[scald=91583:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - L'ouverture d'une usine Renault géante au Maroc relance en pleine campagne présidentielle en France le débat sur la désindustrialisation du pays et les conséquences de la mondialisation.

Tandis que le syndicat CFDT demandait une information au niveau du groupe pour que soit précisées les conséquences sur l'emploi en France, la droite et l'extrême-droite ont fustigé l'initiative de Renault, dont l'Etat français est - à égalité avec Nissan - le premier actionnaire, avec 15% du capital.

Cette inauguration survient alors que le débat de la campagne s'oriente vers l'idée de la restauration de l'emploi industriel national, le centriste François Bayrou parlant de défendre le "made in France", le socialiste François Hollande évoquant le "patriotisme industriel" et Nicolas Sarkozy multipliant les tentatives de sauvetage de sites menacés.

Quelque 880 sites industriels ont été fermés en France depuis 2009 et environ 100.000 emplois industriels ont été perdus durant la même période, selon une étude de la société Trendeo. Pendant la même période de trois ans ont été créés 494 nouveaux sites, ce qui laisse donc un solde négatif de 385 usines en moins, dit l'étude.

Le chômage est par ailleurs au plus haut depuis douze ans en France et beaucoup de candidats font le rapprochement entre les deux phénomènes.

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, deuxième syndicat français, a exprimé un point de vue mitigé sur l'événement, exprimant en premier lieu sa satisfaction de voir des emplois créés dans un pays pauvre.

La baisse de l'immigration légale est actuellement un voeu du gouvernement français, qui s'est fixé des objectifs pour la réduire.

"Beaucoup de gens disent qu'il y a trop d'immigration en France, c'est bien aussi que les Marocains aient du travail", a-t-il dit sur France info. Selon lui, les salaires payés localement, de l'ordre de 240 euros par mois, soit quatre fois moins que le Smic français, finiront fatalement par augmenter, comme cela fut le cas en Roumanie.

LE FN ET LA DROITE CRITIQUENT RENAULT

François Chérèque estime qu'il peut y avoir cependant de l'inquiétude quant à la production de certaines gammes en France comme la Renault Scenic.

"La CFDT demande qu'il y a ait un débat au niveau du groupe sur les conséquences de cette ouverture au Maroc sur les gammes assemblées en métropole, les achats, l'investissement en recherche et développement, l'emploi", a-t-il dit.

La direction réplique qu'il ne s'agit pas véritablement d'une délocalisation, puisqu'aucun site français n'est fermé pour ouvrir ces nouvelles capacités. Le P-DG de Renault-Nissan Carlos Ghosn, sur la radio RTL, a fait valoir qu'il était impossible de produire à bas coûts en Europe de l'Ouest.

Il a rappelé toutefois que le plan stratégique de Renault à moyen terme prévoyait chaque année une augmentation de la production du constructeur en France.

L'ancien ministre de l'Industrie Christian Estrosi (UMP) a pourtant fustigé le comportement de la société. "Cette annonce est tout à fait insupportable voire scandaleuse. (...) C'est un comportement amoral", a-t-il dit sur RTL.

Lorsqu'il était ministre, Christian Estrosi avait protesté en vain en 2010 après l'annonce d'un possible développement de la production de Renault en Turquie.

"Je considère que Carlos Ghosn n'est pas respectueux des engagements qu'il doit tenir vis-à-vis de son principal actionnaire qu'est l'Etat français", a dit Christian Estrosi.

L'ancien président UMP du Sénat Gérard Larcher a lui aussi exprimé des réserves. "J'ai envie que Renault produise aussi en France, à Douai comme en vallée de Seine, j'ai aussi envie que Renault travaille avec des sous-traitants français", a-t-il dit sur LCI.

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, candidat de droite à la présidentielle, a dit sur BFM TV ne pas croire en une stratégie qui consiste selon lui à rechercher les coûts les plus bas.

Le vice-président du Front national Louis Aliot parle de "système absolument fou". "Nos territoires se vident avec l'argent prêté par la France et l'Union européenne, c'est un véritable scandale", a-t-il dit sur Europe 1.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

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