François Hollande a défendu vendredi sa fondation "La France s'engage", deux mois après la passation de pouvoirs. Une des nombreuses manières de rester sur la scène publique.

Nicolas Sarkozy et François Hollande lors de la cérémonie d'hommage à Simone Veil
Nicolas Sarkozy et François Hollande lors de la cérémonie d'hommage à Simone Veil © Maxppp / Julien De Rosa

Quand vous étiez petit, peut-être répondiez-vous "président de la République" quand on vous demandait ce que vous vouliez faire plus tard. Peu ont fini par atteindre cet objectif, mais ils sont confrontés à un épineux problème : une fois qu'on est déjà arrivé au sommet de l'État, que reste-t-il à faire ? Voici quelques idées tirées de l'expérience des précédents chefs d'État français.

Se consacrer à ses passions

Vous aviez un hobby avant ou pendant votre mandat présidentiel ? Vous avez désormais du temps libre et des moyens importants pour en faire une activité à plein temps. Pour Valéry Giscard-d'Estaing, par exemple, c'est l'écriture. Il avait déjà sorti pendant son septennat "Démocratie française", un essai vendu à plus d'un million d'exemplaires. Une fois le pouvoir quitté, il a poursuivi en publiant ses mémoires mais aussi plusieurs romans à partir de 1994 ("Le Passage", qui raconte l'aventure d'un notaire avec une jeune auto-stoppeuse, puis "La Princesse et le Président", "La Victoire de la Grande Armée", uchronie où Napoléon se retire pacifiquement après avoir vaincu l'armée russe, et enfin "Mathilda" en 2011).

Jacques Chirac, lui, a une passion pour les arts premiers, longtemps cachée mais qu'il avait pleinement exprimée sur la fin de son deuxième mandat, en 2006, en inaugurant le musée du Quai Branly à Paris. Sa "retraite politique" lui a donc permis de continuer à s'y intéresser au fil des années. Au point que le musée du quai Branly a fini par être renommé "Musée du quai Branly-Jacques Chirac" pour ses dix ans.

Construire sa légende

C'est le général De Gaulle qui inauguré cette gestion de l'héritage (qui, dans son cas, remontait évidemment bien plus loin que son passage à l'Élysée). Après avoir passé toute la campagne présidentielle pour lui désigner un successeur en Irlande, il se met à rédiger ses "Mémoires d'espoir". Même idée chez Valéry Giscard d'Estaing et chez Jacques Chirac, qui publie après son départ une autobiographie en deux volumes ("Chaque pas doit être un but" puis "Le temps présidentiel"). Pas forcément nécessaire puisqu'à partir d'avril 2009, il est régulièrement en tête du classement IFOP des personnalités politiques préférées des Français.

François Mitterrand, lui, fera une petite apparition cinématographique dans son propre rôle, dans le film documentaire "Lumière et Compagnie" mais restera globalement assez loin des projecteurs, notamment à cause de sa maladie.

Maintenir (ou monétiser) le prestige de la fonction

Les présidents de la République sont membres de droit du Conseil constitutionnel... Mais ils sont peu à utiliser leur temps libre pour profiter de ce siège. En fait, seul Valéry Giscard d'Estaing le fait effectivement aujourd'hui (en échange d'une indemnité mensuelle de 14.400 euros bruts). Une présence plutôt symbolique puisque le rôle du Conseil est de plus en plus juridique.

Si vous devez quitter l'Élysée un jour, vous serez aussi évidemment souvent invité à participer à des cérémonies nationales. La première fois, c'était le 8 mai 1995, quand Jacques Chirac a choisi d'inviter son prédécesseur François Mitterrand pour célébrer la victoire du 8 mai 1945. Depuis, on voit régulièrement les anciens locataires de l'Élysée dans les rangs des officiels prestigieux (le 14 juillet dernier, NIcolas Sarkozy et François Hollande étaient présents à Nice pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de 2016).

On peut aussi être sollicité pour des présences moins symboliques et plus lucratives. Nicolas Sarkozy a ainsi suivi le modèle de nombreux ex-présidents américains en monnayant à prix d'or ses interventions dans des conférences sur l'économie et la finance à l'étranger. De nombreuses propositions similaires ont d'ailleurs été faites à Jacques Chirac (notamment pour intervenir dans des universités à travers le monde)... Il les a toujours refusées.

Agir pour le bien commun

En 2008, Jacques Chirac lance la Fondation Chirac, dont l'objectif est d'intervenir à travers le monde dans quatre grands domaines : l'accès à l'eau et à l'assainissement, l'accès à la santé et aux médicaments de qualité, la lutte contre la déforestation et la désertification, et la protection de la diversité culturelle. Il se rend d'ailleurs en tant qu'ambassadeur de sa Fondation en Afrique à plusieurs reprises, pour inaugurer des projets locaux, mais aussi en Russie.

François Hollande semble vouloir suivre le même exemple, avec sa fondation "La France s'engage", présentée officiellement par l'ancien chef d'État ce vendredi mais créée dès 2014 avec Patrick Kanner. Elle est désormais installée dans la Station F, l'incubateur du milliardaire Xavier Niel.

Essayer de revenir

Difficile de vraiment vous recommander cette solution, puisqu'elle n'a jusqu'ici jamais été couronnée de succès. Le seul à avoir tenté l'expérience sous la Ve République, c'est Nicolas Sarkozy. Mais s'il a bien réussi à reprendre l'UMP (puis LR) en se faisant réélire président du parti en 2014, dès le premier tour, il finira par échouer aux portes de la candidature présidentielle. Il est en effet éliminé dès le premier tour de la primaire du parti Les Républicains de 2016. Comme une forme d'avertissement à François Hollande, si jamais d'ici quatre ans il était à nouveau tenté par l'aventure.

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