Un médecin remplace une médecin : le député isérois Olivier Véran devient ministre de la Santé. Mais ce neurologue de 39 ans n’est pas aussi novice en politique que sa prédécesseure Agnès Buzyn l’était. Portrait.

Olivier Véran, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, en octobre 2018.
Olivier Véran, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, en octobre 2018. © AFP / GARO / Phanie

C’est l’histoire d’une ascension politique fulgurante. Lundi matin, à 10 heures, le député isérois Olivier Véran récupérera de la main d’Agnès Buzyn les clés du ministère de la Santé. Cette dernière prend la place - en catastrophe - de Benjamin Griveaux, dans la course aux élections municipales à Paris, après la révélation d’images intimes impliquant l’ex-porte-parole du gouvernement. 

Le choix d’Olivier Véran n’a rien d’une surprise, c’est même un choix logique : l’actuel député LREM de l’Isère est un fin connaisseur de nombreux dossiers de santé. 

Chemin tout tracé

S’il a toujours assuré qu’il ne ferait pas de la politique toute sa vie, Olivier Véran n’est pas un novice pour autant. À 39 ans, ce neurologue grenoblois a connu une rapide ascension en politique. C’est derrière François Hollande, en 2012, qu’il s’engage en politique, aux côtés de la députée iséroise socialiste Geneviève Fioraso. Il en est le suppléant et prend sa place dans l’hémicycle lorsqu’elle devient ministre de l’Enseignement supérieur. 

Olivier Véran fait partie des premiers à rejoindre les rangs de la macronie, à l’approche de l’élection présidentielle de 2017. Aux législatives qui suivent, il est élu député mais se montre (presque) déçu qu'Emmanuel Macron choisisse Agnès Buzyn, lors de la constitution du premier gouvernement d’Édouard Philippe. 

Habitué des plateaux télé et des studios radio, rompu à l’exercice de la communication publique, rédacteur de nombreux rapports sur l'hôpital, les déserts médicaux, la filière sang ou le cannabis thérapeutique, le député occupait depuis deux ans et demi le poste stratégique de rapporteur général de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale. Il venait aussi de prendre la fonction de rapporteur du volet organique de la réforme des retraites. 

“Plus technocrate que les technocrates”

Un neurologue prend donc la place d’une hématologue. Personne ne doute de sa légitimité, pourtant certains craignent qu’Olivier Véran ne soit déjà “trop politique”. Contrairement à Agnès Buzyn, novice en politique à son entrée au gouvernement, le député a déjà plusieurs années d’engagement derrière lui.  

C'est un médecin, oui, mais je me méfie des médecins qui ont choisi une carrière politique”, regrette le professeur André Grimaldi du collectif Inter-hôpitaux. “Si c'est pour avoir un secrétaire d'état au ministère du budget et pas un vrai ministère de la santé… Mais on jugera sur les actes”, poursuit-il, au téléphone de France Inter. 

La Santé nécessite de faire de la politique et on nous vend des médecins comme ministre de la Santé, ce qui ne nous paraît pas être la meilleure solution”, déplore sur franceinfo Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, membre de la CGT Santé, qui souligne qu’Olivier Véran a été “à la manœuvre pour voter la loi de financement de la Sécurité sociale”.

Ce qui m'avait frappé c'est la rapidité avec laquelle un médecin avec plein de bonnes intentions s'est fait phagocyter par l’ambition politique, par la logique technocratique : à la fin il parle plus technocrate que les technocrates”, regrette quant à lui Frédéric Pierru, sociologue de la santé, qui a participé à de nombreuses commissions en compagnie d’Olivier Véran. Il estime que l'homme politique a depuis longtemps pris le pas sur le médecin : “Il fera la même politique qu'Agnès Buzyn qui était verrouillée à la fois par Bercy et par l'ensemble de la technostructure du ministère de la Santé”. 

Il a toujours gardé un pied au CHU de Grenoble

Pourtant si son temps était très occupé par ses activités au palais Bourbon, il a toujours aimé rappeler qu’il n’avait jamais complètement quitté sa tâche au Centre hospitalier universitaire de Grenoble. “Parallèlement à mon mandat de député, j’ai continué à travailler un jour par semaine au CHU de Grenoble”, rappelle-t-il au Dauphiné libéré.  Il ne manque pas non plus de raconter qu’il a lui même été aide-soignant de nuit à l’hôpital pour payer ses études. “La tâche qui m’attend est immense, mais je suis prêt, je le suis depuis longtemps”, veut-il rassurer. 

Du pain sur la planche, il y en a en effet. Dès ce début de semaine, Olivier Véran passera des rangs des réputés au banc du gouvernement pour l’examen de la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Il y a également le coronavirus, l’une des raisons qu’Agnès Buzyn avait invoquée vendredi pour ne pas entrer en campagne à Paris. Il devra aussi s’atteler à la crise inédite dans laquelle l’hôpital français est plongé, près d’un an après le début d’une grève dans les services d’urgences.  

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