La mort de l'ancien président fait rejaillir des anecdotes, tantôt truculentes, tantôt émouvantes. Ces souvenirs, rapportés par ceux qui ont côtoyé Jacques Chirac, dessinent le portrait d'un homme amateur de bonne chère et rarement avare de bons mots. Florilège.

Le président Jacques Chirac à Provins, le 31 avril 2002.
Le président Jacques Chirac à Provins, le 31 avril 2002. © AFP / Patrick Kovarik

Bien sûr, il y a une carrière politique exceptionnelle. Deux mandats présidentiels, marqués par le "non" à la guerre en Irak, le cri d'alerte climatique poussé à Johannesburg, sans oublier les "affaires", qui lui ont valu une condamnation à deux ans de prison avec sursis, en 2011 . Mais on ne peut s'empêcher de noter, dans les évocations de Jacques Chirac décédé ce jeudi, la place accordée à l'homme qu'il était. Ceux qui l'ont côtoyé de près ou de loin, dressent, à coup d'anecdotes, le portrait d'un personnage gouailleur, ripailleur, séducteur, jamais avare d'un bon mot. Mais aussi érudit, et parfois solitaire. Florilège.

Chirac et le quinoa

À l'invitation de la fille de Jean-Louis Debré, Jacques Chirac se rend dans un restaurant bio. "Est-ce que c'est dangereux ?" demande-t-il, avant d'avaler du quinoa pour la première fois de sa vie ainsi que quatre bières, dans une salle "remplie de bobos-bios-gauchos", raconte l'ancien président du Conseil constitutionnel dans les Échos. "Au bout d'une heure, ils étaient tous massés autour de lui pendant que ses officiers de sécurité buvaient du jus de carotte. En sortant, Jacques Chirac a dit 'j'ai faim'. Et tout cela se termine autour d'une entrecôte dans un bistrot".

L'entrecôte au petit déjeuner

Le même Jean-Louis Debré revoit également l'ancien président se faire servir une entrecôte de 800 grammes à 8 heures du matin, lors d'une visite aux halles de Rungis. "Moi je prends juste un café. En rentrant, à 11h, je lui dis : 'qu'est ce que vous faites, maintenant ?' Il me répond : 'je vais déjeuner'"

Les spatules vomitives "de toute beauté"

En 1992, à l'occasion d'une exposition sur les indiens Taïnos au Petit Palais, Jacques Chirac, alors maire de Paris, s'improvise guide-conférencier. Et, d'un ton pince-sans-rire, fait montre de son érudition au sujet de ces peuples amérindiens au XVe siècle. 

"Il y avait d’abord pour se purifier la nécessité de vomir, explique Jacques Chirac, dans cet échange enregistré par France Culture. Pour vomir, il y a des spatules spéciales qui sont de toute beauté, sur le plan plastique, elles sont tout à fait exceptionnelles. Ensuite, on prenait la 'Cohoba' à travers un inhalateur. Vous avez dans cette vitrine des pièces admirables qui permettaient d’inhaler la poudre hallucinogène"

Les larmes, seul face à la télé, le soir de sa victoire à la présidentielle

La photographe Bettina Rheims a suivi Jacques Chirac lors des derniers jours de la campagne présidentielle de 1995, jusqu'à l'annonce de sa victoire, au second tour. C'est à ce moment qu'elle prend la plus belle photo de lui, raconte-t-elle à Boomerang.

Il est 20 heures, ce dimanche, tout le monde est parti. Il est debout, très très grand, les mains derrière le dos. Il regarde l’écran de la télévision où s’affiche le portrait du gagnant et des larmes coulent.

Cette photo, qui n'a jamais été publiée à la demande de Claude Chirac, est aujourd’hui enfermée dans un coffre-fort. Bettina Rheims se souvient aussi des jours qui ont suivi, quand elle a réalisé le portrait officiel du chef de l'État. La famille Chirac, un peu désorientée, est en train prendre ses quartiers à l'Élysée. "Le président me prend par le bras, 'viens je vais te montrer mon bureau', et il ouvre un placard à balais !".

Mine de crayon 

L'anecdote a été dévoilée par François Baroin, dans la Boite aux questions de Canal Plus, en 2013. Un proche complimente Jacques Chirac : 

- Vous avez bonne mine, monsieur le président.
- Et encore, t'as pas vu le crayon.

"Il y a eu un bombardement ? Tout est cassé"

"Je me souviens un jour je l'accompagnais à Rome, raconte dans Télérama l'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon. "On était dans le bureau du maire de Rome, face au Forum romain, et Jacques Chirac, un peu bêtement, dit au maire de Rome : 'Qu’est ce qui s’est passé chez vous cher collègue ? Il y a eu un bombardement ? Tout est cassé'. C’est une façon de vouloir ne pas céder à une sorte de fascination trop facile pour la beauté classique.

Prêt à coller des enveloppes pour Juppé 

Même s'il vit retiré de la vie politique, Jacques Chirac fait savoir qu'il soutient Alain Juppé pour la primaire de la droite et du centre, en vue de la présidentielle de 2017. "S'il faut venir coller des enveloppes, je viendrai !", aurait-il juré à Hervé Gaymard, selon le journal Marianne. 

Un labrador nommé Ducon

En 1992, à l'occasion d'un dîner à l'Hôtel de Ville de Paris, Jacques Chirac présente son chien à Michel Denisot. Nom de l'animal ? "Ducon, c'est Giscard qui me l'a offert'", plaisante le maire de Paris. 

Les cendres sur le tapis de Giscard

À l'époque où Jacques Chirac était secrétaire d'État au budget sous Giscard, il y avait deux règles, raconte le journaliste Maurice Szafran. "On n’avait pas le droit de rentrer dans le bureau de Giscard par la grande porte, il fallait passer par le secrétariat. Donc il rentrait systématiquement, par la grande porte, ce qui rendait Giscard fou. Il rentrait avec une cigarette à la bouche, systématiquement. Il savait qu’il n’y avait pas de cendrier dans le bureau de Giscard et que ce dernier ne lui proposerait pas de cendrier. Et méthodiquement, il mettait la cendre sur le tapis".

"Il faut voter Mitterrand"

Autre anecdote illustrant la rivalité tenace entretenue avec Valéry Giscard d'Estaing : celui-ci raconte dans ses mémoires, Le Pouvoir et la Vie, avoir une fois appelé le numéro de la permanence de Jacques Chirac. On est en 1981, Giscard est candidat à la présidentielle, et veut vérifier une rumeur qui circule. "Je déploie mon mouchoir sur l'appareil, dans l'illusion de rendre ma voix moins facilement reconnaissable". Giscard demande ce qu'il doit voter dimanche. La réponse fuse : 

Il ne faut pas voter Giscard. On a dû vous le dire !' 

Il poursuit : Oui, oui, mais est-ce qu'il faut m'abstenir, ou mettre un bulletin blanc ?'
- Il faut voter Mitterrand ! 

Canulars téléphoniques

Journaliste au JDD, Michael Bloch raconte sur Twitter une anecdote sur Jacques Chirac et sa propre mère. “En 2001, elle était secrétaire au CRIF. Un jour, elle reçoit un appel d’une personne se présentant comme Jacques Chirac. Ma mère n’y croit pas et raccroche”. L’anecdote s’est retrouvée, une semaine d’après, dans le Canard Enchaîné.

1664... Kronenbourg !

Les anecdotes illustrant la passion de l'ancien président pour la bière ne manquent pas. On retiendra celle-ci, livrée par l'ancien député européen Philippe de Villiers, sur RTL. "Un jour, il y avait un déjeuner à Bruxelles. Y'avait Kohl, Mitterrand, Chirac et Tony Blair. Moi je représentais Léotard qui était parti courir le marathon de New-York", commence Philippe de Villiers. 

"Mitterrand leur demande : 'Pour vous, quels sont les grands tournants de l'Histoire ? Tony Blair dit : '1215, La Grande charte'. Kohl dit : '1648, Traité de Westphalie'. Mitterrand dit : '496, baptême de Clovis'. Tout le monde se retourne alors vers Chirac. Il prend sa canette et dit : '1664, Kronenbourg!" 

Charcuterie raflée en douce

Sur RMC, Éric Duquenne, chef cuisinier à l'Élysée, évoque l'amour de Jacques Chirac pour la bonne chère. "Quand il a eu des soucis de santé, on nous a dit 'pas de charcuterie'. Mais il attendait que Madame ait le dos tourné, et hop ! Il prenait de la charcuterie. La gastronomie, la table, étaient pour lui très importantes".

"Bravo qui ?"

À l'époque où il était président du Paris-Saint-Germain, Michel Denisot se souvient de la venue de Jacques Chirac au Parc des Princes. "Un jour, nous avons assisté à un match côte à côte. Un moment dans ce match, le PSG marque grâce à Daniel Bravo et Chirac me demande alors qui a mis le but, je lui réponds 'Bravo'. Et il me dit : 'Oui mais bravo qui?"

"Je veux voir tous vos Invalides"

Sur France Inter ce vendredi matin, un auditeur détaille sa rencontre avec Jacques Chirac en 1992, du temps où celui-ci était maire de Paris. "En tant que jeune officier supérieur affecté aux Invalides, j'avais été chargé d'accompagner une vingtaine de pensionnaires dans les salons de la mairie. Monsieur Chirac m'a dit 'vous me suivez, je veux voir tous vos Invalides'". Au bout d'un quart heure, Alain Juppé s'impatiente et s'en va rejoindre les journalistes avec Pierre Joxe, explique l'auditeur. "Mais je suis resté une heure avec Monsieur Chirac, j'ai pu admirer son humanisme, sa qualité de cœur qui était sa plus grande intelligence".

Vincent Lindon surpris "cul nu" dans son château

Dans les années 80, Vincent Lindon n'est pas encore l'acteur que l'on connaît aujourd'hui, mais un ami de Claude, la fille cadette de Jacques Chirac. Cette anecdote savoureuse est racontée dans la biographie "Bernadette Chirac, les secrets d'une conquête", par Erwan L'Eléouet. 

L'auteur raconte que Claude organise alors des vacances avec ses amis au château de Bity. "Vincent [Lindon] participe à cette virée qui promet d'être festive. Chacun a sa chambre, mais Claude et Vincent bravent l'interdit familial en dormant ensemble. ils prennent toutefois soin de mettre le réveil à sonner pour que le jeune homme puisse regagner son lit au petit matin."

Sauf que le paternel est matinal ; il se lève aux aurores, découvre les deux tourtereaux et "déloge [Vincent] de manière ferme de la chambre de sa fille".

Il n'a évidemment pas le temps de se rhabiller. Juste le temps de placer autour de la taille une serviette de bain trop petite. "Et il fait ce couloir qui dure très longtemps, cul nu, avec Jacques Chirac dans le dos qui l'observe s'éloigner", raconte Sylvain Lindon, son frère.

Vincent est renvoyé à Paris, et Claude recevra "la seule gifle de sa vie" de la part de son père.

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