Le premier tour, dimanche, des régionales et départementales a été émaillé de dysfonctionnements. De nombreux électeurs n'ont pas reçu les professions de fois et les bulletins de vote. Des erreurs imputées aux prestataires chargés de la distribution des documents électoraux.

Dans certains bureaux, il manquait des bulletins aux premières heures du vote pour le premier tour des élections régionales et départementales.
Dans certains bureaux, il manquait des bulletins aux premières heures du vote pour le premier tour des élections régionales et départementales. © Radio France / Florence Gotschaux

Régionales, départementales : quelle est l'ampleur des ratés de livraison des documents électoraux ?En amont du premier tour des élections régionales et départementales, de nombreux électeurs n'ont pas reçu les professions de foi et les bulletins de vote de candidats. Et ce malgré les alertes lancées par des responsables politiques et des électeurs s'étonnant de ne rien avoir reçu ou de retrouver des plis amoncelés dans les poubelles. Le responsable désigné de ce cafouillage est l'entreprise Adrexo, chargée depuis le début de l'année d'une partie de la distribution des documents électoraux, aux côtés de La Poste.

Les deux prestataires ont été convoquées par le ministère de l’intérieur, ce lundi matin. "42 millions de plis ont été confiés à Adrexo. (...) Ils nous disent que 1% de ces plis n'ont pas été livrés", a déclaré la ministre déléguée Marlène Schiappa, dimanche soir sur le plateau de France 2. "Il y a donc environ 21 000 électeurs qui n'ont pas reçu la propagande. C'est 21 000 électeurs de trop", a-t-elle poursuivi, ajoutant que l'exécutif était "scandalisé".

De nombreux documents électoraux non distribuées

Des chiffres qui semblent sous évalués, tant les témoignages ont afflué sur les réseaux sociaux et dans la presse régionale. Plusieurs partis, comme La France Insoumise (LFI) ou Les Verts (EELV), parlent plutôt de "dizaines de milliers d'électeurs" concernés.

Dès le mois de mai, 350 enveloppes contenant des professions de foi et bulletins du binôme Les Républicains, candidat aux départementales, étaient découvertes en partie incendiées dans la forêt d'Hérimoncourt dans le Doubs, révélait L'Est républicain. Les problèmes dans l'acheminement des documents électoraux se sont multipliés au début du mois de juin. Quelques enveloppes jetées, comme à Montbéliard dans le Doubs, ou encore des centaines des professions de foi à la poubelle, à Laval, en Mayenne.

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Dans son département, le Nord, le député LFI Adrien Quatennens publie des photos des plis électoraux mis à la poubelle ou regroupés dans une seule boîte aux lettres. Jean-François Pyl, candidat LFI pour les départementales dans le canton de Lille-4, racontait à France 3 Hauts-de-France être tombé sur "au moins une centaine de plis non distribués".

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Sur Twitter, une adjointe écologiste du Mans publie le 16 juin des photos prises, dit-elle, dans un local de l'entreprise Adrexo, sur la commune de La Flèche dans la Sarthe. On y voit des dizaines de cartons amoncelés contenant des professions de foi non distribuées.

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Des dizaines de plis électoraux contenant les professions de foi découverts au pied d'une poubelle à Ronchin dans le Nord, décrit France 3, d'autres qui n'ont pas été distribués en Ariège, rapporte La Dépêche. Certains sont arrivés en vrac à Lille, selon BFM Grand Lille, ou incomplets à Épernay, dans la Marne, indique L'Union.

Sur les réseaux sociaux, des électeurs se plaignent. "J'ai pas reçu de profession de foi papier (...) la moitié des listes ont pas mis en ligne leur profession sur le site officiel", s'indigne une électrice sur Twitter le 18 juin. "Toujours aucune profession de foi dans ma boite aux lettres", confirme un Bisontin. "Rien par chez moi non plus", répond une strasbourgeoise.

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"Vu que j'ai reçu aucune profession de foi je sais même pas ce qu'ils proposent", déplore un internaute, le jour même de l'élection. "Je suis censée aller voter mais j’ai toujours aucune info (...) Je crois que je vais pas voter", regrette une autre.

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Constatant que leurs professions de foi n'étaient pas parvenues jusqu'aux boîtes aux lettres de tous les électeurs, des partis ont pris l'initiative de les diffuser sur les réseaux sociaux, comme ces deux candidats du canton de Cossé-le-Vivien, en Mayenne, ou la tête de liste de droite en Pays de la Loire.

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Des alertes avant le premier tour

Dès le 15 juin, La France insoumise avait dénoncé des "graves défaillances" à venir dans la distribution de la propagande électorale. Le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a depuis réclamé "une commission d'enquête sur les conditions dans lesquelles s'est déroulé le vote".

"Malgré les nombreuses alertes" remontées au ministère de l'Intérieur, "la défaillance du service public national des élections est inacceptable et ne peut qu'alimenter l'abstention", avaient prévenu dans un communiqué commun les collectivités (l'Association des maires de France, l'Assemblée des départements de France et Régions de France), samedi dernier.

Le ministre de l'Intérieur, chargé de l'organisation des élections avait aussi été interpellé dès février par le sénateur de Moselle Jean-Louis Masson. Il rappelait des "dysfonctionnements graves" lors des élections présidentielles et législatives de 2017 : "Non-acheminement des professions de foi ou acheminement très tardif, erreurs dans l'envoi, envois dans la mauvaise circonscription..."

La privatisation du système de distribution en cause

La distribution des documents électoraux, autrefois exclusivement confiée à La Poste, a été en grande partie privatisée depuis quelques années. "Lors des législatives partielles [mai-juin 2021, ndlr], la distribution de la propagande électorale a été catastrophique dans les territoires où elle devait être effectuée par la société Adrexo", dénonçait mercredi dernier le sénateur centriste d'Indre-et-Loire Pierre Louault. 

Répondant à l'élu, Gérald Darmanin avait reconnu qu'Adrexo a "particulièrement mal distribué une partie de la propagande électorale", et présenté les "excuses" du gouvernement qui lui a délégué cette distribution. Le ministre avait également prévenu qu’il demandera que soit remis en question l’appel d’offres, remporté en janvier 2021 par l’entreprise pour une durée de quatre ans. 

Au premier tour des élections régionales et départementales, cette société privée, spécialiste de la distribution de publicités, était chargée de la distribution dans sept régions, incluant 51 départements - Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne France Comté, Centre-Val de Loire, Grand Est, Hauts de France, Normandie et Pays de la Loire - tandis que la Poste assurait celle de huit autres régions.

Pourquoi ces dysfonctionnements ?

L'entreprise justifie ces couacs dans l'acheminement par "une cyberattaque" dont elle aurait été victime en mai. Mais la raison est toute autre selon Philippe Viroulet, délégué central du syndicat Confédération autonome du travail (C.A.T.) du personnel d'Adrexo. La distribution de documents électoraux n'est pas le cœur de métier d'Adrexo. Spécialisée dans la distribution de prospectus publicitaires, cette société "n'a pas l'habitude de traiter de tels volumes", souligne le syndicaliste. 

Selon lui, ces dysfonctionnements sont aussi "le fruit d'un manque de personnel et probablement d'anticipation de cette opération" par Adrexo. "L'entreprise a fait le choix de se reposer non pas sur ses 17 000 distributeurs en CDI à temps partiel, mais sur des intérimaires recrutés pour l'occasion", détaille-t-il. "Mais il n'en n'ont pas eu assez : _il y avait un projet de recrutement de 20 000 intérimaires, mais il n'y en a eu qu'environ 7000_."

Pourquoi l'État a-t-il fait le choix de confier cette opération à Adrexo ? L'entreprise fait partie du groupe Hopps, basé à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), qui connait des difficultés financières depuis deux ans. Afin de lui éviter le dépôt de bilan, la société a été placée sous la surveillance du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), agence du ministère de l'économie et des finances, chargé d'aider les entreprises en difficulté.

Selon Philippe Viroulet, cette attribution de marché pour les élections était donc clairement une _"opération de sauvetage_" pour permettre à Adrexo de "sortir la tête de l'eau". L'avis d'attribution de marché public à Adrexo reste introuvable sur le site dédié, mais le représentant syndical estime son montant entre 40 et 50 millions d'euros.

Les préfets appelés à la rescousse

Dimanche matin, le secrétaire général du ministère de l'Intérieur, Benoît Albertini, a adressé un courrier aux préfets pour leur demander de superviser la mise sous pli et la distribution de la propagande électorale pour le second tour du 27 juin. Ils devront "détacher un agent de la préfecture sur les lieux où sont organisées ces opérations pour en vérifier la qualité" et "mettre en place une cellule opérationnelle de suivi de la distribution de la propagande électorale sur tout le ressort départemental"

Enfin, les préfets devront "mettre à disposition des élus un numéro de téléphone et une boîte fonctionnelle dédiée qui sera relevée en permanence pour traiter les signalements" de dysfonctionnements et un "point national sera réalisé deux fois par jour par le ministère de l’intérieur pour traiter dans les plus brefs délais les incidents signalés".

De son côté, Adrexo a annoncé la mise en place d'"un suivi de campagne spécifique au niveau local" via la création d'une "cellule d'accompagnement dédiée, à destination des préfectures, sous-préfectures et mairies et des procédures de suivi des distributions localement renforcées".