Le gouvernement et les syndicats opposés à la réforme des retraites fourbissent leurs armes avant une semaine cruciale, alors que la poursuite de la grève dans les transports menace de perturber durablement les déplacements en France.

Le premier Ministre Edouard Philippe
Le premier Ministre Edouard Philippe © Radio France / Anne Audigier

Le gouvernement veut mener une réforme en "respectant les gens" 

Le Premier ministre, Edouard Philippe, qui présentera l'intégralité du projet mercredi, doit réunir les ministres concernés en fin d'après-midi ce dimanche à Matignon avant une réunion de travail à l'Elysée autour du chef de l'Etat.  

Si chaque camp affiche sa détermination, avec notamment une nouvelle journée de grève et de manifestations prévue mardi côté syndical, le gouvernement s'efforce néanmoins de ne pas donner l'impression de vouloir passer en force.  "Je suis déterminé à mener la réforme à son terme et très soucieux de le faire en respectant les gens et en répondant à leurs inquiétudes", a déclaré Edouard Philippe au JDD. 

Si on ne fait pas une réforme profonde, sérieuse, progressive aujourd’hui, quelqu’un d’autre en fera une demain brutale, vraiment brutale. 

Face aux inquiétudes liées à la fusion des 42 régimes existants en un système universel par points, le gouvernement promet de faire preuve de pédagogie et de souplesse, notamment sur le rythme de mise en oeuvre de la réforme en fonction des spécificités de chaque profession.  

"Il y a beaucoup d'espace pour le dialogue" selon Bruno Le Maire

"Mercredi, j’expliquerai, avec beaucoup de détails, le dispositif qu’on veut construire. Et je continuerai ensuite à l’expliquer", a dit Edouard Philippe.  Pour Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, "il y a beaucoup d'espace pour le dialogue".  "La CGT défend ses troupes plus que les Français", estime-t-il. 

Bruno Le Maire invite Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, au "dialogue", alors que le système actuel des retraites est "injuste".    Le ministre de l'Economie assure, par ailleurs, que "nous ne laisserons pas tomber les commerçants" pénalisés par la grève, sans pour autant préciser les moyens de ce soutien.

Alors que le gouvernement envisage, parallèlement à sa réforme, des mesures pour ramener le système actuel à l'équilibre financier en 2025, "le calendrier (...) ça peut faire partie des sujets de discussions", a dit le ministre de l'Economie sur France 3.  

"Quand est-ce que nous faisons cet équilibre financier ? Est-ce qu'il faut prendre un peu plus de temps pour que la pente ne soit pas trop raide pour ceux qui seront concernés ? Ça ne me pose aucune difficulté", a-t-il ajouté.    

"Il faut entendre les inquiétudes et rassurer les Français ", explique la ministre des transports

Le gouvernement admet cependant un besoin de "rassurer" les Français sur sa réforme.  "Il faut entendre les inquiétudes et rassurer les Français (...) sur le fait que cette réforme, ça se passera bien et qu'on saura gérer les transitions pour qu'il n'y ait pas de brutalité dans la réforme", a dit Elisabeth Borne, ministre des Transports et de la transition écologique, dans l'émission Le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.  

Les annonces du Premier ministre mercredi permettront de "clarifier le contenu et surtout le rythme de mise en oeuvre de la réforme des retraites", a ajouté la ministre de la Transition écologique. "On ne va pas dire du jour au lendemain (aux agents de la SNCF et de la RATP) qu'on va tout changer." 

Lundi, La ministre de la Santé Agnès Buzyn et Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire aux Retraites, présentent les conclusions de la concertation aux partenaires sociaux au ministère des Solidarités et de la Santé. 

D'autre part, les ministres les plus concernés par la réforme des retraites et les dirigeants de la majorité sont conviés à un "déjeuner de calage" lundi également, à l'Elysée, selon l'entourage du président de la République.

Du côté syndical, ce discours rassurant peine à convaincre et on soupçonne le gouvernement de ne pas avoir pris la mesure de la contestation.  Après le "très beau succès" de la première journée de manifestations jeudi et de la grève à la SNCF et à la RATP, qui se poursuit ce dimanche pour une quatrième journée consécutive, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez,  affirme sur France Inter : "On ne lâchera rien" et il demande "le retrait de la réforme ainsi que l'amélioration du système actuel, reconnu comme le meilleur au monde".  "En 1995, au début de la première manifestation, le premier ministre Alain Juppé avait dit que jamais il ne retirerait son projet. Les choses évoluent vite. Et la colère est grande. Le gouvernement devrait être attentif", dit Philippe Martinez, selon lequel les ministres "sont déconnectés d’un certain nombre de réalités".  

En région parisienne, le trafic des bus, métros et RER devrait être encore "extrêmement perturbé" lundi avec de nombreuses lignes fermées en raison de la grève, a prévenu la RATP. Sur le réseau ferroviaire national, le trafic "restera fortement perturbé", a dit la SNCF.

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