Alexis Corbière, député de la France Insoumise, affirme que "monsieur Glucksmann était pour Sarkozy !" lors de la présidentielle de 2007. L'essayiste assure qu'il n'en est rien. Il a néanmoins été proche de l'ancien président.

Raphaël Glucksmann est candidat tête de liste du Parti socialiste-Place publique pour les élections européennes.
Raphaël Glucksmann est candidat tête de liste du Parti socialiste-Place publique pour les élections européennes. © AFP / Kenzo TRIBOUILLARD

En 2007, tout le monde était mobilisé contre un Thatcher de droite qui s’appelait Sarkozy. Moi, j’ai milité contre monsieur Sarkozy, monsieur Glucksmann était pour Sarkozy” a lancé Alexis Corbière, député La France insoumise, mercredi matin sur France Inter. L’élu, qui est aussi porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, s’en prend ainsi à Raphaël Glucksmann, essayiste et candidat tête de liste aux élections européennes pour le Parti socialiste et son mouvement, Place publique. Ce dernier avait estimé l’avant-veille que le leader des Insoumis était un “Thatcher de gauche

Quelques jours auparavant, dans un post Facebook, une autre responsable de gauche, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, accusait déjà la tête de liste du PS et de Place Publique d'avoir "soutenu publiquement Nicolas Sarkozy en 2007". 

Ils “s’appréciaient” et “s’entretenaient régulièrement” 

Impossible de retrouver une prise de position publique et claire de Raphaël Glucksmann en faveur de Nicolas Sarkozy en 2007

Néanmoins, contacté par France Inter, l'entourage de l'époque de Nicolas Sarkozy, affirme que Raphaël Glucksmann et l'ancien président “s'appréciaient”. “Ils s’entretenaient régulièrement et Raphaël Glucksmann le conseillait sur la Géorgie. On les voit même ensemble sur des photos en 2008”. 

Du reste, l'essayiste, aux cotés de son père, était présent au meeting que Nicolas Sarkozy a donné à Bercy, le 29 avril 2007, dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, indique le site de l’éditeur Denoël au sujet du livre Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, co-écrit par Raphaël et André Glucksmann. 

André Glucksmann, qui est décédé en 2015, avait apporté ouvertement son soutien à Sarkozy au cours de la campagne de 2007.Une erreur” dans “le contexte de l’époque” dira plus tard son fils dans Libération, jugeant que le président de droite avait ensuite “quitté le champ de l’acceptabilité républicaine”.  

Raphaël Glucksman, était-il, comme son père, un soutien avéré de Nicolas Sarkozy ? Manifestement agacé par la question, l'entourage du fondateur de Place publique affirme auprès de France Inter que Glucksmann n'a "jamais été sarkozyste". Le site de vérification d'informations de Libération, Checknews, lui avait posé la question directement le 18 mars dernier. Il avait eu cette réponse : "Je n’ai aucun souvenir d’une déclaration en ce sens." Raphaël Glucksmann accorde qu’il a pu croiser le chemin de l’ancien président Sarkozy “sur la question du dossier géorgien, tout en rappelant qu’il a “quand même publié une tribune dans Libération où je soulignais [ses] limites” sur le sujet.

André et Raphaël Glucksmann, en 2008.
André et Raphaël Glucksmann, en 2008. © AFP /

[MISE À JOUR, le 28 avril] Dans les pages du JDD ce dimanche, le candidat est à nouveau revenu sur cette question : "J'étais beaucoup plus libéral qu'aujourd'hui, très kouchnérien, mais je n'ai jamais été un militant sarkozyste ! Si j'ai assisté à un de ses meetings à la présidentielle de 2007, c'était pour accompagner mon père. Le discours anti-migrants n'aurait jamais pu faire de moi un homme de droite".

[MISE À JOUR, le 05 mai] Interrogé sur son passé politique dans l'émission Questions politiques, Raphaël Glucksmann assure : "Je ne vote pas pour Nicolas Sarkozy, je ne suis pas un militant sarkozyste, il faut arrêter avec cette fakenews qui me poursuit !". Il précise avoir "fait un livre pour expliquer et défendre Mai-68 face aux attaques de la droite et Nicolas Sarkozy. C'est mon père qui fait ce choix et en sort six mois plus tard sur la question des Roms. En revanche ce qui est vrai c'est que j'ai évolué sur le libéralisme."

Lorsqu'il était conseiller du président géorgien

Dès 2004, Raphaël Glucksmann avait rencontré Mikheïl Saakachvili, le président géorgien. Quelques années plus tard il avait épousé Eka Zguladze, vice-ministre de l’intérieur du pays, comme l'indique une dépêche AFP. Il était aussi devenu conseiller officieux de Saakachvili, notamment lors du conflit avec la Russie, sur la question de l’Ossétie du Sud, comme le montre ce reportage vidéo de France 24. En 2008 puis en 2011, c'est ainsi qu'il avait participé à l’organisation de voyages de Nicolas Sarkozy en Géorgie. 

Glucksmann ex-libéral ?

Comment un socialiste peut-il voter pour une personne avec un tel parcours ?” écrivait la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann dans son post Facebook mi-mars. Elle qui a d’ailleurs quitté le PS pour fonder son propre parti, Gauche républicaine et socialiste, et se rapprocher de la France insoumise, accuse Glucksmann d'être "un ancien libéral". Checknews évoque en effet une proximité un temps avec le mouvement Alternative libérale - il aurait failli être candidat du parti.

Dans une conférence de presse de Place publique, le principal intéressé explique "ne jamais eu avoir de carte, ni avoir été candidat, ni rien". Glucksmann aurait seulement, comme il l'affirme, "participé à un débat organisé par Alternative libérale sur la politique européenne". 

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