Les paris sur la politique en France sont interdits, mais autorisés ailleurs en Europe. Selon un spécialiste britannique du pari, les cotes des candidats n'ont cessé de bouger.

En Grande-Bretagne, il est possible de faire des paris sur à peu près tout et n'importe quoi (illustration)
En Grande-Bretagne, il est possible de faire des paris sur à peu près tout et n'importe quoi (illustration) © Maxppp / Gerry_Penny

C'est une pratique formellement interdite en France, mais largement répandue chez nos voisins européens, et tout particulièrement en Grande-Bretagne : les paris sur la politique. Alors qu'en France on ne peut parier que sur des résultats sportifs, ailleurs il est possible de placer une mise sur à peu près tout et n'importe quoi.

2 millions d'euros de paris

Et la campagne électorale française fait partie des sujets qui suscitent les paris en ce moment : selon le site de statistiques BetData, sur la seule semaine qui vient de s'écouler, les parieurs ont misé 2 million de livres sterling (soit près de 2,4 millions d'euros) pour tenter de deviner qui sera le prochain locataire de l'Elysée.

Le site BetData publie chaque jour des statistiques pour les parieurs britanniques, qui semblent croire à une victoire de Macron.
Le site BetData publie chaque jour des statistiques pour les parieurs britanniques, qui semblent croire à une victoire de Macron. © Aucun(e)

Or le choix des parieurs n'est basé, a priori, que sur un but : gagner de l'argent. Aucun biais ni engagement politique n'est censé venir perturber leurs calculs. Faut-il donc regarder les paris à l'étranger pour avoir une idée de ce que sera le résultat de notre élection ? Elements de décryptage avec le Britannique Paul Krishnamurty, parieur professionnel et auteur du blog "The Political Gambler", dans lequel il analyse la politique par le biais des paris.

Comment les parieurs font ils leur choix pour parier sur tel ou tel candidat ?

D'abord, il faut bien faire la distinction entre les bookmakers, où une seule personne définit des cotes et où les parieurs font leur choix parmi ces cotes, et les sites de "betting exchange", comme celui pour lequel j'écris, Betfair [ces sites sont interdits en France, ndlr]. Ils fonctionnent comme un site d'échanges entre particuliers comme eBay, où les cotes évoluent en fonction de l'offre et de la demande. Le facteur premier de choix, ce sont les sondages, mais l'actualité entre aussi en compte.

Comme l'objectif est avant tout de gagner de l'argent, les parieurs font-ils abstraction de leurs affinités politiques ?

Nous laissons tous certainement nos préférences politiques de côté, mais on peut toujours discuter du fait qu'il soit possible d'en faire totalement abstraction. Je suis un parieur professionnel, j'essaie naturellement d'être totalement objectif, mais par exemple lorsque j'ai fait une croix sur Donald Trump, beaucoup m'ont accusé d'être partial.

Le suspense de ce premier tour rend-il les paris plus stimulants ?

Absolument ! Je n'ai jamais connu une élection aussi serrée alors qu'il reste à peine quelques jours. C'est extrêmement imprévisible, et il y a de bonnes raisons de penser qu'on ne peut pas se fier aux sondages dans un tel scénario.

Est-il plus fiable de regarder les cotes des parieurs plutôt que les sondages pour prédire les résultats ?

Historiquement, c'est le cas. Betfair détenait un record parfait jusqu'en 2016 : depuis la création du site en 2001, le favori à 100 jours du scrutin a toujours gagné l'élection. Toutefois, aussi bien le Brexit que l'élection de Trump ont été des bouleversements qui ont contredit la théorie. Personnellement, je pense que les marchés de paris sont supérieurs, tout simplement parce que les joueurs ne sont pas limités par une méthodologie stricte, comme dans les sondages. La politique est trop subjective, et chaque élection est trop unique, pour créer un "modèle" de prédiction unique.

Comment les cotes ont-elle évolué ces dernières semaines ?

Elles ont été complètement folles. Juppé était crédité de 70 % avant les primaires, puis Fillon est monté à 70 %. Macron est devenu favori à peu près deux semaines après le début du "PenelopeGate", et il conserve une cote de 55 % de chances aujourd'hui. Le Pen est resté stable, entre 20 % et 30 %, tout au long de la campagne.

Le coup de tonnerre, ça a été le chaos à l'UMP (sic) et la montée de Mélenchon. Juppé est passé de 1 000 contre 1 (0,1 % de chances) à 3 contre 1 (33 %) quand on pressentait qu'il pourrait remplacer Fillon. Quant à Mélenchon, sa cote était de 300 contre 1 (0,3 %) il y a quelques semaines. Actuellement, les cotes sont de 55% pour Macron, 22 % pour Fillon, 18 % pour Le Pen et 6 % pour Mélenchon.

Quel est votre pronostic ?

Macron, en me basant sur l'idée qu'il gagnera le deuxième tour quel que soit son adversaire. Je pense qu'il va affronter Le Pen et qu'il gagnera avec 20 % d'avance. Mais dans les deux cas, cela dit, je ne suis pas tellement confiant. Le scrutin a l'air vraiment trop serré, avec les quatre candidats qui sont dans la marge d'erreur des sondages.

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