Si l'existence de réunions non-mixtes au sein du syndicat étudiant fait bondir la droite, elle met aussi en lumière une ligne de fracture au sein de la gauche, très divisée sur le sujet.

Jugées "nécessaires" pour certains, "dangereuses" par d'autres, les réunions non-mixtes divisent la gauche
Jugées "nécessaires" pour certains, "dangereuses" par d'autres, les réunions non-mixtes divisent la gauche © Radio France / Lorélie Carrive

Ceux qui pensaient le débat clos en seront pour leurs frais. Les déclarations d'Audrey Pulvar, samedi, autour des réunions non-mixtes de l'Unef, ont relancé la polémique qui agite la classe politique depuis plus de dix jours maintenant. 

De quoi s'agit-il ? Du 2e syndicat étudiant dont la présidente, Mélanie Luce, justifiait le 17 mars sur Europe 1, l'existence, deux fois par an, de réunions "non-mixtes" pour "permettre aux personnes touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu'elles subissent". Tollé à droite où l'on accuse l'Unef de racisme et de séparatisme, certaines voix réclamant la dissolution du syndicat. Le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer a lui estimé que ces pratiques pouvaient mener à "des choses qui ressemblent au fascisme". La gauche, dont une partie des responsables a fait ses premières armes au sein de l'Unef, est plus divisée sur le sujet. Passage en revue des différentes prises de position.

Éric Coquerel (FI) : "Les réunions non-mixtes, c'est vieux comme le mouvement féministe"

"Les réunions non-mixtes c’est vieux comme le mouvement féministe. Vieux comme le mouvement ouvrier qui n’invite pas les patrons. Vieux comme les Étudiants Juifs de France ou les Jeunes Ouvriers Chrétiens", a déclaré le député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. "En fait ce qui dérange c’est quand ça concerne des noirs et des arabes."

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Julien Bayou (EELV) : "utile et nécessaire"

Le secrétaire national d'Europe Écologie les Verts a également apporté son soutien à l'Unef, jugeant "navrants" les appels à la dissolution du syndicat. "Qu'une organisation soutienne des mesures pour permettre à chacun-e de trouver sa place est utile, nécessaire", a-t-il twitté.

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David Cormand (EELV) : "une inversion des valeurs"

L'eurodéputé écologiste a défendu ces réunions non mixtes, nécessaires selon lui à "la prise de conscience" des victimes de racisme. David Cormand dénonce une "sorte d'inversion des valeurs" dans laquelle "les personnes qui luttent contre le racisme sont taxées de racisme".

Jean-Luc Mélenchon (FI) : "Des gens discriminés pour des raisons de race ont besoin de se retrouver"

À Amiens, mardi dernier, lors d'un échange avec des membres de l'Unef, le leader de la France Insoumise s'est d'abord montré prudent, déclarant : "Ces groupes de parole, j'ai pas vraiment d'avis, je sais pas comment ça marche". Jean-Luc Mélenchon évoque ensuite les réunions réservées aux femmes organisées par le MLF au début des années 1970. 

Le ton se fait ensuite plus véhément. "Pourquoi dire, raconter des mensonges en disant qu’ils font des réunions interdites aux blancs ? Quand les alcooliques anonymes se réunissent, c’est par haine de ceux qui ne sont pas alcooliques ? Quand des femmes se réunissent, c’est par haine des hommes ? Bien sûr que non. Il y a un contenu raciste à cette idée. C’est l’idée que si des gens noirs se réunissent, c’est pour haïr les blancs. La vérité c’est que des gens qui ont été discriminés pour des raisons de race ont besoin de se retrouver."

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Audrey Pulvar : "Pas question de jeter dehors un blanc, en revanche on peut lui demander de se taire"

Interrogée samedi sur BFM TV, l'adjointe à la mairie de Paris et candidate aux élections régionales en Île-de-France a d'abord souligné que "la République doit être chez elle partout". Avant d'ajouter : "Mais parfois la République ne tient pas ses promesses (...). Que des personnes discriminées pour les mêmes raisons et de la même façon sentent la nécessité de devoir se réunir entre elles pour en discuter, ça ne me choque pas profondément". 

Indiquant préférer les réunions "réservées à" plutôt que "interdites à", Audrey Pulvar a estimé que si une "femme blanche, un homme blanc" venait à ces réunions, il n'était "pas question de le jeter dehors", "en revanche on peut lui demander de se taire, d'être spectatrice ou spectateur silencieux".

Yannick Jadot (EELV): "Dès qu'on passe à la décision, il faut sortir de la non-mixité"

Les réunions non-mixtes "ne sont pas mon histoire militante", a déclaré Yannick Jadot sur France Inter. "Qu'il y ait des groupes qui permettent de libérer la parole, ça ne me pose pas de problème", a-t-il poursuivi. "En revanche, dès qu'on passe à la décision, à la délibération, il faut sortir de la non-mixité, ça doit redevenir universel." L'eurodéputé écologiste marque son désaccord avec l'idée de "spectateur silencieux" évoquée par Audrey Pulvar. "Un groupe de parole n'est pas une scène de théâtre où il y a des spectateurs et où il y a celles et ceux qui ont le droit de parler."

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Manuel Valls : "Les réunions 'racialisées' légitiment le concept de race"

Opposé à une dissolution de l'Unef qui, selon lui, n'aurait aucun sens, l'ancien Premier ministre socialiste appelle plutôt à combattre les atteintes portées à l'universalisme. Sur France Inter la semaine dernière, Manuel Valls déplorait ainsi "la dérive libérale, libertaire" qui touche "toute la gauche depuis longtemps mais aussi l'enseignement et le syndicalisme étudiant.

Au micro d'Europe 1 ce lundi, il s'est montré plus virulent encore, évoquant un "naufrage politique et culturel". "Quand on organise des réunions 'racialisées', on légitime le concept de race, et c'est insupportable. C'est une régression, pas seulement pour la gauche, mais aussi pour la République."

Anne Hidalgo (PS): une pratique "très dangereuse"

À la différence de son adjointe Audrey Pulvar, Anne Hidalgo a jugé "très dangereux" le principe d'organiser des réunions non mixtes. "Mes convictions sont des convictions républicaines", a insisté la maire PS de Paris. "Il faut qu'on arrive à mieux faire partager en quoi les valeurs républicaines et la laïcité sont un trésor qui nous permet de vivre ensemble, quelles que soient nos convictions, intimes, religieuses ou politiques."

Fabien Roussel (PCF): "Les réunions segmentées divisent le combat"

Sans universalisme des luttes, point de salut. "Je pense que les réunions segmentées selon la couleur de sa peau, sa religion ou son sexe, ça divise le combat", a martelé Fabien Roussel, secrétaire national du parti communiste. "Nous devons nous battre ensemble pour l'égalité des droits, des citoyens."

Olivier Faure (PS): "une dérive incroyable" 

Le Premier secrétaire du PS, ancien militant de l'Unef, dit "ne pas se reconnaître" dans l'action du syndicat étudiant, et déplore "une dérive incroyable". "Sur un sujet comme le racisme, la question n'est pas de séparer mais de fédérer l'ensemble du milieu étudiant contre les discriminations", tance Olivier Faure. "Ce que je vois aussi comme danger dans ces réunions non mixtes, c'est l'idée que sont légitimes à parler du racisme les seules personnes qui en sont victimes. Or, c'est l'inverse qu'il faut chercher. Moi je suis un républicain, un universaliste et un laïque." 

Rachid Temal (PS) : "Fétichiser la race, c'est à vomir"

Rachid Temal, sénateur socialiste et ancien coordinateur national du PS n'a pas mâché ses mots. "Fétichiser la race, comme le fait la présidente de l'Unef c'est du racisme ! À vomir. À combattre", a-t-il écrit sur Twitter.

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