Elle est née à Paris, a fait ses études à Sciences-Po, a vécu des années en France. La franco-géorgienne, 66 ans, pourrait être élue dimanche présidente de la petite république du Caucase dimanche. Soutenue par le parti au pouvoir, elle fait face à 24 candidats. Portrait de la plus française des géorgiennes.

Salomé Zourabichvili a été ministre des Affaires étrangères de Géorgie entre 2004 et 2005
Salomé Zourabichvili a été ministre des Affaires étrangères de Géorgie entre 2004 et 2005 © AFP / Gérard Cerles

Salomé Zourabichvili, naît à Paris en 1952 dans une famille d'émigrés géorgiens. Son père a quitté la Géorgie en 1921, à l'âge de 14 ans. Sa mère est née à Istanbul. Ses parents font leurs études en France. Salomé Zourabichvili raconte dans une interview réalisée par l'ambassade de France à Tbilissi : 

Je suis née en France donc à proprement parler, je ne suis pas une immigrée, je suis une "vraie Française, Française" comme disait ma mère quelque fois (rires). Mais malgré tout élevée avec deux grand-mères à la maison parlant géorgien, ma première langue

Cette fille d'immigrés ne parle pas un mot de français à son arrivée dans une école parisienne. Au domicile familial, on communique en géorgien, même si les parents parlaient déjà français avant de quitter Tbilissi dans leur jeunesse. Dans un portrait tiré en 2004 par Libération, Salomé Zourabichvili se souvient : 

Pour moi, le fait de parler géorgien à la maison avait un petit côté mystérieux, romantique 

Elle fait ses études à Sciences Po Paris (1969-1972) et à la Columbia University, school of international affairs & russian institute (1972-1973).

Elle sort de ses études polyglotte : en plus du géorgien et du français, elle parle couramment italien et anglais et possède des bases en russe et en allemand. 

Une carrière au service de la France

Salomé Zourabichvili décide de faire carrière dans le monde de la diplomatie. A la sortie des bancs de l'université, elle travaille à l'ambassade de France à Rome. Suivront un poste aux Nations Unies à New York à la fin des années 1980, un retour au quai d'Orsay de 1980 à 1984, puis l'ambassade française de Washington jusqu'en 1988, et celle de N'Djamena, au Tchad. 

La diplomate passe dans les années 1990 à l'OTAN, où elle est conseillère politique. Elle revient en France en 1996 pour conseiller le ministre des Affaires étrangères. Salomé Zourabichvili travaille enfin pour le bureau du Premier Ministre français de 2001 à 2003, à la tête des affaires internationales et stratégiques. 

Le retour aux racines 

Mais vient un tournant au début des années 2000. Elle raconte dans une interview réalisée par l'ambassade de France en Géorgie : 

J'ai choisi ce qu'il y a de plus français, à savoir la diplomatie française, mais avec en arrière pensée l'idée que si un jour la Géorgie était indépendante, [que je travaille pour ce pays] ça serait sans doute ce qui lui serait le plus utile

La Géorgie indépendante de l'URSS depuis 1991, Salomé Zourabichvili peut réaliser son souhait. En mars 2003, elle est nommée ambassadrice à Tbilissi par le président français Jacques Chirac. En 2004, le président géorgien, Mikheil Saakachvili, lui accorde la nationalité géorgienne, prélude obligatoire à d'autres fonctions plus politiques au sein du régime de Tbilissi. 

La carrière politique après la diplomatie 

Dans la foulée le chef de l'Etat la nomme ministre des Affaires étrangères, en accord avec Jacques Chirac. Et Salomé Zourabichvili se met au travail : 

Mon grand rôle c'était les liens avec l'Europe et la France, et la réforme de mon ministère. Evidemment, je me suis inspiré du seul modèle que je connaissais, le modèle français car j'avais 30 ans de carrière au quai d'Orsay

Le président géorgien la limoge l'année suivante. Remerciée, Salomé Zourabichvili crée alors son propre parti politique : la "Voie de la Géorgie", un mouvement pro-occidental et libéral. Elle le dirige jusqu'en 2010, date à laquelle elle décide de revenir en France. Elle est ensuite élue comme candidate indépendante au Parlement géorgien en 2016. 

C'est aujourd'hui sous cette même étiquette indépendante, mais soutenue par le parti au pouvoir, "Rêve géorgien", contrôlé par Bidzina Ivanichvili, l'homme le plus riche du pays, qu'elle se présente pour prendre la tête du pays. Son principal rival : Grigol Vachadze, 60 ans, ministre des Affaires étrangères de 2008 à 2012, et soutenu par une plateforme qui rassemble onze partis d'opposition conduits par la formation de l'ancien président, Mikheïl Saakachvili, le "Mouvement national uni" (MNU). 

Outre ces deux favoris des sondages, 23 autres candidats se présentent à l'élection présidentielle. La présidence géorgienne est surtout un poste de représentation, depuis que la majorité des pouvoirs exécutifs a été transférée ces dernières années au Premier ministre. Le chef de l'Etat conserve toutefois une influence politique. 

Critiquée pour son rapport à la Géorgie

La Géorgie, petit pays de 3,7 millions d'habitants dans le sud du Caucase, est un allié des Etats-Unis dans la région, et souhaite rejoindre l'Union européenne et l'Otan. 

Tbilissi entretient des relations tendues avec son grand voisin russe, en témoigne la courte guerre d'août 2008 en Ossétie du Sud. Et lors de la campagne électorale, Salomé Zourabichvili a été vivement critiquée pour avoir déclaré que ce conflit contre la Russie avait éclaté parce que la Géorgie avait commis l'erreur de répondre aux "provocations russes".  Elle avait ajouté : 

En tant que présidente, je ne céderai jamais aux provocations. Quand on est un petit pays, il faut être plus intelligent que son ennemi

C'est ce genre de phrases qui pour certains géorgiens ne passe pas, rapporte le journal La Croix.  "Ses propos sont repris mot pour mot par Poutine", rapport au quotidien le politologue Thornike Sharashenidze. 

Mais la candidate ne se démonte pas et soutient : 

Notre direction c'est l'Otan et l'Union Européenne. Il n’y a pas d’alternatives. La Russie n’offre aucune perspective. 

Aujourd'hui, ses concurrents pour la présidence de la Géorgie critiquent également sa maîtrise, selon eux relative, de la langue géorgienne, ses approximations lexicales et ses petites phrases. Ils mettent aussi en doute son patriotisme, elle qui ne possède la nationalité géorgienne "que" depuis 2004 et qui ne s'est rendue pour la première fois en Géorgie qu'en 1986.

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