Le Premier ministre Jean Castex a présenté ce mercredi, devant les députés à l'Assemblée nationale, sa déclaration de politique générale. S'il a consacré plus de la moitié de son discours à la relance économique du pays, il a aussi évoqué les réformes en cours et celles qui vont venir d'ici à la fin du quinquennat.

Jean Castex, ce 15 juillet à l'Assemblée nationale
Jean Castex, ce 15 juillet à l'Assemblée nationale © AFP / MARTIN BUREAU

"Ressouder" la France : c'est l'objectif du Premier ministre Jean Castex, qui a esquissé ce mercredi, dans la déclaration de politique générale prononcée devant l'Assemblée nationale, ce à quoi ressembleront les 600 derniers jours du quinquennat d'Emmanuel Macron. Douze jours après sa prise de fonctions, il a détaillé, pendant une heure pile, les grands axes de sa politique en cours et à venir. 

Territoires, efficacité et consultation en première ligne

Avant d'entrer dans le détail des mesures qu'il souhaite mettre en place, Jean Castex a affiché une volonté forte de remettre la France des territoires au cœur de sa politique

"Il y a beaucoup de France qui se sentent loin, qui se sentent laissée pour compte : la France d'outre-mer, celle des banlieues, la France rurale, la France périphérique, la France de ceux qui, y compris dans nos villes n'ont pas droit à la parole". 

Pour "souder" ces France et "faire que de part et d'autre on s'écoute, on se connaisse, on se comprenne", Jean Castex souhaite faire la part belle aux collectivités territoriales : après avoir évoqué l'importance du couple maire-préfet de département dans le processus de déconfinement, il a annoncé la mise en place prochaine d'une nouvelle étape de la décentralisation, et indiqué que toutes les créations de postes qui seront permises par le projet de loi de finances pour 2021 se feront "au sein des services départementaux de l'Etat, et aucun dans les administrations centrales". 

"Pris par le haut, tous les sujets deviennent des sujets de posture ou de division. Mais traités par le bas (...), cela change tout". 

Il a ainsi proposé la création d'un "droit à la différenciation" des territoires, qui ferait l'objet d'une loi organique l'année prochaine. 

Jean Castex a aussi régulièrement, tout au long de son discours, évoqué la simplification, la rapidité, l'efficacité. "Dans un pays qui excelle dans le débat d’idées, parler d’exécution, de mise en oeuvre, efficacité opérationnelle, peut sembler trivial", explique-t-il. "C’est une affaire entendue, 'l’intendance suivra'. Depuis longtemps, l’intendance ne suit plus. Les lois que vous votez, les décrets que le gouvernement promulgue, se perdent dans des méandres sinueuses et opaques, au point d’impacter de manière lointaine et souvent incomprise la vie quotidienne de nos concitoyens", déplore-t-il, disant qu'il est selon lui "urgentissime de faire évoluer le logiciel de l'action publique". 

Autre axe majeur de sa politique : la consultation. Il l'a répété à de nombreuses reprises durant son intervention, le Premier ministre recevra vendredi à Matignon les partenaires sociaux pour une conférence où seront fixés "une méthode et un calendrier pour tous les dossiers sur la table" pour les mois à venir. De la même manière, il souhaite renforcer la démocratie directe, et a appelé de ses voeux la transformation du Conseil économique, social et environnemental (CESE) en un Conseil de la participation citoyenne. 

Industrie et écologie, principales branches du plan de relance

Le Premier ministre a consacré près de la moitié de son discours à ce que sera le plan de relance promis par Emmanuel Macron, et qui se chiffrera à 100 milliards d'euros. "Ce n'est pas rien, mais c'est une nécessité vitale", a expliqué Jean Castex. Au sein de ce plan de relance, 40 milliards d'euros seront fléchés pour l'industrie, qui "s'est affaiblie" déplore le Premier ministre, qui ajoute : "Nous sommes aujourd'hui trop dépendants de nos partenaires extérieurs et insuffisamment présents sur certains secteurs stratégiques". 

Vingt autres milliards seront, quant à eux, destinés à l'écologie, et en particulier "la rénovation thermique et le recyclage". Jean Castex, qui a évoqué l'écologie à plusieurs reprises dans son discours, s'est dit partisan "d'une croissance écologique, pas d'une décroissance verte (...). A nous de concilier transition écologique et pouvoir d'achat". Il a en outre évoqué la mise en place d'un plan vélo au niveau national, et des mesures destinées à "favoriser une alimentation de qualité locale".  

Par ailleurs, 30 milliards d'euros du plan de relance seront consacrés au prolongement des dispositifs d'activité partielle cette année, et 8 milliards supplémentaires pour l'année prochaine. Et un milliard et demi viendra renforcer des investissements supplémentaires pour la formation professionnelle

Une loi "contre les séparatismes" à la rentrée

Jean Castex avait déjà exprimé, dès sa première interview télévisée le jour même de sa nomination, son attachement à la laïcité : "Aucune religion, aucun groupe constitué ne peut s'approprier l'espace public et s'en prendre aux lois de la République". Mercredi il a annoncé la présentation au Conseil des ministres, dès la rentrée, d'un projet de loi contre les séparatismes, "pour éviter que certains groupes ne se referment autour d'appartenances ethniques et religieuses". 

Des "juges de proximité" pour les "incivilités du quotidien"

Dans la partie la plus ferme de son discours, consacrée à la sécurité, il a déclaré que "Les trafics en bas des cages d'escalier, la banalisation des violences du quotidien sont autant de faits inacceptables qui exaspèrent à juste titre les français. Ils appellent une réponse de l’Etat ferme et sans complaisance". Il a soutenu les forces de l'ordre, exprimant "au nom de la nation mon profond respect et ma gratitude" aux policiers et gendarmes, et s'engageant pour "qu'ils puissent obtenir tous les moyens humains et matériels nécessaires pour conduire leur mission". 

Il a par ailleurs annoncé vouloir créer, à partir de 2021, des postes de "juges de proximité" dans les territoires, qui auront pour mission de "réprimer les incivilités du quotidien". 

Une nouvelle concertation pour la réforme des retraites

"La crise nous invite plus que jamais à poursuivre nos objectifs vers un système de retraites plus juste et plus équitable, notamment pour les femmes et les travailleurs modestes", a déclaré Jean Castex ce mercredi. Il maintient donc l'objectif de mise en place d'un régime universel de retraites. 

Toutefois, il propose de retravailler les contours et les modalités de cette réforme : "Je proposerai que la concertation reprenne afin d'améliorer le contenu comme la lisibilité de cette réforme nécessaire", dit-il, ajoutant qu'elle devra être distinguée "très clairement" des mesures financières concernant les retraites. Le sujet sera aussi à l'ordre du jour de la réunion de vendredi avec les partenaires sociaux. 

Et aussi...

  • L'allocation de rentrée scolaire sera revalorisée de 100 euros cette année "de façon exceptionnelle", a annoncé le Premier ministre.
  • Jean Castex a rappelé que l'accord issu du Ségur de la Santé, signé lundi, prévoyait une hausse de salaires qui s'élèverait à au moins 200 euros nets par mois pour les personnels soignants dès l'année prochaine. 
  • Après les déclarations d'Emmanuel Macron mardi sur le port du masque qui pourrait devenir obligatoire dès le 1er août dans tous les lieux publics clos, Jean Castex était attendu notamment sur cette question. Il n'a pas apporté plus de précisions, se disant simplement favorable au développement du port du masque et à une intensification de la politique de dépistage
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