Dans un débat toujours très policé mais que les candidats ont, de leur propre aveu, trouvé meilleur, des désaccords se sont poliment esquissés sur plusieurs sujets.

Sept candidats plus ou moins bien alignés (politiquement)
Sept candidats plus ou moins bien alignés (politiquement) © Maxppp / Alexandre Marchi

Un débat où, globalement, Manuel Valls s'est retrouvé plus isolé sur différentes questions, soit en marquant une différence d'opinion sur de grands sujets, soit en se voyant reprocher, logiquement, son bilan de Premier ministre sortant.

Désaccords sur les affaires étrangères

Une question qui a "marqué ce quinquennat", selon Vincent Peillon, qui en a profité pour tacler l'attitude du gouvernement sur le sujet. "J'ai le sentiment que les Français étaient plus généreux que leurs dirigeants", estime-t-il, évoquant 5 000 réfugiés accueillis, sur une promesse de 30 000. "L'accueil illimité ça n'est pas possible", répond Manuel Valls qui dit "assumer" et ajoute toutefois : "Comment être sans cœur, sans réaction face à ce drame épouvantable, notamment en Méditerranée ?" Sylvia Pinel, de son côté, a plaidé pour "un droit d'asile européen, pour que les traitements des demandeurs d'asile ne soient pas différents d'un pays à l'autre".

Positions nettement plus marquées à l'évocation de l'Europe et de ses frontières. Vincent Peillon a plaidé en faveur d'un grand plan d'investissement européen, en accord avec l'Allemagne et en échange d'une politique budgétaire "sérieuse". Opposition immédiate d'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ce dernier estimant que cela ne ferait que servir la candidature de Marine Le Pen.

Passe d'armes sur le nucléaire

Les questions écologiques étaient également au centre du débat, à la demande des candidats. L'occasion pour Jean-Luc Bennahmias de demander, dans les grandes villes, "l'interdiction du diesel pour les voitures les plus anciennes, en aidant les conducteurs les plus pauvres à changer de voiture". Sur le nucléaire et une éventuelle sortie progressive, Sylvia Pinel assure que "nous ne sommes pas en capacité de sortir à 50 % dans huit ans", évoquant aussi "l'indépendance énergétique" de la France sur le sujet.

Des propos qui font bondir François de Rugy, qui rappelle que "le carburant des centrales, c'est du nucléaire, importé à 100 % ! J'ai sursauté quand j'ai entendu Vincent Peillon dire que c'était l'énergie la plus propre, ça produit des déchets qui durent des milliers d'années." Des propos pas "bienveillants", pour le principal intéressé.

Le cannabis, feuille de discorde

Autre moment moins détendu, le débat sur le cannabis, de sa consommation à son trafic. "Quarante ans d'hypocrisie" pour Jean-Luc Bennahmias, qui estime que "la justiece a autre chose à faire que poursuivre des petits trafiquants et consommateurs". "Ce sont les bureaux de tabac qui devraient en assurer la distribution", défend François de Rugy. "Aujourd'hui on y vend tout ce qu'il faut pour faire un joint, sauf le cannabis". Même point de vue pour Benoît Hamon, qui juge que "la prohibition n'a jamais été aussi inefficace".

Inconscience, pour Manuel Valls, qui défend une ligne plus sévère sur la question, estimant "qu'il faut des interdits".

Deux ministres sur l'Éducation

Benoît Hamon et Vincent Peillon, en tant qu'anciens ministres de la question, ne pouvaient pas ignorer ce thème. Le second a assumé au nom des deux le bilan global : "Je pense que jamais autant n'a été fait pour l'école de la République depuis des décennies. Et je pense que personne ne reviendra sur les mesures prises", assure-t-il en écho aux projets de François Fillon sur le sujet. Tout comme Benoît Hamon et Sylvia Pinel, pour qui le programme du candidat de la droite et du centre fera que "les enfants issus de milieux modestes ou fragiles ne pourront plus avoir les mêmes chances."

Arnaud Montebourg, lui, n'est pas franchement convaincu par le bilan : "Il y a une fuite des inscriptions vers le privé", selon lui. Mais il assure qu'il créera des postes d'enseignants pour le primaire (sans donner l'ampleur de ce recrutement). "Les moyens, c'est important, mais il faut poser la question des méthodes", estime François de Rugy. "Celui qui est le plus à gauche, c'est pas celui qui propose le plus de créations de poste, mais celui qui encourage les enseignants qui innovent." Côté méthodes, Jean-Luc Bennahmias veut que le lycée forme à l'entrée à la fac, avec des cours magistraux.

La laïcité, sujet de désaccord classique

Le sujet rêvé pour Manuel Valls, qui en a fait l'un de ses chevaux de bataille ces dernières années : "Nous voyons bien que la laïcité est remise en cause. Par François Fillon, mais davantage dans les quartiers populaires". Il évoque notamment "la montée du salafisme", l'égalité hommes/femmes et estime qu'un "président de gauche doit porter la laïcité, c'est un combat." Arnaud Montebourg, lui, ne veut ni d'une "dictature d'une minorité" ni d'une "dictature de la majorité" sur la question. Il souhaite toutefois de la fermeté "dans la manière dont la loi de 1905 doit être mise en œuvre, voire être constitutionnalisée."

Tout le monde soutiendra le vainqueur

Seul point d'accord unanime, ce qui se passera après la primaire. Chacun à son tour, les candidats ont assuré qu'ils soutiendraient le vainqueur. Même si certains n'ont pas pu résister à un bon mot, comme Manuel Valls qui explique que oui, il soutiendra le gagnant... "C'est pour ça que je veux gagner".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.