Après les propos du ministre de l'Intérieur, rapportés par France Inter mardi, le garde des Sceaux s'est écharpé avec son collègue en début de Conseil des ministres mercredi matin. Il lui a signifié qu'il n'appréciait guerre sa critique des résultats de la liste LREM dans les Hauts-de-France aux régionales.

Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti figuraient tous deux sur la liste de la majorité aux régionales dans les Hauts-de-France
Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti figuraient tous deux sur la liste de la majorité aux régionales dans les Hauts-de-France © AFP / Martin Bureau

Le temps des visio-conférences avait semble-t-il du bon pour éviter les tensions. La scène, rarissime et rapportée comme "violente", se déroule à l'Élysée ce mercredi matin, au moment du Conseil des ministres, entre celui de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et celui de la Justice, Éric Dupond-Moretti. Le sujet ? Le premier tour des élections régionales et le faible score de la liste de la majorité dans les Hauts-de-France

Selon les informations de France Inter, avant l'arrivée du chef de l'État, l'ancien avocat est venu dire à son collègue de Beauvau qu'il n'a pas apprécié sa critique à peine voilée du résultat de la liste LREM. Avec seulement 9,1% des voix, la liste emmenée par le secrétaire d'État aux Retraites Laurent Pietraszewski et qui comptait dans ses rangs quatre autres ministres dont les deux sus-cités, n'a pas pu se maintenir au second tour.

"Trahison" et "loyauté"

Avant le début du Conseil des ministres, Éric Dupond-Moretti alpague donc Gérald Darmanin : 

"Féliciter Xavier Bertrand pour son bilan, c'est une trahison. Tu ne peux pas marcher sur tes collègues, si tes propos sont vrais, c'est pathétique."

Réponse du tac au tac de Gérald Darmanin : 

"Depuis quand on critique ceux qui gagnent des élections ?"

Le garde des Sceaux de conclure : 

"Qu'importe. Victoire ou défaite, c'est une question de loyauté." 

Le "en même-temps" de Darmanin

L'étincelle vient de notre article diffusé mardi et dans lequel le ministre de l'Intérieur, rencontré lundi à Tourcoing, se félicite de faire aux départementales "six fois mieux" que la liste régionale de Laurent Pietraszewski et de Dupond-Moretti, sur laquelle il figurait en avant dernière position. Il a notamment lancé cette pique :  

"Je pense que d'être élu local, c'est très important. Je pense qu'un homme politique doit être élu. Il a quelque chose qui lui manque de légitimité lorsqu'il n'est pas élu."

Ainsi, Gérald Darmanin s'en prend à une grande partie des membres du gouvernement (car très peu de ministres sont élus locaux) et continue de jouer sur les deux tableaux. À ses yeux, son ami Xavier Bertrand a été "récompensé pour son bilan". Mais ce "en même-temps" là, qui révèle encore une fois l'ambiguïté de la relation entre le ministre de l'Intérieur et le président sortant des Hauts-de-France, Emmanuel Macron "ne va plus le supporter longtemps", prévient un conseiller ministériel. 

De toute façon, le duo Darmanin et Dupond-Moretti "ne fonctionne pas", tance un ministre. "Ils sont trop éloignés l'un de l'autre." Les deux hommes s'étaient déjà vivement opposés il y a quelques mois autour du terme "ensauvagement" employé par Gérald Darmanin ou au moment des manifestations des policiers à Paris.