[scald=91339:sdl_editor_representation]par Gilles Guillaume

TANGER (Maroc) (Reuters) - Renault, l'un des inventeurs du monospace avec l'Espace dans les années 1980, entend à nouveau créer l'événement sur ce segment familial, mais en lançant cette fois un modèle positionné à l'autre extrémité de la gamme, produit hors de France, à Tanger au Maroc.

En plein débat sur l'avenir du "made in France", l'ouverture d'une grande usine à 14 kilomètres des côtes européennes, desservie par le port géant de Tanger Med et où les coûts salariaux seront plus de quatre fois inférieurs au salaire minimum français, ne manquera pas d'alimenter la polémique suscité par les "délocalisations".

Le PDG du groupe au losange, Carlos Ghosn, et le roi du Maroc Mohammed VI inaugurent ce jeudi une usine flambant neuf à Tanger, d'où sortira le Lodgy, dernier né de Dacia, la marque low-cost du groupe. Le véhicule, déclinable en cinq ou sept places, est destiné au bassin méditerranéen mais sera également commercialisé en Europe à partir de 10.000-12.000 euros, selon des estimations, soit deux fois moins que le Renault Scenic ou le Volkswagen Touran.

"Il n'y a que du bien à attendre d'une telle usine en termes de production et de coûts", commente Philippe Barrier, analyste automobile à la Société générale. "Le groupe élargit encore sa gamme et va au plus près du marché. Il s'assure aussi une base de production imbattable."

Lodgy sera dévoilé en mars au prochain salon de l'automobile de Genève. Dans le courant de l'année, il se partagera l'usine de Tanger avec un petit utilitaire Dacia.

Avec ces modèles, Renault tentera de prolonger le succès d'une famille de véhicules destinée initialement aux pays émergents - les berlines et break Logan, la citadine Sandero et le 4X4 Duster - mais qui s'est taillée rapidement un vif succès en Europe occidentale auprès d'automobilistes à la recherche de voitures bon marché et sans fioriture.

Depuis le lancement de la première Logan en 2005, Renault assure que la gamme Dacia ne cannibalise pas la marque au losange. Selon le groupe, elle grignote surtout le marché de l'occasion, séduisant des acheteurs qui n'envisageaient pas jusqu'ici d'acquérir un véhicule neuf. Mais dans la période de crise actuelle, les deux nouveaux modèles programmés à Tanger pourraient intéresser un public plus large.

"On considère que c'est l'usine de tous les dangers", commente Fabien Gache, délégué syndical central CGT chez Renault. "Les deux véhicules, qui sont des Scenic et des Kangoo loganisés, vont venir télescoper les parts de marché de Renault en Europe en cas de réimportation massive."

INTERNATIONALISATION

Le site s'inscrit dans la stratégie d'internationalisation des ventes du groupe: comme tous les constructeurs, Renault cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis d'un marché européen atone depuis la fin des dernières primes à la casse, et estime que ses ventes hors d'Europe devraient représenter 47% de ses ventes totales à la fin de l'année.

Sur ses nouveaux marchés, le programme "entry", badgé Dacia en Europe mais Renault ailleurs dans le monde, joue un rôle d'ambassadeur pour l'ensemble du groupe. Sur les 2,72 millions de véhicules vendus en 2011, le low-cost a représenté près d'un tiers du total, contre plus du quart en 2010.

Le poids des véhicules Renault, tels qu'on l'entend en Europe, baisse donc mécaniquement, tout comme la production du groupe en France, phénomène que l'ouverture de Tanger va encore accentuer.

Renault a produit 646.319 véhicules - voitures et utilitaires légers - dans l'Hexagone en 2011, soit une progression de 1,5% par rapport à l'année précédente. En revanche, si l'on prend les seules voitures, la production Renault sur le sol français a baissé l'an dernier de 6,4% à 444.862 unités, tandis que celle de Citroën a augmenté de 10,4%, et que celle de Peugeot est restée stable (-0,8%), selon les chiffres du Comité des constructeurs français d'automobiles

(CCFA).

Désormais, Renault réalise seulement un quart de sa production et de ses ventes en France. PSA produit de son coté 44% de ses véhicules dans l'Hexagone, qui a représenté en 2011 22,6% de ses ventes mondiales.

LA "PETITE" SOEUR DE PITESTI

L'usine de Meloussa s'étend sur un terrain de 300 hectares, plus vaste que le site Renault de Flins. Le chantier, repris en main par Vinci en raison de sa complexité, représente un investissement de 600 millions d'euros, qui pourra être porté jusqu'à un milliard en fonction de la variété des modèles qui sortiront des lignes.

Le projet est financé par Renault, mais en tant qu'usine de l'alliance, elle pourra aussi produire à l'avenir certains modèles du partenaire japonais Nissan.

Le site marocain est conçu comme une extension de l'usine de Pitesti, en Roumanie, qui tourne désormais à pleine capacité. Plutôt que d'agrandir le site historique de Dacia, Renault a préféré construire de toutes pièces une nouvelle usine, aidé dans sa décision par des coûts salariés inférieurs de près de moitié à la Roumanie et par d'importants avantages fiscaux: exonération de charges pendant deux ans et d'impôt sur les sociétés pendant cinq ans.

La capacité maximale pourra à terme atteindre 400.000 unités une fois que la deuxième ligne de production aura été mise en service en 2013. Dans un premier temps, la première ligne aura une capacité de 170.000 véhicules en année pleine.

Edité par Jean-Michel Bélot

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.