Leur ambition : être dimanche soir la 3e force du Parlement européen, derrière les conservateurs et les socio-démocrates. Les partis populistes et anti-européens veulent être sur le podium. Quel est leur poids réel sur le continent ? Petit tour d'Europe des partis souverainistes

Jaroslaw Kaczynski, chef du parti au pouvoir Droit et justice (PiS),
Jaroslaw Kaczynski, chef du parti au pouvoir Droit et justice (PiS), © Maxppp / Newscom/ EPA/ Adam Warzawa

Ils n'ont cessé de gagner du terrain au fil des élections locales ou nationales, de l'Espagne, avec Vox, à l'Estonie, où le parti d'extrême droite Ekre a fait une percée aux législatives et siège au gouvernement depuis avril dernier, en passant par l'Allemagne et l’AfD (l’Alternative pour l’Allemagne) ou l’ANO en République tchèque, nourris qu’ils sont par les crises économiques et sociales ou identitaires. 

Les partis nationalistes, souverainistes ou d'extrême-droite gouvernent aujourd’hui dans deux pays de l’Union : la Pologne avec le PiS de Jaroslaw Kaczynski et la Hongrie - on ne présente plus le Fidesz de Viktor Orban; ils partagent le pouvoir en coalition dans 7 autres dont l'Italie, la République tchèque ou encore récemment l'Autriche et rassemblent environ 20% des voix dans près d'un tiers des Etats membres. 

Le vent en poupe

Et ce dimanche, ils sont donnés vainqueurs dans plusieurs pays : Italie, bien sûr, la Ligue de Matteo Salvini a le vent en poupe, Pologne, Hongrie, Belgique, voire en France et devraient faire un gros score en Autriche. D'où l'ambition de l'Italien Matteo Salvini de fédérer ces nationalistes au sein d'une alliance afin de peser de l'intérieur pour réformer une Europe honnie. 

Car ce qu'ils ambitionnent ce n’est pas ou plus de quitter l’Union européenne ; le Brexit est passé par là et a refroidi les ardeurs des partisans d’un Polexit, d’un Frexit, d’un Italexit voire d’un Dexit - pour l’Allemagne. En outre, tous ont pu constater l’attachement de leurs concitoyens à l’Europe et la plupart, notamment dans les pays d’Europe centrale et orientale, ne veulent pas se voir privés des fonds de cohésion ou de ceux de la PAC, distribués par Bruxelles. Une véritable manne indispensable à leurs économies. 

Non, ce qu’ils souhaitent désormais, c'est peser de l'intérieur sur l'Europe et ses politiques économiques ou sociales ou encore ses valeurs. Car ils ont en commun de honnir ce qu'ils appellent le multiculturalisme et se voient en défenseurs d'une Europe chrétienne et blanche, c’est notamment le cas du PiS polonais.  Ils veulent aussi retrouver une certaine souveraineté nationale et entraver toute initiative visant à partager davantage de pouvoirs. 

Mais pour peser, il faut s’unir et c’est là que le bât blesse.

Jusqu'à présent, malgré leur score déjà respectable en 2014, ces populistes européens n'ont pas vraiment réussi à se rassembler, éclatés qu'ils sont dans trois groupes différents et rivaux : le CRE, les conservateurs et réformistes européens qui accueillent notamment les députés du PiS polonais, l’ENL, l’Europe des nations et des libertés, où siègent notamment le FPÖ autrichien,  le Rassemblement national, ou encore la Ligue et l’ELDD Europe de la liberté et de la démocratie directe, où l’on retrouve les Britanniques brexiters, les 5 étoiles italiens ou les Allemands de l’AfD courtisés par Matteo Salvini pour rejoindre son groupe. Sans oublier les députés hongrois qui siègent normalement au sein du PPE le groupe conservateur.

Bref rien ne dit qu’il leur sera demain plus facile de s’unir qu’aujourd’hui d’autant que ce qui divise ces souverainistes européens reste conséquent.

Ne serait-ce que la relation à la Russie, honnie des Polonais, courtisée par les Italiens ou les Français. Le Rassemblement national est aussi un repoussoir pour plusieurs partis populistes qui ne veulent pas siéger à ses côtés, le PiS vient encore de le répéter, mais c’est également le cas des Démocrates de Suède. Les politiques économiques sont un autre point d'achoppement entre les protectionnistes et les plus libéraux, toutes les nuances se retrouvent. Enfin si tous sont hostiles aux migrants, nul accord possible sur la politique migratoire entre les pays de l'est, qui refusent tout accueil et l'Italie par exemple qui voudrait plus de solidarité de ses partenaires. 

La lecture qui sera faite du scrutin dimanche soir aura tendance à agréger des mouvements qui de fait ne pourront pas forcément comme ils le proclament travailler ensemble pour peser vraiment.

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