L'abstention sourit aux sortants et laisse le RN sur le bord de la route. Les ministres de la majorité présidentielle se sont pris une veste tandis que les présidentiables (Bertrand, Wauquiez, Pécresse) de droite devraient tous pouvoir profiter d'un effet tremplin.

Abstention jamais vue, large prime aux présidents sortants, le RN plus faible qu'en 2015 et la majorité présidentielle très basse sont les enseignements du premier tour.
Abstention jamais vue, large prime aux présidents sortants, le RN plus faible qu'en 2015 et la majorité présidentielle très basse sont les enseignements du premier tour. © AFP

Des élections pour renouveler les 1700 conseillers régionaux. Au soir de ce premier tour, les enseignements du scrutin sont les suivants : une abstention jamais vue pour un scrutin de la Ve République, une large prime aux présidents sortants qu'ils soient à droite ou à gauche, un RN plus faible qu'en 2015 et la majorité présidentielle très basse dans ce scrutin local. 

Une abstention record 

Ces régionales 2021, couplées aux départementales, marquent un triste record : une abstention jamais connue dans un scrutin en France, hors référendum. Moins de 34 % des Françaises et des Français se sont déplacés pour aller voter dimanche, selon les estimations de notre partenaire Ipsos/Sopra Steria. "Il ne faut pas oublier que les élections avaient eu lieu après les attentats de 2015 la dernière fois. Mais il y a des raisons bien plus graves qui en disent long sur la distance entre les Français et la politique. Comme l'ont montré nos enquêtes, ils ne connaissent pas les têtes de liste, à l'exception de quelques personnalités d'ampleur nationale, ils ne connaissent pas les attributions et les compétences des régions", explique Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique d'Ipsos. 

Prime aux sortants

Laurent Wauquiez (LR) en Auvergne-Rhône-Alpes, Xavier Bertrand (ex-LR) dans les Hauts-de-France, Carole Delga (PS) en Occitanie, Jean Rottner (LR) dans le Grand Est, Valérie Pécresse (Libres!) en Île-de-France ou Alain Rousset (PS) en Nouvelle-Aquitaine : qu'ils soient de gauche comme de droite, ces régionales offrent une prime aux présidentes et présidents sortants des régions. Ils étaient tous candidats à leur réélection, avec souvent une très large avance. 

À droite, à l'exception de Paca : 

  • Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand est en tête avec 42,1% des suffrages, loin devant le RN Sébastien Chenu (24,5%) ;
  • En Île-de-France, Valérie Pécresse caracole en tête avec 34,7% devant le RN Jordan Bardella (13,6%) et l'écologiste Julien Bayou (13,6%) ;
  • Dans le Grand Est, le LR Jean Rottner est loin devant (30,2%) le RN Laurent Jacobelli (20,6%) ;
  • En Auvergne-Rhône-Alpes, pas de concurrence pour Laurent Wauquiez (42,7%) arrivé loin devant l'écologiste Fabienne Grebert (14,9%) et le RN Andréa Kotarac (12,7%) ;
  • En Pays-de-la-Loire, là aussi, la sortante Christelle Morançais LR et UDI est en tête avec 34%, devant l'écologiste Mathieu Orphelin (18,6%) et le socialiste Guillaume Garot (6A7,6%) ;
  • En Normandie, Hervé Morin a de la marge (35,1%) devant les 20,4% du RN Nicolas Bay.

Même constat à gauche, y compris en Bourgogne-Franche-Comté et en Centre-Val de Loire où les socialistes avaient été élus de justesse en 2015 : 

  • En Bourgogne-Franche-Comté, la présidente sortante socialiste Marie-Guite Dufay se défend bien avec 26,6% en tête, devant le candidat RN Julien Odoul termine second, avec 23,6% des voix ;
  • En Centre-Val-de-Loire, le président sortant socialiste François Bonneau récolte 25,5% devant le RN Aleksandar Nikolic (22%) ;
  • En Nouvelle-Aquitaine, le sortant PS Alain Rousset fait 29,2%, loin devant la liste RN d'Edwige Diaz (17,5%) ; 
  • En Occitanie, la sortante socialiste Carole Delga récole 39,5% des voix, 18 points devant le RN Jean-Paul Garraud ;
  • Enfin en Bretagne, le sortant socialiste Loïg Chesnais-Girard recueille 21,3% des voix devant la candidate LR Isabelle Le Callenec, avec 16,1%.

Le RN bien plus faible qu'en 2015

Alors qu'il lorgnait sur trois régions, le parti de Marine Le Pen accuse le coup et enregistre un net recul par rapport aux dernières régionales de 2015. Selon nos estimations, le Rassemblement national représente 19,3% des suffrages au niveau national au terme du premier tour ce dimanche, alors qu'il pesait près de 28% lors du précédent scrutin. 

Arrivé en première position dans six régions il y a six ans, le Rassemblement national ne réédite pas cet exploit. Il n'est en tête qu'en PACA : Thierry Mariani est au coude-à-coute avec le sortant LR Renaud Muselier. Dans les Hauts-de-France, le score de Sébastien Chenu (24,5%) est bien loin des 40% récoltés par Marine Le Pen au premier tour de 2015. 

Un rôle de figurant pour LaRem et les ministres

Pour le parti présidentiel, ce premier tour a un goût amer. A moins d'un an de la présidentielle, LREM et ses alliés ont rassemblé 10,6% des suffrages, selon nos dernières estimations nationales Ipsos/Sopra Steria. Le parti ne va pas rafler de région. 

Dans les Hauts-de-France où le château avait envoyé cinq ministres, dont le médiatique Eric Dupond-Moretti, pour tenter d'affaiblir le d'ores et déjà candidat à la présidentielle Xavier Bertrand, la majorité se prend une claque: avec 9,1% LREM ne peut pas se maintenir au second tour. La tête de liste LREM Laurent Pietraszewski a dû appeler ses électeurs à voter pour Xavier Bertrand dimanche prochain pour faire barrage au RN. 

Grosse désillusion aussi dans le Centre-Val-de-Loire où la majorité se voyait en position de rafler la région, le ministre des Relations avec le Parlement (Modem) Marc Fesneau finit en quatrième position, avec seulement 16,3% des suffrages. Dans la région voisine des Pays de la Loire, l'ancien ministre d'Emmanuel Macron, François de Rugy, finit en cinquième position avec 11,7% des voix. En Bourgogne-France-Comté où on imaginait le parti présidentiel faiseur de rois, la liste reste collée à 11,9% des suffrages loin derrière la gauche, le RN et la droite.

Bertrand, Pécresse, Wauquiez : légitimité pour les présidentiables

Répétition générale de la présidentielle ? Certains, à droite en tout cas, ont des ambitions qui vont bien au-delà de leur région. Le patron des Hauts-de-France, qui fait de ce scrutin une sorte de primaire avant l'heure, arrive largement en tête (42,1%) dans la quatrième région de France et devrait logiquement l'emporter dimanche prochain. L'ex-ministre de Nicolas Sarkozy, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2022 avait dramatisé l'enjeu du scrutin en annonçant qu'il renoncerait à briguer la charge suprême s'il était battu. Il est en passe de gagner son pari.   

Valérie Pécresse (34,7%) et Laurent Wauquiez (42,7%), qui n'ont toutefois pas affiché aussi clairement leurs ambitions, sont aussi confortés par leurs scores et leur arrivée en tête au terme de ce premier tour.