyer nos origines à la figure” regrette-t-il. Une fois par mois, Edouard Philippe s’invite au “Burex”, comme l'appellent les fidèles. Les cadres du parti autour de la table, Edouard Philippe d’un côté avec Stanislas Guerini, le patron de LREM, à ses côtés. Face à eux, en ligne de mire, Aurélien Taché, Guillaume Chiche (un autre ex-PS). 

Dans Le Monde daté de ce mardi après-midi, Taché et Mignard annoncent d’ailleurs leurs intentions. Ils ne comptent pas rater le train en marche, en ont marre de voir passer les ballons d'essais sans réagir : “Dans la grande maison de La République en marche, nous avons envie d’incarner la sensibilité de la gauche démocrate” dit le premier avant de poursuivre : “Il n’a jamais été question d’effacer les clivages, mais de les réinventer : sans clivages, il n’y a plus de politique”. La République en marche “doit savoir assumer les débats” dit le second regrettant de voir la vie politique du mouvement “anesthésiée”.  

“On leur rend service, sinon c’est l’hémorragie” 

Au téléphone de France Inter, Jean-Pierre Mignard insiste : “On leur rend service, parce sinon c’est l'hémorragie. Il faut que les gens de gauche puissent se dire ‘On a encore notre place là dedans’. On n’attaque pas une seconde le Premier ministre : l’équilibre est tellement fragile que quiconque veut toucher aux autres, fait tout tomber. Il y a une gauche, un centre, une droite : on est où là dedans ?”. Selon lui, Emmanuel Macron n'a mis "aucun veto" à cette initiative.

Lundi soir, le Premier ministre a lui visiblement perdu son calme : “Si ceux qui viennent de la gauche font de l’entre-soi, qu’est-ce qu’il se passera si ceux qui viennent de la droite s’en vont ?”. Edouard Philippe qui, avec Gérald Darmanin (ministre de l'Action et des Comptes publics) ou Bruno Le Maire (ministre de l'Économie et des Finances) formeraient un bloc de droite. Deux ministres qui soutiennent l’idée de réformer le pays, tout en maintenant les comptes publics et en baissant les impôts. Avec Sébastien Lecornu aussi, le Ministre chargé des Collectivités territoriales : “Pour rien au monde il ne faut réinventer ce clivage gauche-droite. [...] et le ré-instituer au sein de la majorité présidentielle serait, je pèse mes mots, stupide. Stupide” a asséné ce dernier sur France Inter mardi matin

Il se défend : “Que les deux ministres de Bercy fassent attention à l’argent des Français et disent des choses sur le terrain des économies, je pense que c’est plutôt rassurant et ce n’est pas un problème de gauche-droite que d’expliquer qu’il faut moins d’impôts et des économies”. 

Je suis quelqu’un qui garde son calme, mais quand je vois dans la presse que certains essaient de me monter contre le Président, je ne me laisserai pas faire” avait quant à lui assumé Edouard Philippe lundi soir. Au bureau exécutif de La République en marche d'ailleurs, la conclusion de la discussion est venue de Laeticia Avia, avocate entrée en politique avec Macron : “Moi je viens de nulle part” lance-t-elle. 

Pas certain que cela achève définitivement le débat : la question du clivage est semble-t-il loin d’être réglée dans la majorité. La lutte d'influences, sur le fond, ne fait en effet que commencer. Hyperion sera bientôt une association, dotée d'un site internet, qui entend bien faire entendre sa singularité dans la majorité sur l'Europe ou bien la laïcité.

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