[scald=92059:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - François Hollande poursuit sans ciller sa route vers l'élection présidentielle dont il est plus que jamais le favori, faisant mine d'ignorer les préparatifs d'entrée officielle en campagne de son principal adversaire, Nicolas Sarkozy.

Pour les proches du candidat socialiste, la machine de "l'illusionniste" Sarkozy est grippée avant même sa mise en action prévue la semaine prochaine, avec un premier grand meeting à Marseille le 19 février.

"Nicolas Sarkozy est candidat depuis longtemps aux frais de l'Etat", commente le député-maire PS de Cherbourg Bernard Cazeneuve. "Il ne fait que confirmer par les propos ce qu'il a depuis longtemps établi dans les faits. C'est un non-événement".

Najat Vallaud-Belkacem, autre porte-parole du prétendant à l'Elysée, y voit des avantages : "Que Nicolas Sarkozy affronte son bilan, qu'il clarifie son projet. Le débat n'en sera que plus clair et compréhensible, et la campagne plus équitable".

Claude Bartolone, membre de l'équipe de campagne, est d'autant moins inquiet que "les Français n'y croient plus".

"Nicolas Sarkozy est un illusionniste dont les Français connaissent tous les tours", a-t-il dit à Reuters.

"Il a été suivi par 16,5 millions de personnes à la télévision sans pour autant progresser plus que Hollande dans les sondages : on a beau l'installer en tête de gondole, les gens n'achètent plus", analyse le député de Seine-Saint-Denis.

En attendant le coeur de la bataille, François Hollande multiplie les coups de semonce contre le "président qui ne le sera peut-être pas très longtemps", brièvement salué mercredi au dîner du Crif et qu'il pourrait croiser samedi soir dans les tribunes du stade de France pour un match du Tournoi des Six Nations entre la France et l'Irlande.

Jeudi dans le Loiret, le député de Corrèze a fustigé "la manie" présidentielle "d'opposer les Français entre eux", balayant en outre l'idée du chef de l'Etat d'organiser des consultations sur des sujets de société : "Le prochain référendum, c'est l'élection présidentielle !"

COUREUR DE 400 MÈTRES

Dans une tribune publiée vendredi dans Libération, la première secrétaire du PS Martine Aubry commente elle aussi l'interview présidentielle au Figaro-Magazine.

"M. Sarkozy commence sa campagne de 2012 comme il a gouverné depuis 2007 : en voulant désigner des boucs émissaires -les chômeurs, les étrangers, les homosexuels, les professeurs, la gauche...- qui seraient les responsables de tous les maux du pays. Une nouvelle fois, il cherche à diviser les Français au lieu de les rassembler", écrit la maire de Lille.

Le rassemblement face à la division, le calme face à la fébrilité, autant de thèmes choisis par François Hollande pour marquer sa différence.

"Quelle que soit la forme que prendra la campagne de Nicolas Sarkozy, ce qui dominera, c'est la stratégie de la division et de la provocation", pense Bernard Cazeneuve. "En mettant la barre à droite de cette façon, il met la République hors de son champ de vision".

Pour Claude Bartolone, le candidat socialiste a tout à gagner en restant lui-même.

"Il est dans le rôle du coureur de 400 mètres qui ne doit pas regarder son voisin de couloir sous peine de ralentir ou de mordre la ligne", dit-il. "Il n'y a aucun intérêt à courir après Sarkozy, cela donnerait l'impression d'être artificiel"

Pas la peine non plus, selon lui, de chasser sur les terres des challengers.

"On ne va pas risquer de faire perdre de sa cohérence à notre campagne pour aller chercher 1,5% de l'électorat de Mélenchon ou de Bayrou", dit-il à propos des candidats du Front de gauche et du MoDem, dont les scores d'intentions de vote oscillent entre 9% et 16%.

L'agenda de François Hollande annonce un déplacement samedi à Toulouse, mardi Saint-Etienne et un grand meeting mercredi à Rouen (Seine-Maritime), qui devrait être suivi d'une demi-douzaine d'autres d'ici le premier tour le 22 avril.

Tous les ténors du PS, de Martine Aubry à Ségolène Royal en passant par Pierre Moscovici et Laurent Fabius, qui se déplaceront aux Etats-Unis et en Chine, sont mobilisés pour sa campagne. Un nouveau livre du candidat socialiste est annoncé pour le 23 février.

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