Le 3 avril sort “J'veux du soleil”, film “road-trip” qui raconte le périple de François Ruffin et de son co-réalisateur Gilles Perret à la rencontre de “gilets jaunes” sur les rond-points de France. Nous l'avons vu pour vous.

Copies d'écran d'une scène du film "J'veux du soleil" de François Ruffin et Gilles Perret (Production Les400 Clous, Distribution Jour2Fête), en salles le 3 avril.
Copies d'écran d'une scène du film "J'veux du soleil" de François Ruffin et Gilles Perret (Production Les400 Clous, Distribution Jour2Fête), en salles le 3 avril. ©

François Ruffin fait… du François Ruffin. Du “parler-vrai”, des “vrais gens” et la “vraie vie” : le 3 avril sort le film qu’il co-réalise avec le documentariste Gilles Perret, J’veux du soleil. Un “road-trip”, dit-il, à travers le pays, au volant de sa Citroën Berlingo, d’Amiens jusqu’à la Méditerranée, résumé de ses rencontres sur les ronds-points (et un peu plus que ça). En avant-première, France Inter a pu voir le film du député de la Somme qui met en avant la “douce France” des “gilets jaunes”.

C’est d’ailleurs avec la chanson de Charles Trenet que débute l’heure et quart du film : “Cher pays de mon enfance, bercé de tendre insouciance”. La France heureuse, souriante, légère. Images des blocages sur les ronds-points ; le jaune fluo prédomine, l’ambiance bon enfant aussi. Le montage, clairement engagé (quitte à frôler le manichéen), met en parallèle les images des "ennemis" (allocutions présidentielles, interviews de ministres, billets d'éditorialistes) et rappelle son précédent film, le césarisé “Merci Patron”. Le “député-reporter”, fondateur du journal Fakir qui se dit "fâché avec tout le monde ou presque", veut là montrer que le mouvement n’est pas celui de “fachos” comme peuvent le sous-entendre les séquences qu’il choisit d’extraire des chaînes info en continu.

Début décembre 2018, François Ruffin s’élance donc pour une semaine de route. De la Somme, direction l’Oise, puis la Saône-et-Loire, l’Isère, la Haute-Savoie, l’Ardèche, le Gard et enfin les Bouches-du-Rhône. De ce voyage, Gilles Perret et lui reviendront avec plus de 24 heures d’images.

Parti-pris assumé, empathie et bienveillance

Sur les campements, le député semble être accueilli à bras ouverts. Il tutoie, les “gilets jaunes” aussi et ces derniers se confient à lui, racontent leurs histoires personnelles, leurs parcours respectifs. L’un d’entre eux, dans l’Oise, raconte qu’il a trouvé un boulot sur un rond-point : “Ça marche beaucoup mieux que le Pôle emploi !”. Tous s’en prennent à Macron. Rappellent l’affaire de la piscine, à Brégançon, la vaisselle et la rénovation de l’Élysée avec sa nouvelle “moquette en poils de cul de belette”, raille un “gilet jaune”.

Sans surprise, Ruffin assume son parti-pris et son regard, empathique, bienveillant, parfois même tendre. Il est sur le terrain, sait faire parler “les gens” ; et ce qu’elles et ils racontent est souvent bouleversant. Au-delà des giratoires, il s’invite chez Cindy, Serge, André et les autres. Ils sont retraités, sans-emploi, intérimaires et racontent la pauvreté, la précarité, l’isolement, les frigos vides. Cindy justement (extrait vidéo), mère de famille, raconte que la “porte ouverte” des “gilets jaunes” lui donne envie “d’apprendre la politique”. “On est demandeurs, on a envie de comprendre, mais quand on nous berne depuis aussi longtemps... Aujourd’hui, il y a une petite porte ouverte, une petite lumière. Je vois du soleil, derrière. Du jaune. Pas la tempête”, sourit-elle.

Dans l’intimité, chez Marie à La Barque (Bouche-du-Rhône), Ruffin écoute son quotidien, son témoignage. Celle d’une femme divorcée, qui “un mois avant” n’aurait jamais raconté son histoire devant une caméra. Marie, elle aussi, veut du soleil.

Avec ce film, Ruffin ne raconte peut-être pas “les gilets jaunes” mais “des gilets jaunes”. Ceux qui l'ont porté ou le portent encore aujourd’hui. C’est sans détour, brut, donc sans solution imposée.Une brèche est ouverte dans les consciences” conclut-il. Et après, que faire ? Peut-être le début de quelque chose pour François Ruffin qui, depuis plusieurs semaines se déplace, avec Gilles Perret, pour présenter le documentaire à travers le pays, avant sa sortie en salle (Grenoble, Marseille, etc.) Film tout au long duquel il s'amuse à interroger ses interlocuteurs : “Si j'étais président, tu me dirais quoi ?” Prémonitoire ?

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