Dimanche matin, le Journal du Dimanche a publié une tribune signée par "72 maires et élus locaux de droite et du centre qui annoncent leur soutien à Macron". Nous avons épluché la liste : ces maires sont plus jeunes que la moyenne, pour la plupart élus récemment... et une grande partie a déjà soutenu la majorité.

Le siège des Républicains, à Paris
Le siège des Républicains, à Paris © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

Ils sont 72 élus à avoir exprimé, ce dimanche, leur soutien à Emmanuel Macron. Issus de la droite et du centre, ces 72 personnalités, pour la plupart maires (plus quelques autres élus locaux), signent dans le Journal du Dimanche une tribune intitulée "La République des maires et des élus locaux". 

Emmenés par le maire d'Angers, Christophe Béchu, qui apparaît en première position de la liste des signataires, cette tribune intervient à quelques jours d'un nouveau discours de politique générale d'Edouard Philippe, et surtout deux semaines après la débâcle du parti Les Républicains aux élections européennes, et une après la démission du président Laurent Wauquiez. Les signataires écrivent :

"Nous sommes de ceux qui souhaitent la réussite impérative de la France, c'est pourquoi nous voulons la réussite du Président de la République et du gouvernement, car rien ne se construira sur leur échec". 

Mais cette tribune a aussi été vivement critiquée dimanche : chez Les Républicains, Daniel Fasquelle a dénoncé sur franceinfo "une opération de communication du gouvernement". "Dans cette liste, il y a beaucoup d'élus qui avaient déjà pris leurs distances avec Les Républicains. Le trésorier national peut vous dire que la plupart d'entre eux ne payaient plus leurs cotisations depuis très longtemps donc il n'ont fait qu'officialiser leur position", a-t-il expliqué pour minimiser l'impact de la publication de ce texte. 

Alors, qui sont vraiment ces 72 élus ? Daniel Fasquelle dit-il vrai quand il affirme que la plupart des signataires "n'annoncent" rien de nouveau ? Franceinter.fr a passé en revue le profil de ces 72 élus. 

Des maires jeunes, de communes moyennes

L'analyse statistique de cette liste de signataires dévoile de grandes tendances : parmi ces élus, il y a un président de conseil départemental, un premier adjoint, deux dirigeants d'intercommunalités et donc 68 maires. Et une immense majorité d'hommes : il n'y a que 8 femmes sur 72 élus, soit 11,1%, donc moins que la moyenne des maires de France, qui sont 16% à être des femmes. 

Les maires qui ont signé cette tribune sont assez peu représentatifs des maires de France : là où près de 75% des communes françaises comptent moins de 1 000 habitants, il n'y a qu'un seul représentant d'une commune de ce type : Hubert Honoré, maire (sans étiquette) de Courménil (61), 122 habitants. Ils sont aussi plus jeunes que la moyenne : la plupart ont entre 40 et 60 ans, la où la moyenne d'âge des maires de France est de 62 ans. 

La répartition géographique est elle aussi inégale : les élus signataires sont concentrés plutôt dans le nord, le centre et l'ouest. La Bretagne et les Pays de la Loire sont les mieux représentés. 

De très nombreux soutiens déjà affirmés

Mais surtout, il s'avère que cette tribune des élus de droite et du centre qui "annoncent" leur soutien à la majorité... n'annonce pas grand chose de nouveau. Sur les 72 signataires, nous en avons aisément trouvé (à l'aide d'une simple recherche Internet) au moins 38 qui ont d'une façon ou d'une autre pris leurs distances avec la droite traditionnelle, ou affirmé leur soutien à Emmanuel Macron : 

  • Ceux et celles qui ont quitté Les Républicains à l'élection de Laurent Wauquiez : Marc Laffineur (Avrillé), François Commeinhes (Sète), David Robo (Vannes), Stéphanie Yon-Courtin (Saint-Contest), Guillaume Delbar (Roubaix), Karl Olive (Poissy), Olivier Carré (Orléans), etc.
  • Ceux et celles qui ont rejoint le mouvement "Agir, la droite constructive" : Louis Vogel (Melun), Jean-Paul Michel (Lagny-sur-Marne), Ludovic Jolivet (Quimper), Alain Chrétien (Vesoul), Christian Robache (Montévrain).
  • Ceux et celles qui ont affirmé leur soutien à Emmanuel Macron en 2017 : Alain Vogel-Singer (Pézenas, pressenti même pour être candidat LREM aux législatives de 2017), Joseph Parpaillon (Orvault), Pierre-Marie Chavroz (Saint-Jean de Maurienne), Laurent Brosse (Conflans-Saint-Honorine, s'est félicité de la nomination de Bruno Le Maire comme ministre), Grégoire de Lasteyrie (Palaiseau), Gérard Lebas (premier adjoint de Châlons-en-Champagne), etc. 

Sans compter celles et ceux appartenant à des partis qui se sont déjà détachés de la droite des Républicains et sont donc à l'UDI, chez Les Centristes (ex-Nouveau Centre) ou dans le Mouvement Radical, et surtout celles et ceux qui ont déjà porté les couleurs de La République En Marche, comme Jean-Michel Tobie, maire d'Ancenis et candidat LREM aux sénatoriales en 2017, ou encore Stéphanie Yon-Courtin, maire de Saint-Contest, qui est depuis deux semaines... députée européenne LREM. 

Au final, nous n'avons compté qu'une large douzaine de personnalités qui sont encore encartées au parti Les Républicains et qui n'ont pas déjà fait état d'un soutien ferme à Emmanuel Macron et à sa majorité (dont par exemple le maire de Tourcoing Jean-Marie Vuylsteker, dont le premier adjoint est... le ministre Gérald Darmanin). 

Toutefois, le maire d'Angers Christophe Béchu assume cette variété de profils : "On est 72 maires, dont plus de la moitié n'appartiennent pas aujourd'hui à un parti politique. Il y a des Républicains, des UDI, il y a des Agir. Mais on a tous en commun de dire que l'opposition systématique ça suffit et qu'il faut laisser le président et le gouvernement travailler", a-t-il déclaré sur Franceinfo. Il assure par ailleurs que cette tribune n'est qu'un début, et que plus de 100 élus composeront ce mouvement dans le courant de la semaine. 

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