Face à une gauche qui avance vers 2022 en ordre dispersé, le chef de la France Insoumise a décidé d'accélérer. Il a lancé mercredi, sur le site de son parti, un comparateur de programmes, destiné à recueillir et à mettre à l'épreuve les propositions de tous les autres partis en vue de la présidentielle.

 Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle, a lancé mercredi un "comparateur de programmes" pour 2022 pour comparer ceux des futurs candidats, des partis politiques, syndicats ou autres plateformes à ses propres propositions
Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle, a lancé mercredi un "comparateur de programmes" pour 2022 pour comparer ceux des futurs candidats, des partis politiques, syndicats ou autres plateformes à ses propres propositions © Maxppp / IP3 / Aurelien Morissard

"Quand  je me regarde je me désole, quand je me compare je me console". Jean-Luc  Mélenchon a semble-t-il fait sienne cette expression québecoise. Face à l'inertie de la gauche, incapable d'union même face au gouvernement (cf notamment la loi séparatisme), gangrénée par les calculs politiques, il pose ses conditions en tant que seul candidat déclaré face à l'extrême droite. Et plus encore en fin tacticien qui lance un comparateur de programmes en ligne, sur le site de son mouvement, destiné à recueillir toutes les propositions des candidats de la gauche mais aussi du centre et de la droite. Tout y sera décortiqué et comparé aux propositions de la France Insoumise. Avec un point tous les jeudis soirs sur le réseau social du mouvement.

"Nous discuterons des programmes de tout le monde. Tout sera passé à la  moulinette" assure le chef de La France Insoumise. 

Clémence Guetté, la collaboratrice du groupe LFI à l’Assemblée nationale, en a la charge, bombardée désormais responsable du programme. Depuis quelques semaines, avec son équipe, elle rassemble tous les éléments programmatiques des partis concurrents, mais aussi des collectifs citoyens ou des syndicats. Du tract, à la newsletter en passant par les documents programmatiques officiels. Lorsqu'ils existent... "L’un des problèmes, c’est quand il n’y a pas de documents. C’est le cas notamment avec le RN qui n’a pas écrit une ligne depuis 2017, et là déjà ce n’était pas brillant" raille Jean-Luc Mélenchon.

Rendez-vous le jeudi

Chaque jeudi soir, sur le réseau social du mouvement, il y aura une restitution des débats en cours et des interpellations politiques.

Les  interpellations, les relations avec les autres partis, c'est la mission du député Eric Coquerel. La tâche est ardue. Avec le PS d'abord, son patron Olivier Faure qui s'est abstenu sur la loi séparatisme, accuse dans les médias la France Insoumise, qui a voté contre, "d'ambiguïté". Jean-Luc Mélenchon met le sujet sur la table sans y avoir été contraint. Ravi manifestement de pouvoir enfoncer un coin. "Je l’ai entendu ce matin parler de nos ambiguïtés. Mais de quoi  parle-t-il ? Nous on a voté non, lui s’est abstenu ! C’est qui l’ambigu ? Et puis, on se croise toutes les semaines dans les couloirs de l’Assemblée Nationale, il ne nous a jamais parlé de cela, pas un coup de téléphone, pas une lettre, pas un télégramme, pas un tweet."

Nombreux à gauche se voient candidats

Le comparateur de programmes aura aussi pour fonction d'obliger ses éventuels adversaires à gauche à sortir du bois. Visés : Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg... "On ne peut pas rester ainsi, dans le confort, moelleusement lovés du désir de candidature" commente Jean-Luc Mélenchon. "Les gens disent qu’ils ne savent pas, mais que si, peut-être... dans le cadre du projet... Le projet ! Le projet ! Tout ça le projet ! Mais quoi concrètement, c'est quoi le projet, c'est pfffiout !" se gausse-t-il.

L'euro-député EELV Yannick Jadot, qui a monté le 25 janvier un site dédié à sa candidature présidentielle, a le droit à sa citation : "Je l’ai écouté chez Ruquier, je n’ai rien compris. Il a dit que ce  n’était pas le temps des candidature. Mais que, cependant, il avait ouvert un site de candidat. Il est candidat ou pas ?"

Quant à Benoît Hamon, qui ne fait plus mystère qu'il soutiendra celui ou celle qui défendra son revenu universel, Jean-Luc Mélenchon se fait plus précautionneux. "Je veux qu'on en parle mais le crayon à la main. Et en  montrant comment c’est compatible avec le restant des réformes qu’on entend faire. Si c’est donner un revenu universel à tout le monde,  jusqu’à Olivier Dassault c’est non. Si la contrepartie, c'est on revient sur les minimas sociaux, c’est non. Article 1 de notre programme : on ne revient pas sur les acquis sociaux !"

En clair, Jean-Luc Mélenchon trépigne de ne pouvoir vraiment entrer en campagne. Et faute d'être en capacité de créer l'unité à gauche, il entend bien lui imposer son tempo de campagne.