L'enquête ouverte mardi sur certains agissements du MoDem met en porte-à-faux le Garde des Sceaux, au moment même où il présente sa loi sur la moralisation de la vie publique.

François Bayrou a présenté début juin au gouvernement son projet de loi sur la moralisation de la vie publique
François Bayrou a présenté début juin au gouvernement son projet de loi sur la moralisation de la vie publique © AFP / FRANCOIS GUILLOT

C'est un calendrier plutôt gênant pour le Garde des Sceaux. Les dénonciations anonymes qui ont conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire pour abus de confiance et recel, après des soupçons de rémunération d'employés du MoDem comme assistants parlementaires, arrivent au pire moment pour François Bayrou, alors qu'il présente ce mercredi matin en Conseil des ministres le premier grand chantier législatif du quinquennat : la moralisation de la vie publique.

Au sein de La République en marche (REM), nombre de militants et de candidats pour les législatives considèrent que cette affaire affaiblit clairement le ministre. Un soutien de la première heure du Président Macron lâche, amer, que "cela ne va pas aider à restaurer la confiance des Français".

Une confiance qui risque d'autant plus de s'effriter si le ministre de la Justice, patron du parti, venait à être auditionné "dans une affaire le concernant par un procureur qui dépend hiérarchiquement de lui", poursuit ce même soutien. Pour le "citoyen Bayrou", comme il s'est lui même désigné après son coup de fil à notre rédaction pour se plaindre d'un article en cours sur le MoDem, ce serait une procédure comme une autre. Pour la République, une situation inédite mais pas impossible.

Confiant, Bayrou remet Edouard Philippe à sa place

François Bayrou ne semble pas faillir. Le Garde des Sceaux s'est même permis hier de contredire le Premier ministre, après le recadrage de ce dernier le matin même sur FranceInfo: . Devant la presse, le ministre de la Justice a superbement ignoré les remontrances du chef du gouvernement, et vanté sa liberté de parole, à croire qu'il se sent intouchable. En privé, des proches du maire de Pau rapportent qu'il n'a jamais caché qu'Emmanuel Macron lui devait sa victoire.

Sa posture étonne ses collègues comme ses amis. Ici, une ancienne amie politique du maire de Pau s'étonne qu'il ne songe pas à démissionner. Là, un ministre prend un air pénétré : "François Bayrou, il nous éclaire", répond-il. Une phrase énigmatique où il est difficile de déterminer si la remarque est acerbe, ou s'il soutient encore son collègue du gouvernement.

Les candidats de la REM prennent leurs distances

A moins d'une semaine du second tour des élections législatives, les candidats de LREM sont nombreux à ne plus accorder de crédit au leader du MoDem. Agacés par ces révélations, ils tentent de s'affranchir de l'accord conclu entre François Bayrou et Emmanuel Macron.

Des futurs députés qui attendent avec impatience le moment où ils auront la majorité seuls, c'est à dire sans avoir besoin des centristes.

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