Sarko TV vs Canal Hollande

par Servane Metzger-Corrigou, JDLP à Paris

«C’est par la télé que Marine Le Pen entre dans les foyers français . » Un constat signé Jean-Luc Mélenchon au cours de l’émission Des paroles et des actes qui lui était consacrée il y a deux semaines. *

Mais cette remarque vaut pour TOUS les candidats à l’élection présidentielle. A quelques heures de l’intervention de Nicolas Sarkozy en simultané sur six chaines, revenons à la folle semaine de François Hollande .

En qualité d’étudiante quasiment aussi accro à la télévision qu’à la politique j’ai observé et tenté de décortiquer trois moments télévisuels plus ou moins forts : le discours du candidat socialiste dimanche au Bourget retransmis en direct par BFM TV , le débat (ou devrais-je dire le duel) entre Manuel Valls et Jean-François Copé dans Mots croisés lundi soir et enfin la prestation de deux heures et demi de François Hollande sur France 2 jeudi soir.

Dimanche 14h58 – Discours du Bourget avant/après

20 minutes avant le meeting du Bourget, la présentatrice de BFM TV annonçait un discours fleuve dominé par l’émotion et la passion. Pourtant cette allocution ne m’a pas convaincu sur les questions de fond. Ce n’était sans doute pas le propos. Ce meeting ne semblait être que la première étape d’une construction médiatique, celle d’un personnage candidat à l’élection présidentielle.

Quelles étaient les aspirations des uns et des autres dimanche dernier ? Déterminer si le candidat Hollande avait la stature pour prétendre accéder aux plus hautes fonctions de la République.

Mention réussie dans le domaine de l’art oratoire. En effet, certains passages du discours ne se contentaient pas de transcender le militant mais accrochaient aussi le téléspectateur du dimanche habitué à écouter les discours politiques d’une oreille distraite. Le petit effet de suspense pour présenter un adversaire qui n’avait ni visage, ni parti (le monde de la finance) l’envolée lyrique sur les questions d’égalité, de justice et sur les enjeux de la jeunesse qu’il veut placer au cœur de son hypothétique mandat. Au final, une forme maitrisée, un fond caution à débat

Mots croisés lundi soir – Copé VERSUS Valls

Conséquence, j’attendais beaucoup du débat télévisé orchestré le lendemain soir par Yves Calvi dans Mots Croisés . Cette fois ci le fond allait l’emporter sur la forme. Mais très vite, en dépit de la présence de journalistes dits observateurs, la conversation a pris les traits d’une guéguerre stérile et dépassée entre Manuel Valls et Jean François Copé : à chacun ses chiffres, duel de petites phrases inutiles, et indifférence à l’égard des autres candidats comme si la prédiction de sondages éliminait de facto tous les autres prétendants. Une condescendance mal à propos compte tenu de la pauvreté de l’échange.

En somme, le PS s’extasie après le discours du Bourget, l’UMP crie à l’imposture et à l’irréalisme et puis… rien ! Yves Calvi ne parvient pas à amener ses invités aux delà des clichés. Mots Croisés livre alors un débat de politique politicienne des plus traditionnels et pas forcément des plus intéressants.

Des paroles et des actes, jeudi soir – 5,4 millions de téléspectateurs, 21,8% de part d’audience

Après la grande épopée lyrique de dimanche au Bourget et la non-analyse de lundi soir, l’enjeu pour François Hollande était ce jeudi de convaincre que l’on peut être de gauche et pragmatique. Si la télévision est la fenêtre de campagne sur une large partie de la population française, elle est aussi un examen de crédibilité pour les candidats.

Mis à part le débat ultra technique avec Alain Juppé qui a plus déstabilisé le téléspectateur que François Hollande , les journalistes se sont contentés encore une fois de travailler seulement la forme. Doit-on contrarier sa nature pour être président de la République ? Le candidat socialiste admet volontiers que la construction d’un personnage de présidentiable fait partie de la campagne et que cette transformation doit être au service des idées que l’on défend.

La faute à un système établi ? Depuis 1958, la France de la Ve République accorde sa confiance à un homme en jetant un œil seulement sur les grandes lignes du projet souvent porté par une communication habile. Etre Président de la République est une vocation, pas un métier. C’est la culture de l’homme providentiel. Et François Hollande pour l’heure ne l’incarnerait pas ! C’est tout l’enjeu de sa campagne mais nous sommes encore et toujours sur la forme.

Et les attaques de l’UMP en restant sur ce terrain là ne produisent rien d’efficace . Au lendemain de l’émission, c’est l’arrogance du candidat socialiste qui est attaqué et les pics tournent autour de ce thème.

A la fin de cette semaine médiatique éprouvante, on retiendra que trop de communication tue la communication et trop d’assurance est contre productif. Mais avant que Sarko TV ouvre son programme, Canal Hollande a su rester efficace sur la forme.

La forme ; cette matière que le pouvoir de l’image transforme en fond, mais ce n’est qu’une illusion . Un mirage. Certes, rien de nouveau en 2012 sur ces pratiques politico médiatiques en campagne électorale. L'image est un miroir déformant et les politques aiment s'y complaire. De ce point de vue, le changement n’est pas pour maintenant.

par Servane Metzger-Corrigou & Eric Valmir

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